Voir Stein, p. 8 et
d'ailleurs une plus longue carrière, car il n'est mort qu'en 1686. Il se rattache donc par près de trente années au règne personnel de Louis XIV, mais on remarquera qu'il avait au moins quarante-six ans en 1660 *. Il doit beaucoup à Rome, où il resta dix ans, travaillant sous l'Algarde et étudiant les antiques. A son retour à Paris, vers 1652, il rapportait des moulages du Laocoon^ des Lutteurs^ etc. Après avoir collaboré au tombeau de Montmorency, il fît à Moulins un crucifix, une Vierge, un Saint Jean. La liste de ses travaux, entre 1652 et 1660, montre en quelle estime il était tenu et dénote une facilité de travail remarquable. On le voit chez Fouquet, à Saint-Mandé, où il décore de sculptures la maison du surintendant et représente une Charité, sous les traits de Mme Fouquet et de ses deux enfants, « pour marquer la tendresse et l'union qui régnaient dans cette famille » ; à Vaux, où il sculpte 7 grandes figures de pierre et 12 termes, ce qui ne l'empêche pas de travailler pour nombre de particuliers.
Il paraît avoir eu la faveur d'Anne d'Autriche. Elle lui confia en 1655 tous les travaux de sculpture de ses appartements de la petite galerie *, décorés par le peintre italien RomaneUi et par le stucateur Pietro Sasso. C'est une œuvre à laquelle il faut s'arrêter, car elle donne bien la note du temps. Les
1. Il a dû naître en 1614 au plus tard. Voir Stein, cité cidessus.
2. Voir Arch. de VArt fr., 1885, p. 207. Stein dit 1654-1655.
appartements de la reine se composaient de six grandes pièces au rez-de-chaussée '. Michel Anguier eut la conduite des travaux de sculpture pour les cinq premières, peut-être Girardon a-t-il collaboré avec lui pour la dernière. Nous voilà ici en plein art décoratif païen, comme tout à l'heure en plein art décoratif chrétien, mais, le genre admis, on reconnaîtra une fois de plus combien les artistes de cette époque avaient le sens ornemental. Peintures de Romanelli ou sculptures d^Anguier prises à part sembleront d'une conception et d'une exécution bien superficielles. Réunies, leur accord forme un tout charmant. Et puis, quelques-unes de ces figures ont une grâce, une souplesse, une légèreté rare, elles se présentent dans des attitudes hardies et aisées; elles se soutiennent sans effort, et les plafonds qu'elles portent ne semblent pas peser sur elles.
Après 1660, nous n'avons plus à suivre les Anguier; ils continuèrent, Michel surtout, à travailler pour Anne d'Autriche, non plus au Louvre, mais au Val-de-Grâce ; plus tard, Michel sculpta les hauts reliefs de la porte Saint-Denis, et contribua à la décoration de Versailles.
Assurément, ils eurent de Tinfluence par euxmêmes et par leurs élèves : Regnaudin, Van Clève, même Girardon, les Marsy; ils forment bien la transition entre la première et la seconde moitié du
1. Ce sont aujourd'hui les salles de la Rotonde, de Mécène, des Saisons, de la Paix, de Sévère, des Antonins.
siècle; ils sont du temps d'Anne d'Autriche, de Mazarin et de Le Brun commençant. Rien n'empêche de les mettre entre Sarrazin et Guillain, de voir en eux pour la statuaire les maîtres de l'école décorative.
C'est peut-être l'école réaliste que nous allons trouver avec Simon Guillain ; en tout cas, il offre un type bien vivant de bourgeois de Paris et d'artiste de la maîtrise. Lui et Sarrazin, presque du même âge, morts à deux années d'intervalle, semblent avoir résumé, pour leurs contemporains et ceux qui vinrent après eux, la sculpture française pendant la première moitié du siècle *. Ils furent d'ailleurs presque rivaux pendant leur vie, s'il est vrai que Guillain refusa de travailler au Louvre sous Sarrazin, et qu'un peu plus tard il réussit à se substituer à lui pour la décoration du Pont-au- Change. Ces traditions plus ou moins exactes sont significatives, elles montrent qu'on avait l'instinct d'une sorte d'opposition entre leurs doctrines et leurs talents.
Simon Guillain avait pour père un sculpteur « fort habile et en réputation », Nicolas Guillain *, plus connu sous le nom de Cambray, qu'il tirait de sa ville natale. Il conserva de cette origine quelques traits de l'esprit naturaliste et précis de l'art fla-
i. M&neiie (Aàecedario, t. II, p. 340, 341) cite trois hommes qui, suivant lui, ont rétabli en France le bon goût : Guillain et Sarrazin pour la statuaire, Vouet pour la peinture.
2. Voir à Versailles les n" 1309, 1310 (statues de Pierre Jeannin et de sa femme).
mand. 11 appartenait à la maîtrise par son père, par son beau-frère Cochet, « excellent sculpteur », qui fit le tombeau de Charles de Soissons (f 1641), et par lui-même; il y exerçait en 1619 la charge de bachelier. Pourtant il la quitta lors de la fondation de TAcadémie, mais la plus grande partie de sa vie et de son œuvre se place avant ce moment, car il avait en 1648 près de soixante-sept ans (1581?-1658). Guillet de Saint-Georges * nous le présente avec des traits pittoresques : la taille belle, Thumeur vive, la pointe de fierté de Thomme qui se sent quelque chose et qui ne craint pas les coups *. Son portrait, peint par Noël Coypel ^, montre une physionomie assez vulgaire, mais Tair délibéré ; rien d'académique, quelque chose plutôt du « peintre gueux », ce qu'il n'était point. Du bourgeois de Paris, il avait les habitudes d'économie qui donnent l'aisance, car il posséda cinq ou six maisons; il avait aussi les mœurs patriarcales, puisqu'il ne laissa pas moins de deux fils et de cinq filles. Enfin, il fut élu capitaine de son quartier, marguiliier de sa paroisse, et il habitait le Marais, Il n'est pas possible d'être plus parisien au xvii® siècle. Pour un peu, on se le figure jouant son rôle et parlant haut dans la Fronde, soit pour le roi, soit contre lui.