Charles Blanc, Histoire des peintres; Guillbt de Saint
OCOROBS, t.'I,
LA PEINTURE. 2ti
D'un autre côté, il semblé singulier dé placer daas l'école décorative un peintre qui n'a guère fait que des tableaux de chevalet ou d'église *.
Pourtant, à bien examiner ses œuvres, on ne saurait le rattacher ni à Poussin, ni à Le Sueur, ni même à Philippe de Champaigne, et il n'a pas assez d'originalité ou de puissance pour se classer à part. Lui aussi est un composite, il a pris beaucoup à rinspiration italienne, soit en copiant dans sa jeunesse les tableaux des maîtres, soit en étudiant h Fontainebleau ceux du Primatice; il doit enfin quelque chose à Vouet, ce qui ne Tempêche pas d'avoir connu Poussin et de le montrer de temps
1. Il a dessiné aussi des cartons pour tapisseries (dessins au Louvre); il donna en 4640 le modèle de la Chaire de Saint-Étienne du Mont (sculptée par Lestocart). Le voilà ainsi décorateur, au sens strict du mot.
2. n y aurait un chapitre à faire, celui des « indécis -. On y classerait un grand nombre d'artistes qui, n'étant doués ni d*un tempérament vigoureux ni de qualités supérieures, suivirent à peu près le courant du siècle. Quelques-ans ne manquèrent pas de réputation de leur vivant. On pourrait étudier ainsi des hommes tels que Claude Vignon (1593- 1670) (voir, sur ses tableaux au château de Torigny, Roger Marx, Bulletin des Musées^ 1890, p. 299-311) ; Louis Boulogne le père (1609?-i674),dont nous avons parlé ci-dessus (p. 141); Charles Poërson (1609?-1667), Louis Testelin (161o?-l655); Jean Nocret (1617-1672) (voir sur lui Meauub, Jean Nocret, 1886, in-8); Nicolas Loir (1624-1679). Pour se rendre compte de ce que ces peintres et nombre d'autres avec eux ï'eprésentent comme moyenne d'esprit et de tendances, consulter GuiLLET DE Saint-Georges, I (passim), et Vaillant, les Mays de Notre-Dame de Paris (dans Nouv, Arch. de VArt fr., 1880, p. 391-450). On formera ainsi la liste des sujets chrétiens ou mythologiques les plus souvent traités. Ils tournent toujours dans le môme cercle d'idées.
ea temps *. A cela se joignirent le sentiment de la composition, le sens des ensembles, la sagesse et le sérieux de Tesprit français du temps. On conçoit qu'il ait donné le jour à une lignée de mathématiciens; il y a en lui du géomètre ou tout au moins du perspectiviste *. Son père avait commencé par lui faire apprendre Tarithmétique ; quand il reconnut ses dispositions pour le dessin, il le mit à la perspective et à l'architecture, « où il réussit beaucoup et où il s'est plu toute sa vie ».
C'est précisément pour toutes ces raisons que La H ire est intéressant à étudier; il exprime une moyenne. Cela dit, son œuvre ne nous arrêtera pas longtemps. Nous n en ferons guère ressortir que la diversité. Son tableau le plus célèbre est peut-être le Nicolas V devant le corps de saint François d^Assise (Louvre, 456). La vigueur un peu lourde de l'exécution, l'absence de tout symbolisme, l'effort vers la simplicité dans la composition, dans les personnages, dans le costume, tout met ce tableau à part entre ceux de l'artiste. Ce n'est ni du Vouet, ni du Poussin, ni du Le Sueur. Ensuite, il se prit davantage aux systèmes en vogue et n'arriva qu'à la convention ou parfois au maniérisme. 11 faut voir presque en face du Nicolas F, le Jésus apparaissant aux Saintes Femmes (453), pour comprendre ce qu'on
1. « L'amour qu'il avait pour l'architecture et la perspective lui fît entretenir une grande liaison avec M. des Argues. » GuiLLET DE Saint-Georges, p. 414. — Gaspard Desargues (1593- 1652) est un des plus grands géomètres du xvii** siècle. Il était lié aussi avec Abraham Bosse.
pouvait accepter à cette époque en fait de peinture religieuse. Le tableau est joli, le paysage agréable, la tonalité générale claire et assez vibrante. Mais les Saintes Femmes 1 Elles ont beau s'agenouiller dans Textase, ce sont des nymphes, celles de Calypso, si Ton veut. Quant au Christ (disons le seul mot qui convienne), ce bellâtre flottant dans l'air s'éloigne autant du divin, malgré son auréole, que de la vérité. Pourtant la peinture fut placée dans Téglise des Carmélites! Reconnaissons qu'elle correspondait par certains côtés à ce culte extatique, où il entrait de l'âme mal équilibrée de sainte Thérèse et de la foi théâtrale des Jésuites, Les autres tableaux d'église : Jésus entrant à Jérusalem (Saint- Germain-des-Prés), Conversion de saint Paul (Saint- Thomas-d'Aquin), Saint Pierre guérissant les malades (Louvre, 454 et 455) ne sont que raisonnables.
Le n° 457 représente une sorte d'allégorie. Quatre personnages symboliques, une Renommée planant et, dans le fond, un fronton de temple semi-grec, demi-romain. Avec un peu de bonne volonté, on trouverait déjà là quelque chose de V Apothéose d'Homère ou de la Muse de Cherubini, Enfin La Hire a peint aussi des paysages; il s'y plut surtout pendant les dernières années de sa vie. Dans ceux qui sont exposés au Louvre, on constatera un mélange d'influence, qui va de Lorrain à Poussin, de temps en temps aussi le contact avec les Flamands italianisés ou les Hollandais. Encore saisirait-on dans ces petits tableaux plusieurs manières (comparer le 459 et le
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460) ; mais jamais à vrai dire la nature proprement française. Le n* 459 se prendrait à la rigueur pour un Joseph Vernet * : autre preuve de la naissance à cette époque et de la persistance plus tard d'un certain style conventionnel.