‹ L'art flamandChapitre 90 sur 106 · HARMONIE DES PA.C · texte numérisé non relu

HARMONIE DES PA.C

Et l'âme accueille d'un sourire Cette variété du beau, Ensemble parfait, qu'on admire, De cordes formant une lyre, De couleurs formant un tableau.

— Homère aux muses de l'hiftoire Sonne d'héroïques clairons :

A sa rancune expiatoire Achille suspend la victoire, Suspend la Grèce à ses affronts ;

Mais, quand sa rage détournée Fond sur Hector en rugissant, Lorsque sa vengeance acharnée, Comme une hyène déchaînée, Ne peut s'assouvir dans le sang,

Que sous ses pieds il tient sa proie, Que, tombée, il l'insulte encor, Que, dans la rage de la joie, Il a sept fois, autour de Troie, Traîné le cadavre d'Hector,

Et que sa victoire eft complète, Et que Patrocle a son vengeur, Tout n'eft pas dit, &. le poète, Comme un soupir dans la tempête, Met Priant aux pieds du vainqueur;

Et leurs souvenirs se confondent :

Tous deux ont souffert, ont aimé!

Et leurs pleurs muets se répondent, Et toutes les haines se fondent, Et le vengeur eft désarmé !

Et, sous l'émotion bénie, Les passions, terrible chœur, Cris de haine ou pleurs d'agonie, Ne forment plus qu'une harmonie, Comme un seul battement de cœur!

— L'art ainsi, l'art suit la nature; Il ne dédaigne rien d'humain; Il met le laid dans la peinture, Les goules dans l'architecture, Près de la Vénus, le Vulcaiir,

Il compose son large orcheftre Avec la corde & le métal ; Près d'Atride il met Clytemneftre; Il donne à la ftatue équeftre Le bas-relief pour piédeftal.

Sous la pourpre des draperies,

Il met de puissants clairs-obscurs;

Il mêle Sylphes ou Furies,

Les colères, les rêveries,

La gamme sombre & les tons purs;

Dans la fugue aux bruyantes cîmes, Passe un chant de fifre aigrelet.

Les dévouements sont près des crimes; Le nu, de ses splendeurs sublimes, Perce les nuages du laid.

Au théâtre, aux champs, sur la toile,

Le contrafte eft une leçon;

La vertu se plaît sous un voile ;

Le feu-follet raille l'étoile,

Le merle siffle le pinson.

Place à la muse familière!

Place au sarcasme bien trempé !

Voici Dante & voilà Molière, Le chêne sacré, le doux lierre, La forêt sombre &. la Tempe.

Voici le berger & l'aode !

Un même dôme de lauriers Ceint Tyrtée auprès d'Hésiode, Couvre les phalanges de l'ode Et les refrains aventuriers.

L'amour enfante l'héroïsme,

La sottise fait le cocu :

L'art n'a fait que changer de prisme;

Ses pleurs combattent l'égoïsme,

Son rire venge la vertu.

Ainsi, planant dans sa puissance, Sympathique & supérieur, Il prend à tout sa quintessence :

L'honneur, la force, l'innocence, L'inltinct profond, l'esprit rieur;

Et puis, dans sa ruche infinie, Il dépose tous ces rayons Et, comme le miel du génie, Fait une suave harmonie De tous les sucs des passions.

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