CHAPITRE IV
Dans la première partie du xvu'' siècle, nous l'avons dit, l'art français a reçu plus qu'il n'a donné. Par son état intellectuel, la France n'était pas encore en mesure de se suffire complètement à elle-même et, par son histoire comme par sa situation géographique, elle était appelée à se trouver en rapports plus ou moins étroits avec les peuples voisins : l'Allemagne, l'Angleterre, l'Espagne, les Pays-Bas et l'Italie. C'étaient précisément les seuls qui, à des degrés différents, comptaient dans la civilisation européenne. Mais notre pays se tourna très inégalement vers chacun d'eux.
Ni ses idées ni son art n'empruntèrent rien à l'Allemagne, parce qu'en réalité il n'y avait rien à y prendre. Dans la première moitié du xvii^ siècle, avec les désastres et les misères de la guerre de
Trente Ans, il s'y produisit une véritable décadence. Nous n'envoyâmes au delà du Rhin que des soldats ou des diplomates; ils n'en rapportèrent le plus souvent qu'un dédain superficiel pour des mœurs quils qualifiaient de barbares parce qu'elles étaient éloignées des nôtres, ou de ridicules, quand elles essayaient de se former d'après nos modes. A lire les récits des voyageurs du temps, on sent que, dès qu'ils entrent dans la vallée du Danube ou dans celle du Mayn, ils se figurent pénétrer déjà dans les Temu incognil.v.
A la différence de l'Allemagne, l'Angleterre se trouvait en pleine expansion intellectuelle. L'anglicanisme et le tempérament anglais avaient fini par s'accommoder de la Renaissance, mais sans se laisser dominer par elle, en la pliant au coiitraire à leur génie '. Mais on sait combien peu l'imagination anglaise eut prise sur la nôtre. Pourtant les relations furent fréquentes avec la Grande-Bretagne, au commencement du siècle, et de plus elles étaient de celles qui paraissent appelées le mieux à fondre l'esprit de deux sociétés : alliances de familles, ambassades solennelles, entraînant d'une rive à l'autre du détroit les seigneurs comme les hommes d'État. Rien n'y fît, à tel point il y avait écart entre les deux manières de penser. Quant à l'art anglais, c'était autre chose, il n'existait pas : au xvi^ siècle, les souverains britanniques appelaient Holbein, au wif siècle,