CHAPITRE I
« 11 faut estre un grand artiste pour bien préparer le mercure *. «Ainsi s'exprime FAcadémie dans la
1. Artiste, adj. de tout genre. Industrieux, qui travaille selon l'art. 11 est aussi substantif et signifie celui qui travaille dans un art. Il se dit particulièrement de ceux qui font les opérations chimiques. {Dlct. de VAcad. fr., éd. 1694.) — Artiste, adj. masc. et fém. Industrieux, etc. Artiste se dit aussi dans les Universilez de celui qui a étudié les arts libéraux (Dict. de Fiiretiè're, éd. 1690). L'édition de Furetière de 1"27 reprend ces définitions dans les mêmes termes. Le Dictionnaire de Trévoux (éd. de 1732) les reproduit encore sans modifications. Il faut arriver à l'édition de 17.59 du Dictionnaire de Richelet pour trouver : Artiste. Il vient de l'italien ou de l'espagnol, artista.... Artiste se dit aussi de ceux qui font profession de quelque art et qui s'y distinguent [Un grand artiste. La France a une grande supériorité sur les autres nations par le mérite et la célébrité de ses artistes.] Les notes entre crochets sont les nouveaux exemples ajoutés par l'éditeur de 1739. Quant à l'Académie, toujours en retard, elle n'introduisit la définition moderne ipie dans son édition de 1762.
12G l'art et la condition des artistes.
première édition de son Dictionnaire, et Furetière, avant elle, avait dit à peu près la même chose. Nous voilà bien loin de nos habitudes d'aujourd'hui; au xvu'' siècle, on disait un peintre, un sculpteur, un architecte; un artiste, jamais, lorsqu'il s'agissait de désigner ceux qui faisaient profession des beauxarts. Cela tenait évidemment pour beaucoup à ce que le partage exact entre le métier et l'art ne se faisait guère, malgré les exemples venus d'Italie et la faveur accordée par François P"" et ses successeurs à des hommes tels que Primatice. Cellini, Goujon.
On avait d'autant moins à le faire que les professions dites non libérales n'étaient pas aussi dépréciées que depuis. Groupées en corporations pour la plupart, elles prenaient par là plus de force et gardaient plus de prestige. Les membres de beaucoup de maîtrises « portaient qualité d'honneur, eslanz qualifiez honorables hommes ou honnestes personnes et bourgeois des villes » '.
En cherchant à établir ce qu'était la condition sociale de ceux que nous appelons les artistes, terme commode à employer, il faut d'abord mettre à part les architectes. Ce n'est pas que ce mot luimême ait été employé de tout temps pour indiquer ceux qui pratiquent l'art de bâtir. Ce n'est pas non plus que le constructeur ait été séparé toujours de l'artisan. On sait le rôle joué au moyen âge parles