‹ L'art flamandChapitre 51 sur 106 · PAYSAGES · texte numérisé non relu

PAYSAGES

D'après Sehampheleer, Fourmois et Lamorinière.

Pourquoi suivre aux glaciers la mode routinière? Pourquoi des Apennins sonder la profondeur ? Sans quitter le pays & sa modefte ornière, De Sehampheleer, Quinaux, Fourmois, Lamorinière Trouvent l'émotion, le charme, la grandeur.

Faut-il chercher si loin le ciel pur, l'eau dormante, La verdeur du printemps, les trésors de l'été : Non-, la nature eft femme; épouse, vierge, amante,

Rêveuse, folâtre ou charmante, Elle a partout la grâce & la variété.

Quittez la rue où passe en char la courtisane, Laissez le quai banal éteindre son sanglot, Et, sans autre Roret que le hasard qui flâne, Allez : Comme une fraîche & belle paysanne, A chacun de vos pas, un paysage éclôt.

Pas n'eft besoin du bois dont la grande ombre impose, Ni des rocs sourcilleux, ni des mers en courroux ! A la beauté, pour plaire, il faut si peu de chose : Une fleur au corset, un arbre qui se pose, Vif sur une eau qui meurt, vert sur un sable roux;

Une œillade de feu qu'en passant Ton décoche, A travers la ramée un rayon bien jeté, Un sein qui rebondit sans peur & sans reproche, Un coteau mûrissant qui s'enfle sur la roche... Et ks yeux sont ravis, l'esprit eft transporté.

Suisse, Ecosse, Tyrol, au cœur froid tout eft prose. Sous l'œil de l'art — voyez — tout plaît &. s'élargit ; Des larmes du matin quand le printemps s'arrose, L'aube, à travers le bois, épanche un rayon rose, Comme une vierge qui rougit.

Le matin chante & rit, gai conteur de fleurette, C'eft le bal dans le pré, sous un rayon vermeil ; Le flot, lutin jaseur, agite son aigrette, Et l'orcheflre d'oiseaux se déchaîne ou s'arrête Sous cet archet de feu qu'on nomme le soleil.

Le bois, sur qui sans cesse empiète le village, Mêle ses baliveaux au-dessus des halliers, Et, comme un temple ouvert à tous par un Dieu sage, Croise ses longues nefs, ses transsepts de feuillage, Avec les chênes pour piliers.

Lorsque l'épi mûrit, que la faux le moissonne, Voyez, auprès du char où le maître eft monté, Comme des fils sans nombre autour de la matrone, Les hautes gerbes d'or sous un beau ciel d'automne, Saint emblème de vie & de prospérité.

La feuille, sous nos pieds, rend un son métallique -,

L'eau croupit; le matin eft rêveur à son tour-,

Le ton roux envahit la verte basilique

Et lui prête un attrait nouveau, mélancolique,

Comme un songe du soir, comme un regret d'amour.

O charme inépuisable! ô sublime Protée!

O beauté! tu parais, & les cœurs sont séduits! Mais tu plais mieux encore à notre âme exaltée Quand l'art harmonieux, la nature enchantée Parlent la langue du pays;

Un rien suffit : ce coin de pré, ce charmant passage Sous un charme nouveau nous rend des traits connus, Ce n'eft rien & c'eft tout; c'eft la fleur au corsage, C'eft l'amour dans les yeux, l'art dans le paysage ; C'eft Tàme du poète animant sa Vénus.

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