l'rocès-vevbaux, I, p. 2C
2. Il entra à l'Académie le 29 novembre 1664 {Procès-verbaux, I, p. 271).
3. Voir aussi à Saint-Germain l'Auxerrois les statues des deux d'Aligre (chapelle Sainl-Landri).
et pour celles des personnes delà première qualité ». Il faut finir sur ces mots; rien ne pourrait mieux exprimer ce que nous avons voulu dire à propos des artistes que nous venons de citer.
Après avoir, à laide des hommes de second ordre, constaté l'activité de l'art sculptural, nous pouvons examiner non plus jusqu'où il s'étendit, mais jusqu'où il s'éleva. Pour cela, il faut surtout interroger Sarrazin, Dupré, Guillain, les Anguier.
Sarrazina tenu dans son temps une grande place, et même il y fait figure de chef d'école. Il a eu pour élèves Thibaut Poissant, Louis Lerambert, Le Hongre; les deux Marsy ont passé par son atelier; Van Opstal, Buyster, Guérin, Le Gendre ont travaillé sur ses modèles'. En France comme en Italie, il jouit d'une renommée presque éclatante. Enfin, il concourut dans les premiers à la fondation de l'Académie, et on le considérait évidemment comme un de ceux qui pouvaient lui apporter une grande part d'autorité et de prestige. Il est vrai que son rôle paraît assez incertain dans la suite; il sortit de l'Académie, non sans quelque mauvaise humeur à ce qu'il semble, puis il y rentra -. Il figurait encore en l6oo au nombre des recteurs, mais on sent que l'autorité passait peu a peu à des hommes plus jeunes ou plus actifs.
1. 11 eut un frère, Pierre Sarrazin, sculpteur comme lui, et qui fit partie de l'Académie en 1675 (l(;i02-16"9). Arch. rie l'Art fra^içais, 1837, p. 34.
•J. Relation, p. 42, 43. Procès-verbaux, l, p. 23 et passim. Nouv. Arcli. de l'Art français, 1876, p. 33.
Sarrazin élait né à Noyon, il vint de lionne heure à Paris, étudia sous Nicolas Guiliain, puis partit pour Rome, où il devait rester dix-huit ans, revint enfin à Paris qu'il ne quitta plus jusqu'à sa mort (IGGO) '. 11 pratiqua la peinture en même temps que la sculpture et l'on faisait grand cas de ses tableaux. La liste de ses œuvres est considérable : on en voyait dans presque toutes les églises de Paris, à Saint- Nicolas des Champs -, à Notre-Dame, à Saint-Gervais, à Saint-Paul-Saint-Louis, etc. 11 fut employé par le marquis d'Effiat à Chilly en 1630 et 1631, par Richelieu à Rueil, par M. do Maisons à son château. Mais il a été surtout comme le sculpteur attitré et officiel de la monarchie et nous le trouvons au Louvre, où il décora le pavillon central élevé par Le Mercier. 11 fournit les modèles qu'exécutèrent Gilles Guérin, Buyster, Van Opstal ^ : cariatides soutenant le dôme, Renommées placées au-dessus du fronton, trophées, lions, masques, etc. 11 sculpta le tombeau de Bérulle pour l'église des Carmélites, celui de Henri 11 de Coudé, le monument élevé à Saint-Paul en souvenir de Louis XIII.
1. Il a dû naître en 1588 ; sa vie peut se décomposer ainsi : à Novon de lo88 à 1608, à Paris de 1608 à 1610 environ, à Rome de 1610 à 1628, à Paris de 1629 à 1660.
2. Les quatre statues du maître-autel. Elles existent encore; voir ci-dessus, p. 376.
3. Buyster sculpta les deux groupes de droite et la Renommée du même côté, Gilles Guérin les deux autres groupes et l'autre Renommée. Sarrazin avait aussi dessiné pour une autre partie du Louvre deux bas-reliefs : la Richesse de lu Terre et la Richesse de la Mer: Van Opstal était là son collaborateur.
Voilà ses œuvres les plus importantes; avant de les juger en elles-mêmes, il est assez facile de caractériser les tendances du talent de Sarrazin. 11 n'a passé ni inutilement, ni impunément, dix-huit ans en Italie. Comme tous les hommes de son temps, il y a étudié l'antiquité; pourtant il paraît y avoir été attiré au moins autant par la Renaissance, surtout par Michel-Ange, ce qui lui fait quelque honneur. Dans les contemporains, il s'attacha particulièrement au Dominiquin, ce peintre qui, à défaut de grandeur, avait du moins l'esprit tourné vers le sérieux. Un dernier trait à signaler pour Sarrazin, c'est que dans la littérature, il ne s'arrêta pas au Tasse, comme on le faisait alors, ni même à l'Arioste, mais remonta jusqu'à Pétrarque : la pensée du monument de Condé est empruntée, en grande partie, aux Triomphes. Il se distingue donc par certains traits de ses contemporains.
La décoration du Louvre a rendu son nom presque populaire. La conception des cariatides est belle et élégante, elle se distingue à la fois de l'inspiratio^i du xvi^ siècle et de celle du xvii^; on ne l'a peutêtre pas assez remarqué. Ce n'est ni du Goujon, ni du Pilon, ni du Bernin. La personnalité de l'artiste se révèle dans la délicatesse, la suavité un peu molle, presque l'abstraction de ces grandes figures '. Le tombeau de Henri de Condé est l'œuvre maî-
1. Les modèles en petit se trouvaient au Louvre (salles (les ivoires); ils sont, eux aussi, en magasin. Décidément l'art (le ce temps joue de malheur.
tresse de Sarrazin ' ; il dut être commencé peu après 1646, mais nous ne savons encore dans quelles conditions ni à quel moment il fut continué et achevé, alors que survinrent la Fronde et la trahison du Grand Condé. Pourtant, il est certain que Sarrazin en mourant le laissa presque entièrement terminé -. Par l'ampleur et par la splendeur, le monument était en rapport avec les habitudes du temps et la situation politique du Prince pour qui il avait été fait. « On y voit quatre grandes figures de bronze, représentant la Religion, la Justice, la Pieté et la Force ou la Valeur. Chaque figure y est distingués par ses attributs particuliers. A l'entrée de la chapelle et sur le haut de la balustrade qui en fait l'enceinte, paraissent les figures en bronze de deux jeunes enfants ou génies de la Douleur, dont l'un tient les armes du prince et l'autre son épitaphe. Le pied de la balustrade est enrichi d'une suite de bas-reliefs où, selon les idées de Pétrarque, M. Sarrazin a représenté les Triomphes de la Mort, de la Renommée, du Temps et de l'Éternité.... Le crucifix qui est dans la même chapelle sur un fond de marbre noir est aussi de M. Sarrazin... ^ )>
1. II se trouve aujourd'hui dans la chapelle du château de Chantilly, reconstitué à peu près tel qu'à l'église Saint-I'aul, 011 il avait été édifié.
2. Ainsi Guillet de Saint-Georges semble indiquer qu'il ne manquait à cette date que le Crucifix, ■< qui est aussi de M. Sarrazin », I, p. 123.
3. Gl'illet de Saint-Georges, p. 123. La description est à peu près la même chez tous les historiens de Paris : Germain Brice, Piganiol, etc.
Voilà déjà des idées et une composition qui, sans présenter une grande originalité, nous éloignent du symbolisme ordinaire de l'époque et surtout de la mythologie qui s'y insinue souvent '.On n'y trouvera rien qui ressemble à l'expression forte d'un sentiment individuel et vraiment humain; ce ne sont que de brillants lieux communs de rhétorique morale; on n'y cherchera pas davantage la vraie beauté des formes dans toute leur sincérité. Mais ces ligures ont au plus haut degré la noblesse, elles sont bien Fornement qui convient à d'illustres morts. Après tout, l'art devait avoir comme la littérature ses oraisons funèbres.
Dans les bas-reliefs - parait l'imitation antique plus directe : soldats romains, aigles latines. Cependant le Triomphe de la Mort, oîi le squelette de la Mort, monté sur un char, lance ses traits sur la foule, offre une certaine grandeur et même un réalisme assez puissant.
Le monument du cœur de Louis Xlll se cumposait de deux anges d'argent, soutenant un vase de même métal contenant le co'ur du roi, et de quatre bas-reliefs de marbre. Les anges d'argent ont disparu ; les bas-reliefs de marbre sont au Louvre •'. On y retrouve la noblesse et la délicatesse, (}ui sont la mar(|ue dominante du talent de Sarrazin.