LoYSEAU, Des ordres et simples dignités, chap. viii
maîtres maçons dans l'histoire de notre art national. Au XIV® siècle encore, le nom de maître maçon s'applique à des artistes du plus grand mérite et de la plus grande réputation : à Raimond du Temple, par exemple, le constructeur du nouveau Louvre de Charles Y*.
A la même époque cependant, le mot architecte commence à paraître. Christine de Pisan fut sans doute la première à l'employer, et elle distingue nettement l'art et le métier, distinction qui va se faire de plus en plus, sous l'influence des idées italiennes et de l'antiquité. Au xv!!** siècle, l'architecte est avant tout celui qui donne les plans et les dessins d'un édifice. Mais il se confond par quelques côtés avec l'entrepreneur *.
Cependant il existait une corporation des maçons : on la voit indiquée dans le Livre des Mestiers d'Estienne Boileau ^. A ce moment, elle est unie à celle des tailleurs de pierre, plâtriers, morlelliers, etc. Elle garda jusqu'au xviii® siècle ses statuts
1. « Présent maistre Raymon du Temple, nostre maistre raaçoD. » Mandements et actes de Charles V, 1880, in-4, Mand. 1119, Mand. 1286.
2. Architecte. Qui sçait l'art de bastir, celui qui donne les plans et les dessins d'un bastiment, qui en conduit l'ouvrage et qui commande aux maçons et aux autres ouvriers qui travaillent sous lui.... On appelle aussi architectes ceux qui construisent des vaisseaux.... Architecte se dit aussi d'un entrepreneur de bâtiments à forfait et qui doit les rendre parfaicts et la clef à la main. (Furetière, Dictionnaire, éd. de 1690.)
3. Lespinasse et Bonnardot, le Livre des Mestiers d'Estienne Boileau, in-4, t. I, 1879 (Collection db l'histoire générale de Paris).
primitifs '. 11 y avait à côté d'elle d'autres maitrises des industries du bâtiment, celle des charpentiers» par exemple. Elles étaient organisées sur le modèle des maitrises ordinaires et avaient à leur tête des maîtres maçons jurés, maîtres charpentiers jurés.
La royauté et peut-être aussi les municipalités exerçaient une surveillance particulière sur ces métiers, qui se trouvaient mêlés à des questions de voirie et par suite de police. Les « maistres des œuvres », qu'on voit fréquemment signalés, devaient être à la fois chargés de certaines constructions et du contrôle de celles qu'ils ne dirigeaient point. 11 y en avait pour la maçonnerie et pour la charpenterie. Puis la royauté intervint et, dans un but surtout fiscal, institua des offices de jurés maçons et de jurés charpentiers dans chaque ville du royaume *.
Au XVI* siècle déjà, la plupart des architectes n'avaient probablement rien de commun avec les corporations. Ceux qui ont été en réputation sous François 1" et Henri 11 tranchèrent du personnage et quelques-uns même firent partie de l'aristocratie. Pierre Lescot descendait des sires de Lissy, était seigneur de Clagny, abbé commendataire de Clermont, conseiller du roi, chanoine de Notre- Dame de Paris ^ Philibert Delorme, architecte du
1. ï>ELKyi ARE, Traité de la Police y 1708-1737, t. IV, p. 56 et suiv.
2. Levasseur, Histoire des classes ouvrières jusqu^en i789, 1855, t. II, p. 109. — Delamare, Traité de la Police, t. IV, p. 57.
3. Berty, Topographie historique du vieux Pains, Région du Louvre et des Tuileries, t. II, p. 173 (Collection de l'histoire
GÉNÉRALE DE PaRIS).
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roi, et inspecteur des bâtiments royaux de Fontai^ nebleau, Saint-Germain, etc., en 1548, passa par les fonctions de conseiller et aumônier honoraire du roi, de maître des comptes. Il occupa successivement ou concurremment cinq abbayes * et eut un canonicat à Notre-Dame.
On voit par ces exemples à quoi tenait la position privilégiée des architectes. Leur art n'exige pas seulement un ensemble de connaissances, dont quelques-unes touchent à la science, il embrasse ussi des opérations de tout ordre et où se présentent des questions administratives, financières et même juridiques. Dans chacun d'eux il y a, à côté de l'artiste, un savant et presque un fonctionnaire.
Ces observations s'appliquent au xvii® siècle comme au xvI^ Pourtant on ne retrouve pas dans la première moitié de cette période des fortunes aussi éclatantes que celles des Lescot et des Delorme. Il faut attendre le gouvernement personnel de Louis XIV pour les voir reparaître et pour que Jules Hardouin-Mansart devienne en 1691 inspecteur général des bâtiments royaux, en 1699 surintendant et ordonnateur général des bâtiments, arts, manufactures de France (charge exercée par Golbert et Louvois), comte de Sagonne, chevalier de l'ordre de Saint-Michel.
Sous Henri IV et Louis XIII, le titre d'architecte . se rencontre tantôt seul, tantôt réuni à d'autres. Ainsi