Voir ci* dessus, p
dans réglise, en présence du roi, de la reine et de la Cour. Ainsi le monument avait un caractère presque officiel; pourtant il avait été édifié par les soins de la Compagnie de Jésus et sous sa direction ; un de ses membres, le P. Derand, donna le plan et conduisit les travaux, mais il eut pour collaborateur, ou plutôt pour surveillant, Etienne Martellange. Le Général et le Conseil supérieur de Tordre recevaient les dessins des deux artistes, leurs critiques réciproques, et prononçaient en dernier appel. Sans même se placer au point de vue exclusif de Testhétique et de la théorie architecturale, on n'aura pas de peine à voir les défauts de ce monument. Le portail n'est guère qu'un placage et, pris en luimême, il manque de signification; la coupole est lourde; l'ensemble est sec et froid. Malgré tout, l'œuvre ne manque pas de valeur et n'est pas à dédaigner dans toutes ses parties : il y a dans certains détails d'ornementation * le genre d'imagination plutôt forte et puissante, marque de l'époque de Louis XIII. Ne craignons pas d'aller plus loin et de reconnaître que l'intérieur de l'édifice laisse une impression religieuse d'un certain genre. N'y cherchons pas h vrai dire celle qu'on éprouve en entrant dans une église romane ou gothique. Mais la grandeur et l'élévation du vaisseau, la pompe un peu monotone de la composition générale, le travail de
1. n faut recommander tout spécialement l'examen des boiseries qui sont fort belles.
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la pierre, où la recherche ornementale s'unit à la nodité dans les lignes générales, tout s*accorde avec certaines manifestations à la fois théâtrales et sincères de la piété de Tépoque.
Le Val-de-Grâce tient une place considérable dans l'architecture du temps *. La reine Anne d'Autriche s'intéressait beaucoup aux reb'gieuses de l'ordre du Val-de-Grâce de Notre-Dame de la Crèche. En 1624 elle transporta leur couvent sur l'emplacement actuel et posa la première pierre du bâtiment. Mais les travaux, au moins pour l'église, ne commencèrent vraiment qu'en 1645. Getle reprise eut pour cause éloignée la naissance de Louis XIV, comme l'indique une belle médaille frappée sans doute à l'occasion des fouilles*, et aussi le vocable de l'église : Jesu Nascenti Virginique Main. Quatre architectes furent occupés successivement à l'œuvre : Mansart en donna les plans, mais ne mena TédiGce que jusqu'à 9 pieds environ au-dessus du sol; Le Mercier hii succéda jusqu'en 1654, sans rien changer d'ailleurs aux conceptions de son prédécesseur; après lui vint Le Muet, enfln Le Duc. D'après Ruprich Robert, ce serait de ce dernier et de Mansart que le monument porterait surtout la marque. A la décoration intérieure et exté-
1. Sur le VaWe-Grâcc, consulter Rupbich Robert, tÈglise et le Monastère du VaL-de-Grâce (1645-1665), 1815, in-*.
2. Go y lit : • Ob gratiam diu desiderati régis et sccundi parlas Quioto Kalend. septemb. 1638 »; mais elle est posiérieare à 1643, car elle porte : « Anna... re (gnum) r (egens ... mater Ludovici XIV Dei gratia Francie el Navarre Régis christianissimi ».
rieure furent employés les artistes les plus renommés, François et Michel Anguier pour la sculpture, Philippe de Champaigne pour la peinture, etc.
L'architecte à qui Ton s'était adressé en premier lieu eut évidemment un rang à part dans son temps. En 1632, il avait construit Téglise de la Visitation (rue Saint-Antoine); en 1635, le château de Blois pour Gaston d'Orléans; en 1642, le château de Maisons, plus tard celui de Bercy*. Les jalousies qu'il avait suscitées, les susceptibilités de son caractère ombrageux, les entreprises peut-être inconsidérées auxquelles il se livrait expliquent pourquoi il fut à un certain moment remplacé *. D'après ce que nous savons de lui et ce que nous connaissons de ses œuvres, Mansart était imbu des doctrines classiques. Il s'inspirait en grande partie de l'antiquité et de l'Italie. Le fronton, la colonne ou le pilastre, et surtout la coupole, l'inévitable coupole, voilà ses grands moyens d'action. Il appliqua quel-
1. En dehors des monuments cités dans ce chapitre, Mansart a construit en tout ou en partie l'hôtel Gonti, l'hôtel de la Vrillière, le château du Fresne, les églises des Feuillants et des dames Sainte-Marie à Chaillot.
2. Une estampe satirique (Bibl. Nat., Cab. des Estampes^ Q. b. 40) exprime sous une forme plus que vive les reproches qu'on adressait à Mansart. Elle porte pour titre « Mansarade ou portrait de l'architecte partisan, fidel avertissement à ceux qui font bastir pour se préserver de ses grivelles et de ses ruines ». On y lit : « Cet architecte... ne sçau rai t achever un bastiment sans en abattre plus de la moitié.... N'avait-il pas jeté des fondements si faibles au Val -de-Grâce qu'on en donna la conduite à Le Mercier? * On lui reproche aussi de s'entendre avec les entrepreneurs « pour voler », ou de gagner sur eux.
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ques-unes de ces idées au Val-de-Gràce. Pour juger ce qu'elles valaient, il faut se rendre exactement compte de ce qu'était le monument à construire. Dans la pensée de la reine Anne, l'église était surtout le complément du monastère, destiné à recevoir à la fois des religieuses et des femmes de la société. La Reine, la première, s'y réservait un appartement particulier. Ainsi l'édifice pris dans son entier a un caractère semi-religieux, semi-mondain. Dès lors, il semble que l'artiste ait réalisé assez bien des conditions diverses. L'église elle-même, où domine la recherche exclusive de ce que les architectes du temps considéraient comme le style, offre l'expression d'un culte un peu solennel et convenu. Au premier abord, on adhérerait au jugement formulé par Ruprich Robert : « L'idée ne put venir un instant (à la reine Anne) qu'il y avait entre sa pensée et les moyens d'exécution une certaine contradiction esthétique. Avec des éléments d'architecture antique, on éleva donc, suivant les données contemporaines, un vaste édifice à l'unique dieu des chrétiens. »
Cela est très exact, mais il faut ajouter aussi que le christianisme de la reine et de ses contemporains n'était plus celui du moyen âge et n'était pas le nôtre. Et d'ailleurs, l'église n'est pas seule; le monastère traduit peut-être mieux la pensée véritable de l'époque, précisément parce que les architectes ne se préoccupaient pas d'y réaliser une œuvre artistique et s'abandonnaient simplement à leurs instincts et aux sentiments du temps. Ces