CHAPITRE VIII
Étrusques, nous avons trouvé la fleur de lis représentée dans toute sa pureté et dans la forme svelte et gracieuse qu'elle avait dans l'antiquité sur le sceptre des rois et qu'on lui donnait également dans les armoiries du xiii 8 siècle, sur deux chapiteaux d'anciennes colonnes étrusques, conservées dans la crypte souterraine de Fiesole. »
La forme gracieuse et élancée du lis étrusque, et par suite du lis rouge des Florentins, est la même que celle de la fleur de lis qui se répandit sur tous les ornements royaux sous Louis VII; elle se rapporte d'ailleurs beaucoup plus à une élégante fleur d'une autre liliacée rouge de la famille des Amaryllis, que l'on nomme vulgairement : lis en croix de saint Jacques.
Voir un crapaud dans une fleur de lis paraît chose assez singulière; on l'explique en raison de l'ignorance et de l'inexpérience des peintres et des sculpteurs aux temps éloignés, et Jean de Tournes s'y trompa luimême. « Etant dans la ville de Nismes, remarque-t-il en voyant les fleurs de lis élevées en bosse en une pierre dure posée au fronton d'une maison, je croyois fermement que ce fussent crapauds ou grenouilles, m'imaginant que le fleuron du milieu qui passe les autres estoit la tête, les deux costés les jambes de devant, le milieu de la pointe la queue, et les deux bouts d'en bas les jambes de derrière; mais, m'en estant approché pour en estre plus certain, je m'aperçus clairement que c'estoient vraies fleurs de lys. » (On voit que, si les grenouilles n'ont pas de queue, ce n'est pas du fait de Jean de Tournes.)
La fleur de lis n'apparut jamais, ni comme emblème,
ta 4 L'ART HERALDIQUE.
ni comme attribut, ni comme pièce héraldique chez nos rois de la première et de la seconde race.
Parmi les successeurs de Hugues Capet, il faut franchir plusieurs ge'nérations pour la rencontrer.
Et, chose à remarquer, on ne l'aperçoit pas non plus sur les bijoux, sur les objets d'art, sur les monuments. Peintres, orfèvres, sculpteurs, architectes ne la reproduisent ni ne l'utilisent.
Les fleurs de lis ont commencé à paraître sur les blasons au xn« siècle. C'est véritablement au xm e siècle qu'elles ont pris une extension considérable : sculpture, peinture, broderie, tout les représente; elles sont sur les sceaux, elles s'étalent sur les vêtements, elles ornent les demeures seigneuriales.
Louis VII, au moment de partager le trône avec son fils Philippe, règle les détails du sacre: « Auparavant le sacre seront desposées sur ledit otel la couronne royale, l'espée de mon fils enclose dans le fourreau, ses espérons d'or, ses chausses appelées sandales ou bottines de soye couleur bleu azuré semée en moult endroits de fleurs de lys d'or, puis aussy sa dalmatique de même couleur et œuvre. »
La monnaie frappée sous ce roi est la première sur lequellc figure la fleur de lis.
C'est vers l'époque de la mort de Louis VII (1180) qu'on voit fleurdeliser les portes, les vitraux, les reliquaires, les calices et les croix.
Philippe-Auguste et ses successeurs gardèrent religieusement la fleurs de lis sur leurs habits de parade.
Voici le contre-scel du sceau de Philippe III et une variété de fleur de lis de i25o à 1260 (fig. 246-247).