Palustre, la Renaissance en France, t. II, p
3. VArchitecture française^ 1673, in-8. Il publia aussi : Nouvelle Manière de fortifier les places^ 1683, in-4; VArt de Jeter les bombes^ 1683, in-4, etc.
dbyGoOgk
dans ses résultats, car le talent individuel entre pour une grande part, pour la plus grande, dans ces sortes de questions. Le Mercier fut-il plus goûté de Louis XIII, plus familier avec Richelieu que Simon Vouet? Quelle place tenait dans le monde Salomon de Brosse qui bâtit un palais comme le Luxembourg? Nous ne pouvons guère le déterminer. L'architecte, plus instruit, plus cultivé en général que le peintre et le sculpteur, devait sans doute à son éducation multiple d'être plus apte à vivre de la vie de salon.
Mais comme entrepreneur, il avait aussi une certaine gestion de fonds et par là des responsabilités comme des tentations. Y échappait-il toujours? II y eut à Paris, sous Henri IV et Richelieu, des spéculations très ardentes sur les terrains, au moment où la capitale se transformait. Tous les architectes n'eurent pas les mains nettes, et François Mansart prêta plus d'une fois aux attaques *. Ce personnage, à coup sûr, remuait beaucoup de choses et entamait beaucoup d'entreprises. Ne s'était-il pas imaginé en 4651 d'obtenir le monopole de la vente de toutes les gravures publiées dans le royaume? El il l'avait en effet obtenu du chancelier. Il fallut que l'Académie de peinture intervînt. Elle eut d'ailleurs gain de cause et, devant elle, le chancelier déchira le parchemin.
On voit donc que la condition des architectes est
1. On l'accusait de bâtir fort mal, d'augmenler les devis, de ruiner ses clients. Jules Hardouin tint sans doute de son oncle l'aptitude aux grandes spéculations. Voir de Boisusle, la Place Vendôme (dans Mémoires de la Société de l'histoire DE Paris, 1890).
dbyGoOgk
infiniment plus complexe que celle des peintres et sculpteurs, quoiqu'il y ait de l'une à l'autre beaucoup d'analogies. Elle se distingue en tout cas de celle-ci sur un point important : les architectes ne forment pas une maîtrise et n'ont aucun lien avec la maîtrise des maçons; elle dépend d'eux bien loin qu'ils n'aient à se préoccuper d'elle en aucune sorte. 11 n'y aura donc chez eux rien de semblable à la lutte soutenue par les peintres et sculpteurs indépendants contre la corporation. Du reste, dans le grand conflit qui remplit quinze ans et plus à partir de 1648, on ne verra paraître les architectes à aucun moment; nulle part on ne saisit entre eux et les autres artistes un sentim'ent de solidarité, et l'Académie une fois fondée se composera exclusivement de peintres et de sculpteurs. Pour les architectes, Colbert créera en 1671 * l'Académie d'architecture, mais ce sera une société savante bien plus qu'un véritable corps, comme l'autre Académie.
Au contraire les peintres et les sculpteurs se trouvaient organisés en corporation depuis le xiii^ siècle. Et cela déterminait essentiellement leur condition sociale. Ils avaient ainsi la double qualité d'artisans et de commerçants, la seconde étant considérée comme plus relevée que la première '. Ils tenaient
1. EUe ne fut vraiment constituée que par les lettres patentes de n\l.
2. « Les marchands... se qualifient bourgeois, parce qu'ils ont part aux privilèges et sont capables des offices des villes..,. Il y a certains mestiers qui sont mestier et marchandise tout ensemble.... En tant qu'ils sont marchandise
dbyGoOgk
i34 t'ART ET LA CONDITION DES ARTISTES.
boutique, achetaient et vendaient des tableaux, se chargeaient de gros ouvrages, avaient sous leurs ordres et à leur solde des compagnons et des apprentis, ce qui n'empêchait pas les plus habiles de faire œuvre d'artistes dans leurs tableaux ou leurs statues, après avoir fait acte de marchands. Pendant longtemps, on avait considéré que ce mélange n'avait rien qui les diminuât parce que, aussi bien, on ne concevait pas l'art comme une sorte d'exercice idéal de l'intelligence. Au début du xvip siècle, les sentiments commençaient peut-être à se modifier, ils ne faisaient que de commencer et, en tout cas, la condition normale pour les artistes demeurait celle de la maîtrise.
Tous cependant ne passaient point par elle ou n'y restaient pas absolument enfermés. 11 y avait d'abord ceux que les rois ou les princes attachaient à leur service et qu'ils gratifiaient d'un traitement annuel. Cette institution nous reporte en plein moyen âge, aussi loin peut-être que la maîtrise elle-même, car, dès le xiv« siècle, on voit très fréquemment signalés des « peintres du Roy », des « imagiers du Roy ». Les avantages étaient considérables : au traitement annuel se joignaient des privilèges particuliers assez étendus. Au xvii® siècle, on rencontre de nombreux peintres ou sculpteurs qui rentrent dans cette caté-
ils sont honorables. » (Loyseau, Des Ordres.) Cependant le mot artisan est pris souvent avec le sens d'artiste. Voir le Dictionnaire de Littré, et les exemples pris dans la littérature du xvn* siècle.
gorie. Ils sont retenus par un brevet, qui généralement énumère leurs titres à cette faveur, rappelle les services rendus, ceux qu'ils pourront rendre, et fixe le chiffre de la pension. La qualification la plus employée est celle de « peintre ordinaire », « sculpteur ordinaire » du roi, de la reine, etc. *.
Au-dessus des peintres et des sculpteurs ordinaires se trouvait le « premier peintre du Roy », fonction importante que remplirent, avant Le Brun, des hommes comme Vouet et Poussin *.
A partir de Henri IV, au brevet s'ajouta souvent l'avantage très recherché du logement dans une des maisons royales, et particulièrement au Louvre ou aux Tuileries. Parmi les nombreux projets conçus
1. Charles Errard obtient le brevet de * peintre du Roy », avec une pension de 1 2(M) livres en 1643 (de Chennevières, Peint, provinc, III, p. 300); Philippe Buyster est « sculpteur et peintre ordinaire du Roy », avec une pension de 600 livres, en 1632 {Arch. de VArt français, 1853, p. 221); Louis Beaubrun, • peintre ordinaire de la Reine » en 1618 [Arch, de l'Art français^ 1853, p. 168), etc. La liste serait fort longue et comprendrait tous les artistes de quelque renom.
2. « Aujourd'huy vingtième mars 1641, le Roi estant à Saint- Germain en Laye, voulant tesmoigner l'estime particulière que Sa Majesté fait de la personne du sieur Poussin... sur la cognoissance qu'EUe a du haut degré de l'excellence auquel il est parvenu dans l'art de la peinture... l'a choisy et retenu pour son premier Peintre ordinaire, et en cette qualité luy a donné la direction générale de tous les ouvrages de peinture et d'ornement qu'elle fera après pour l'embellissement de ses Maisons Royales, voulant que tous les autres peintres ne puissent faire aucuns ouvrages pour Sa Majesté sans en avoir fait voir les dessins... Sa Majesté a accordé la somme de trois mille livres de gages par chacun an {Lettres de Poussin publ. par Quatremere de Quincy, 1824, in-8, p. 30-31. Quatremere a pris le texte dans Bellori, Vite dei Pittori, etc., 1672.)
dbyGoOgk
136 l'art et la condition des artistes.
par le roi pour rendre au pays la prospérité et restaurer sa puissance économique ou sa grandeur intellectuelle, figurait celui de créer dans son palais du Louvre une école des beaux-arts et des arts industriels '. Il le réalisa au moins en partie et, dans la nouvelle galerie qu'il avait fait construire le long de la Seine, recueillit un grand nombre de peintres, de sculpteurs et d'ouvriers en tous genres '. L'idée, comme il arrive presque toujours dans l'histoire de la monarchie, n'était pas absolument nouvelle. Henri IV, en tout cas, la généralisa et régularisa. Par des lettres patentes du 30 juin 1607 et du 22 décembre 1608, que le Parlement enregistra avec peine le 9 janvier 1609, il fixa les prérogatives dont jouiraient les hôtes de la royauté. Parmi eux, on trouve le peintre Jacob Bunel, le scuipteur Francheville, le graveur en pierres fines, Julien de Fonlenay, le sculpteur Guillaume Dupré, Maurice du Bout, tapissier de haute lisse, Marie Bourgois, peintre, sculpteur, ouvrier en globes mouvants et en constructions mécaniques, etc. Les privilèges, confirmés ou augmentés par des édits de 1617, 1648, consistaient en exemption de guet, de taxes pour les pauvres, les lanternes, le pavé, les boues et toutes
1. Voir Berty, Topographie historique du vieux Paris : le Louvre, t. II, p. 100 et 102.
2. « Nous avons fait disposer le bastiment en telle forme que nous puissions loger commodément quantité des meilleurs ouvriers et plus suffisans maistres qui se pourront recouvrer, tant de peinture, sculpture, orfèvrerie, horlogerie, qu'autres de plusieurs et excellents arts. »
dbyGoOgk
autres charges et cotisations de la ville. On comprend combien cette faveur devait être recherchée ; le fait même du logement constituait un bénéfice matériel appréciable '. Dans le courant du xvii® siècle, presque tous les peintres ou sculpteurs qui comptent habitèrent les Galeries du Louvre *, et cet usage persista, on le sait, jusqu'après la Révolution française et le premier Empire. Il fallut la révolution de 1848 pour y mettre un terme.
Enfin, venait une dernière classe, aussi ancienne au moins que celle des « peintres et sculpteurs ordinaires », et qui d'ailleurs se confondait souvent avec eux, la classe des artistes attachés aux services de rhôtel. Dès le xiv® siècle au moins, des peintres et des sculpteurs faisaient partie de la domesticité royale. On en trouvait parmi les sergents d'armes et surtout parmi les valets de chambre. Les fonctions de sergents d'armes disparurent, celles de valets de chambre subsistèrent. Cette charge, très honorablement occupée et assez considérée, se partageait entre des hommes qui la remplissaient effectivement et d'autres qui n'avaient que le titre nu. C'était le
i. Buysler est logé aux Tuileries, 19 mai 1632 {Aixh. de VArt français, 1853, p. 54, 221), Errard au Louvre, en 1643 (Arch, de l'Art français, 1853, p. 54, 263). Nocret, logé au Louvre en 1644, obtient en 1658 un atelier plus vaste pour pouvoir faire de grands tableaux {Arch. de VArt français, 1853, p. 54, 203, 225).
2. Un arrêt du 5 mars 1671 confirma tous les privilèges accordés par Henri IV et Louis XllL A ce moment, Warin, Ch. Errard, Girardon, le géographe Sanson, Cassini, et bien d'autres habitaient les Galeries. {Mémoires^ Instructions et Lettres de Colbert, t. V, p. 256.)
138 l'art et la condition des artistes.
cas de certains peintres et sculpteurs, comme celui de Molière. En 1648-1650, Le Brun, déjà en grande réputation, était qualifié de « noble homme, Charles Le Brun, peintre et valet de chambre du Roy » *.
En déQnitive, brevetés, hôtes des maisons royales, fonctionnaires de Thôtel, tout cela constitue des classes particulières chez les artistes, mais ne modifie pas la condition générale de la classe ellemême. On remarquera que, même chez le roi, les gens de métier sont rapprochés des peintres et sculpteurs, et Ton trouverait aux Galeries du Louvre des fourbisseurs d'armes, des damasquineurs, à côté d'un Charles Errard ou d*un Nocret et d'un Michel Lasne. En outre, les prérogatives et les distinctions honorifiques tenaient non à la qualité d'artiste, mais à celle de commensal du souverain *.
1. JouiN, le Peintre Charles Le Brun, p. 704. — Dans un état de la Maison du Roi pour l'année 1652, on trouve parmi les valets de garde-robe, le peintre Henri Beaubrun, le sculpteur Germain Jacquet, dit Grenoble, le graveur Didier Savières, puis trois orfèvres et deux imprimeurs; parmi les valets de chambre, les peintres Le Maire, Philippe de Champaigne, François Tortebat; en dernier lieu, sous la dénomination autres peintres et gens de mestier : Sébastien Bourdon, le sculpteur Gilles Guérin, le graveur Claude Mellan (Arch. de VArt français, 1857, p. 193-196). Ce texte aurait besoin d'être contrôlé. D'ailleurs Jal a déjà fait remarquer avec raison combien il faut peu se fier à ces États, qui n'existent pas pour la plupart sous leur forme originale. Mais le fait que de très nombreux artistes exercèrent des fonctions de ce genre est incontestable en lui-même.
2. Je ne crois pas qu'on doive attacher grande importance à l'acte de 1430 (a. s.), si souvent cité, qui exemptait les peintres et sculpteurs des tailles, subsides, etc. Il est cependant rappelé encore aux xv* et xvi® siècles. Statuts et ordonnances des maîtres peintres, éd. de 1698, p. 31, 37, 40.
CONDITION SOaALE DES ARTISTES. 139
A prendre les artistes en eux-mêmes, on remarquera d'abord qu'ils appartenaient pour la plupart à la bourgeoisie moyenne, dont le fond se composait surtout de marchands. Ils avaient avec ceux-ci ce premier trait commun de se continuer par descendance. On trouve des dynasties des Dumonstier, des Quesnel, des Dubois. Claude Lefebvre, de Fontainebleau, a des peintres dans ses ascendants, ses collatéraux et leurs descendants ; Charles Errard est fils d'un architecte et peintre *. Le Brun est petitfils de François Le Brun, sculpteur du roi, fils de Nicolas, maître sculpteur ; son frère aîné Nicolas fut peintre . un puîné , Gabriel , peintre et graveur. Il y a plus, on se marie presque toujours entre familles d'artistes, ce qui étend fort loin les ramifications dans le même monde. Le Sueur épousa la fille d'un peintre, Gousse; Le Brun, Suzanne, fille de Robert Butay, peintre du roi et bourgeois de Paris, il eut pour alliés les Caffieri, les Silvestre, etc. *.
Les artistes — peu nombreux — qui sortaient d'une autre origine étaient souvent de modeste extraction. Le Sueur eut pour père un tourneur en bois, incapable même de signer son nom. Poussin appartenait-il à des parents d'un ordre plus relevé? En
1. On doit souvent se borner à constater Texistence de ces dynasties, sans distinguer entre leurs membres, car la généalogie ne s'établit pas sans difficultés, à cause de la rareté des actes.
2. JouiN, le Peintre Le Brun^ p. 665. Généalogie rectifiée d'après les actes officiels.
140 l'art et la condition des artistes.
général, il faut se défier des efforts tentés après coup pour rattacher à une souche illustre ces personnages. N'a-t-on pas prétendu, à un certain moment, que Le Sueur descendait d'une famille noble, que Le Brun tenait à un gentilhomme qui avait suivi Marie Stuart en Ecosse? Tout cela vaut autant que les fameux ancêtres de Colbert.
D*un autre côté, on ne voit point que des parents riches et posés s'opposent à la vocation artistique de leurs enfants, sous prétexte que la profession déroge. Laissons ces idées au bourgeois de la comédie du temps de Louis-Philippe. Au xvii® siècle, les choses vont plus simplement. Le père de Laurent de la Hire exerçait « une charge considérable » ; il n'avait pas dessein que son fils * « s'attachât à la peinture ou fût d'église », mais « l'ayant surpris qui dessinait une petite figure,... il en fut si satisfait qu'il résolut de ménager cette heureuse disposition et de le pousser dans la peinture... ». A vrai dire, il avait commencé lui-même par la profession d'artiste et n'en avait jamais perdu le goût. Les Beaubrun, artistes renommés vers 4640-1660, avaient pour grand-père un gentilhomme qui avait débuté comme page du marquis d'Urfé, puis avait passé par les charges de valet de chambre de cinq rois, et 'de concierge (fonction très relevée) du château de
1. GuiLLET DE Saint-Georges. Dans Mémoires inédits sur la vie et les ouvrages des membres de V Académie royale de peinture et sculpture^ publiés par Dussieux, elc, 2 vol. in-8, 1854, t. I, p. 131-139.
Monceaux. Louis Boulogne Taîné « fut élevé dans l'Hôtel de ville, où son père exerçait une commission honorable et se proposait de voir un jour son (ils dans le même établissement », mais s'étant pris de goût pour la peinture, il entra chez Jacques Blanchard. Le prévôt des marchands de Paris et les échevins s'intéressèrent à lui et lui firent une pension pour qu'il allât étudier en Italie * . On entrait ainsi tout naturellement et par une voie aisée dans l'exercice de l'art, et cela, alors même qu'il ne s'était pas encore séparé du métier.
Et, en efifet, après avoir passé par l'apprentissage auprès des maîtres de la corporation ou avoir étudié sous un des peintres et sculpteurs privilégiés, l'artiste ne se bornait point, comme aujourd'hui, à la partie purement esthétique de sa profession. Il se chargeait, comme on dirait familièrement, de tout ce qui concernait son état. A la fin du xvu® siècle encore, le peintre Louis Vanloo * prenait à l'entreprise des travaux de toute sorte, paysages, mise en couleur de parois de murs, etc. En 1651, Le Brun faisait un devis pour l'hôtel de M. de Nouveau. Il s'engageait à peindre un tableau, « remply d'ouvrage », pour la somme de 1 500 livres. Cela, c'est l'œuvre d'art; le reste se compose de dorures, moulages, volets, etc. Le Brun devait recevoir pour cette partiie de la besogne 4400 livres, après que les travaux