‹ L'Art français au temps de Richelieu et de Mazarin (volume 2)Chapitre 163 sur 181 · On lit cette indication sur le socle : J. Sarazin · texte numérisé non relu

On lit cette indication sur le socle : J. Sarazin

On voit bien les reproches à faire à Sarrazin : il a trop subi l'influence de Tllalie et d'une école qui confondait le style avec la convention; il ne s*est pas assez attaché à la nature, il n'a connu son temps qu'à la surface. Par tout cela il est bien de ce siècle, qui ne s'étudiait et ne se voyait guère qu'à travers son éducation. Mais on doit aussi constater les mérites de l'artiste. 11 a plus de variété, plu9 d'effort d'invention que ses contemporains; il ee contente moins de reproduire les types consacrés d'un Olympe factice (après tout, l'allégorie mênae banale est encore supérieure à la banalité de la mythologie); il cherche à mettre une pensée dans les choses; il a de la dignité et de la conviction, une certaine élévation morale. Et le voilà ainsi de son époque par ses qualités, comme tout à l'heure par ses défauts.

Si l'on voulait trouver dans la sculpture, entre l'art purement décoratif et l'art vraiment religieux, quelque chose qui pût s'appeler le genre classique, c'est à coup sûr Sarrazin qui en serait dans certaines œuvres non pas le représentant, mais du moins l'adepte.

Il y a eu deux sculpteurs du nom d'Anguier * : François et son frère Michel. François, qu'on appelle

plus tard Théodon a ajouté un piédestal orné de vignes et de pampres. Mais s'en est-il tenu là et n'a-t-il pas remanié le groupe lui-môme?

t. Armand Samson, Les frères Anguier, 1889, in-4. — Stein, Les frères Anguier (dans Réun. des Soc. des beaux-arts des dép,, 1889, p. 527 à 604, et tirage à part 1889, in-8).

souvent Anguier l'aîné, appartint à la maîtrise et ne voulut jamais entrer à TAcadémie. Nous sommes d'ailleurs mal informés sur lui : il avait étudié sous Simon Guillain, il passa, dit-on, deux ans en Italie, et nous ne le voyons guère paraître en France avant 1646 ou 1647 *. Sa réputation devait être déjà établie, car il fut coup sur coup chargé de travaux considérables : les tombeaux de Montmorency, de Jacques- Augustin de Thou, du commandeur de Souvré, du duc de Ghabot-Rohan, du cardinal de Bérulle. En outre, il faisait, en 1652, des ouvrages de décoration au Louvre pour la reine mère.

Cet artiste, qui ne fut pas académicien, est cependant bien académique : il emploie volontiers l'appareil mythologique et allégorique, les Hercules, les Renommées; il aime à vêtir ses corps d'hommes du costume antique plus ou moins conventionnel, ou bien il adopte pour eux le nu classique ; enfin il est aussi décoratif, quelquefois aussi théâtral que quiconque de son temps. Il annonce ainsi la seconde moitié du siècle, dont il se rapproche par son âge. Mais il garde aussi quelque chose de la première par une certaine variété dans le style et dans l'inspiration, peut-être aussi par un contact un peu plus

1. François Anguier est-il né en 1604, comme on l'a souvent écrit, ou en 1613? M. Stein se prononce, non sans quelque hésitation, pour cette dernière date; l'époque tardive où l'on trouve les premiers travaux de François Anguier semble lui donner raison. Pourtant Guillet (I, p. 319) dit que François entra vers 1621 comme apprenti chez un sculpteur nommé Caron. Il devait donc avoir à cette date plus de huit ans.

étroit avec la renaissance française du xvi* siècle, trait qui ne se retrouvera plus dans la génération de Louis XIV.

Guillet de Saint-Georges le qualifie à plusieurs reprises a d*excellent sculpteur » ; on peut s*associer à cet éloge, sous les réserves que nous avons faites, quand on étudie ses deux œuvres principales: le tombeau de Montmorency et celui de de Thou. Le premier, destiné à contenir les restes de Henri II de Montmorency, décapité en 1632, offre l'avantage d'être intact : il se trouve à Moulins dans la chapelle du lycée. Anguier Tavait conçu suivant la mode de l'époque * : il avait élevé un grand portique corinthien, composé de deux « ordres » : au premier ordre, le sarcophage accompagné de deux statues, un Hercule et un Alexandre; au second, le duc et sa femme, le duc étendu mort, la duchesse agenouillée à côté de lui ; à la droite et à la gauche, se dressaient deux figures allégoriques. Enfin l'entablement et le fronton portaient les armoiries et divers ornements symboliques.

Dans cette œuvre, Anguier avait beaucoup sacrifié au style classique : l'Hercule et l'Alexandre sont singulièrement placés dans un tombeau chrétien;

1. Michel Anguier, Thibault Poissant et Regnaudin y travaillèrent sous sa direction : Michel est l'auteur de YHercule et de V Alexandre, Mais le monument est bien de François seul et l'inscription porte ces mots : Fr, Anguiejntis solus dicavii (Bibl. Nat., cab. des Estampes). Le monument, d'après M. Stein, p. 10, fut élevé en 1651-1652. Voir, sur Regnaudin^ Bouchard [Réun, des Soc. des beaitx-arts des départements^ 1886).

le Montmorency, vêtu du costume romain, appuyé sur des trophées antiques, la duchesse, fort belle, mais drapée dana un costume de convention S ne représentent que des personnages abstraits, aussi bien que les figures debout à leurs côtés. Nous voilà bien loin de toute réalité, comme de tout sentiment; nous avons affaire ici à Tart religieux compris à la façon de Vouet ou de Bourdon. Il en est de même du sépulcre de Rohan-Chabot *, où Anguier a adopté le nu pour le personnage principal. Et ce n'est plus ici, bien entendu, le naturalisme si saisissant de certaines statues funéraires du moyen âge et de la renaissance, où les morts reparaissent dans la maigreur d*un corps flétri et usé ^; c'est le nu de « modèle ». Il y a là un style particulier, en partie nouveau. On le retrouvera de plus en plus dans la seconde partie du siècle : les analogies sont frappantes entre la duchesse de Montmorency et Mme de Louvois *.

Mais Anguier a produit au moins une œuvre d'une valeur exceptionnelle : la statue de Gasparde de la Châtre, seconde femme du président de Thou ^

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