‹ L'Art français au temps de Richelieu et de Mazarin (volume 2)Chapitre 167 sur 181 · Siècle de Louis XÏV, ch. xxx · texte numérisé non relu

Siècle de Louis XÏV, ch. xxx

3. La biographie de ce grand artiste demeure obscure; on ne connaît même pas exactement les dates de sa naissance et de sa mort (il a dû naître vers 1575-1580, car il se maria en 1600 ou 1601, et mourir en 1647). Protestant, il épousa une fille de Barthélémy Prieur, protestant lui-même, eut des alliances de famille avec un autre artiste calviniste, Tremblay. Il occupa de 1604 h 1639 la charge de « contrôleur général des effigies des monnaies ». Voir, sur lui, Guiffrey, Guillaume Dupré, graveur en médailles {Nouv. Arch. de l'Art français y 1876, p. 172*224). — Chabouiixet, Guillaume Dupré^ scidpteur et gra-

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permis à Dupré de concilier les droits du réalisme avec les tendances classiques. A la face, il a représenté le personnage, en lui donnant tout son accent, et il a souvent réservé le revers pour rallégorie mythologique, traitée d'ailleurs dans le style le plus large, le plus personnel. Il a beaucoup produit après 1610 et Ton est vraiment embarrassé de choisir dans son œuvre; je signale les médailles du doge Antonio Memmo, de Louis XIII (1623) avec Fallégorie de la Justice au revers, de Brulart de Sillery (Apollon au revers), de Henri de Maleyssic (1631), (porte de Pignerol au revers), et la plus belle de toutes peutêtre, après la grande médaille de Henri IV et de Marie de Médicis, celle de Pierre Jeannin (1618). Enfin le buste de Nicolas de Vie (Louvre, sans n^) montre en Dupré les qualités les plus fortes et les plus souples de l'art naturaliste.

Jean Warin, venu de Liège à Paris, y apporta la précision un peu méticuleuse de Fart belge; il dut sans doute à son séjour en France et aux modèles de Dupré d'élargir peu à peu sa manière. Comme médailleur, il peut presque lui être comparé ; ilexcel-lait à saisir le trait caractéristique d'une physionomie, mais il est bien contourné et alambiqué dans rallégorie, Texécution y est grêle encore plus que minutieuse. Quelle variété du moins dans ses types

veur enpiei'res fines {Nouv. Arch, de VArtfr., 1880, p. 182-189). — Fleury, Guillaume Dupré de Sissonne, statuaire et graveur en médaillesj 1883, in-8. Mazerolle, article Dupré, dans la Grande Encyclopédie.

et comme chacun d'eux a sa personnalité : Richelieu (1630), Louis XIII (chevelure flottante, buste couvert d'une peau de lion), de Moulceau (1650), Mazarin (1640) I Warin a été aussi statuaire *; il a commencé par le réalisme à outrance ', dans son buste de Louis XIII ; il a fini par l'académisme et le symbolisme, alors qu'il a figuré le Louis XIV à perruque, avec la cuirasse des empereurs romains et les jambes nues à la façon des antiques '.

Il y a donc eu dans la statuaire un sens réaliste qui s'est conservé; comme dans la peinture, il s'est conservé surtout grâce au sentiment religieux. C'est dans la sculpture funéraire qu'on le retrouve le plus fortement marqué. Chose curieuse, l'artiste, qui s'abandonnait à une sorte de fantaisie plus mythologique encore que classique dans la décoration du monument sépulcral, revenait presque toujours à la sincérité, en se retrouvant en face du défunt. Alors, il s'attachait à rendre les traits caractéristiques de la physionomie, il reproduisait le costume dans son exactitude minutieuse, sans même en pallier les exagérations *. Il ressaisissait en même temps, par le contact de la mort, la capacité de l'émotion et l'expression religieuse qui manque

1. L. CouRAJOD, Jean Warin^ ses œuvres de sculpture et le buste de Louis XIII du Musée du Louvre, 1881, in-8. — Blan- CHET, Jean Waririy notes biographiques, 1888, in-8.

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