Marbre à Versailles, n
;j. Voir par exemple Louis XII et Anne de Bretagne, Valenline de Birague, etc.
4. Voir le monument funéraire de Louvois (moulage a Versailles).
0. Le tombeau de de Thou était un monument considérable : les fragments en sont aujourd'hui dispersés un peu partout. Sur le sarcophage étaient placés le président et ses deux femmes : la statue de la première avait été sculptée par Barthélémy Prieur; tout le reste appartient à Anguier.
;$0(i LKS IKiMMES ET LES ŒUVRES.
Cette fois, le sculpteur s'abandonna franchement à la réalité : Mme de la Châtre était représentée agenouillée auprès de son mari, et vêtue du costume du temps; à peine la forme de la vertugade y estelle légèrement atténuée. A mon sens, il est difficile de rien voir de plus charmant, de plus pur, on dirait presque de plus virginal \ C'est presque la grâce délicate et décente de la Pob/mnie restaurée. On retrouve là les meilleures traditions de la statuaire française.
Anguier n'est donc facile ni à déterminer ni à classer, d'autant qu'il reste dans sa vie beaucoup d'années que nous connaissons fort peu ^. Pour se bien l'expliquer, on aurait besoin de savoir au juste comment sa jeunesse s'est formée. Tel que nous le voyons, il fut partagé entre les enseignements antiques et certaines dipositions naturelles. En cela il ressemble à nombre d'artistes de son temps; quoiqu'il ait appartenu à la maîtrise, il n'en personnifie point l'esprit : l'éducation l'emportait trop souvent chez lui sur le milieu.
Michel est plus célèbre que son frère; il a eu
M. Courajod {Alexandre Lenoir et le Musée des inonumenls français, t. II, p. 139, J46. Hl, 284) a demandé, il y a longtemps déjà, que les différentes parties en reviennent au Louvre. Ce serait tout à fait souhaitable. Il faudrait reconstituer dans notre Musée, au moins un type de cette sculpture funéraire, qui constitue un art si particulier.
1. Marbre à Versailles, n° 2819. La statue du président de Thou est au Louvre en magasin. Il en est de même des fragments du tombeau de Souvré et de la belle pyramide, élevée en 1663 en l'honneur de la famille des Longuevilie.
2, Voir Stein, p. 8 et 9.
LA SCULPTL'RE. 3fl7
d'ailleurs une plus longue carrière, car il n'est mort qu'en 1686. Il se rattache donc par près de trente années au règne personnel de Louis XIV, mais on remarquera qu'il avait au moins quarante-six ans en KiGO '. 11 doit beaucoup à Rome, où il resta dix ans, travaillant sous l'Algarde et étudiant les antiques. A son retour à Paris, vers 1652, il rapportait des moulages du Laocoon, des Lutteurs, etc. Après avoir collaboré au tombeau de Montmorency, il fit à Moulins un crucifix, une Vierge, un Saint Jean. La liste de ses travaux, entre 1652 et 1660, montre en quelle estime il était tenu et dénote une facilité de travail remarquable. On le voit chez Fouquet, à Saint-Mandé, où il décore de sculptures la maison du surintendant et représente une Charitr, sous les traits de Mme Fouquet et de ses deux enfants, « pour marquer la tendresse et l'union qui régnaient dans cette famille » ; à Vaux, où il sculpte 7 grandes figures de pierre et 12 termes, ce qui ne l'empêche pas de travailler pour nombre de particuliers.
11 parait avoir eu la faveur d'Anne d'Autriche. Elle lui confia en 1655 tous les travaux de sculpture de ses appartements de la petite galerie ^ décorés par le peintre italien Romanelli et par le stucateur Pielro Sasso. C'est une œuvre à laquelle il faut s'arrêter, car elle donne bien la note du temps. Les
1. Il a dû naître en 1614 au plus tard. Voir Stein, cilé cidessus.
2. Voir Arc/i. de l'Art fr., ISS^Î, p. -207. Stein dit 165i-16".o.
appartements de la reine se composaient de six grandes pièces au rez-de-chaussée '. Michel Anguier eut la conduite des travaux de sculpture pour les cinq premières, peut-être Girardon a-t-il collaboré avec lui pour la dernière. Nous voilà ici en plein art décoratif païen, comme tout à l'heure en plein art décoratif chrétien, mais, le genre admis, on reconnaîtra une fois de plus combien les artistes de cette époque avaient le sens ornemental. Peintures de Romanelli ou sculptures d'Anguier prises à part sembleront d'une conception et d'une exécution bien superficielles. Réunies, leur accord forme un tout charmant. Et puis, quelques-unes de ces figures ont une grâce, une souplesse, une légèreté rare, elles se présentent dans des altitudes hardies et aisées; elles se soutiennent sans effort, et les plafonds qu'elles portent ne semblent pas peser sur elles.
Après 1660, nous n'avons plus à suivre les Anguier; ils continuèrent, Michel surtout, à travailler pour Anne dAutriche, non plus au Louvre, mais au Val-de-Gràce ; plus tard, Michel sculpta les hauts reliefs de la porte Saint-Denis, et contribua à la décoration de Versailles.
Assurément, ils eurent de l'intluence par euxmêmes et par leurs élèves : Regnaudin, Van Clève, même Girardon, les Marsy; ils forment bien la transition entre la première et la seconde moitié du
1. Ce sont aiijourcriuii les salles de la Rotonde, de .Mécène, des Saisons, de la Paix, de Sévère, des Antonins.
LA SCCLPTURE. :J99
siècle; ils sont du temps d'Anne d'Autriche, de Mazarin et de Le Brun commençant. Rien n'empêclie de les mettre entre Sarrazin et Guillain, de voir en eux pour la statuaire les maîtres de l'école décorative.
C'est peut-être l'école réaliste que nous allons trouver avec Simon Guillain; en tout cas, il offre un type bien vivant de bourgeois de Paris et d'artiste de la maîtrise. Lui et Sarrazin, presque du même âge, morts à deux années d'intervalle, semblent avoir résumé, pour leurs contemporains et ceux qui vinrent après eux, la sculpture française pendant la première moitié du siècle '. Ils furent d'ailleurs presque rivaux pendant leur vie, s'il est vrai que Guillain refusa de travailler au Louvre sous Sarrazin, et qu'un peu plus lard il réussit à se substituer à lui pour la décoration du Pont-au- Change. Ces traditions plus ou moins exactes sont significatives, elles montrent qu'on avait l'instinct d'une sorte d'opposition entre leurs doctrines et leurs talents.
Simon Guillain avait pour père un sculpteur « fort habile et en réputation », Nicolas Guillain -, plus connu sous le nom de Cambray, qu'il tirait de sa ville natale. Il conserva de cette origine quelques traits de l'esprit naturaliste et précis de l'art lla-
i. Mariette (.46ecerfano, t. II, p. 340, 341) cite trois hommes qui, suivant lui, ont rétabli en France le bon goût : Guillain et Sarrazin pour la statuaire, Vouet pour la peinture.
2. Voir à Versailles les n°' 1309, 1310 (statues de Pierre Jeannin et de sa femme;.
niand. 11 appartenait à la maîtrise par son père, par son beau-frère Cochet, « excellent sculpteur », qui fit le tombeau de Charles de Soissons (j 1641), et par lui-même; il y exerçait en 161D la charge de bachelier. Pourtant il la quitta lors de la fondation de l'Académie, mais la plus grande partie de sa vie et de son œuvre se place avant ce moment, car il avait en 1648 près de soixante-sept ans (1581 ?-1658). Guilletde Saint-Georges ' nous le présente avec des traits pittoresques : la taille belle, l'humeur vive, la pointe de fierté de l'homme qui se sent quelque chose et qui ne craint pas les coups -. Son portrait, peint par Noël Coypel ', montre une physionomie assez vulgaire, mais l'air délibéré; rien d'académique, quelque chose plutôt du « peintre gueux », ce qu'il n'était point. Du bourgeois de Paris, il avait les habitudes d'économie qui donnent l'aisance, car il posséda cinq ou six maisons; il avait aussi les mœurs patriarcales, puisqu'il ne laissa pas moins de deux fils et de cinq filles. Enfin, il fut élu capitaine de son quartier, marguillier de sa paroisse, et il habitait le Marais. Il n'est pas possible d'être plus parisien au xvn® siècle. Pour un peu, on se le figure jouant son rôle et parlant haut dans la Fronde, soit pour le roi, soit contre lui.