DU DIVIN
mants d'Eschaya, ces tièdes et ces neutres de l'enfer du Dante qui clieminent leur vie et leur œuvre, d'un pas de promenade.
Combien ont reçu le don dn Pèie qui est la Réalité, sans en user dignement, êtres singuliers qui savent une langue, el ignorent ce qu'elle doit dire, arrangeurs de mots n'ayant pas d'idées, œils et mains sans pensée.
Comme un peu de cervelle s'unit rarement à un peu de dessin, quel triste divorce entre la faculté de s'exprimer et la plénitude de pensée !
Réconcilier l'idée et la forme, le sentiment et la technie, l'art et l'idéal : tel le devoir où quiconque a reçu d'En Haut l'amour de la beauté doit travailler de ses forces entières.
Trop longtemps a duré ce divorce scandaleux entre la pensée esthétique et son expression, entre le rêve et la réalisation, entre l'idéologie et la plastique.
Il faut que surgisse une cohorte de réconciliation, unephalange unificatrice de ces deux éléments stériles, séparément ; et qui, unis, aboutiraient à la plus rayonnante lumière.
Le Père, auteur du réel, incarne l'autorité. Or l'autorité en matière esthétique, appartient aux morts et à leurs œuvres ; elle ne se présente pas,
impérieuse et vivante, sous la forme d'une individualité peut-être antipathique. L'autorité, c'est la voix de la tradition, l'expérience, l'acquêt inestimable de tout l'effort humain. Quel fou se priverait de cette lumière où s'insurgerait contre ce salutaire rectorat ?
L'orgueil ne persuade-t-il pas de suivre la voie de lumière, où le meilleur des races a marqué son effort, au lieu de se dater de son pauvre soi-même. Ah! misère de l'être qui n'est que lui, qui s'y borne, en sa piètre impression ; l'homme est une lampe parfois précieuse et prismatique ; mais, si le divin ne l'alimente, cette lampe, objet sans clarté et sans chaleur, ne mérite plus qu'on s'y arrête.
Il y a dix-neuf siècles que la seconde personne de la Sainte Trinité, Dieu le Fils, est venu sur la terre.
A ce moment, les Esséniens possédaient un corps de doctrine théologique supérieur au séminrire actuel de Rome.
La vérité abstraite n'agissant que sur l'exception, le monde pourrissait, malgré un groupe de penseurs aussi illuminés que ceux de la Révélation primitive.
Parmi eux, les uns reconnurent la nécessité
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d'évoluer sur le plan animique ; les autres, obéissant à Tinfatuation cérébrale, se séparèrent de l'Eglise commençante.
Loin de moi la pensée d'instruire le procès d'Ammonius Saccas.
La primitive Rome a refusé aux intellectuels leur stalle dans le chœur; et les intellectuels n'ont pas su pardonner cette étroitesse excusable par son but: le salut du plus grand nombre.
L'hérésie n'est jamais qu'un orgueil humain se cachant sous les traits d'une idée ; il n'y a pas de raison contre la hiérarchie.
Ce qui a trompé les Esséniens et, plus tard, les gnostiques, ç^a été le spectacle du sacerdoce ancien où le commandement des esprits et celui des âmes, où ladirection esthétique comme la direction morale, appartenaient aux mêmes hommes.
Aujourd'hui, le myste va à la messe, tient pour un honneur de la servir et se confesse très humblement à un prêtre dont il ne supporterait pas la conversation deux minutes.
Ce déplorable divorce entre la pensée théocra» tique et l'action que Hugues des Païens voulut conjurer; cet autre divorce entre la perfection intellective et la perfection animique, où s'épuisa Hosencreuz : voilà la matière de l'effort»
â24 l'art idéaliste et mystique
Il faut cependant que l'idéal soit manifesté' encore une fois, il faut que la latinité finissante livre, à ceux qui doivent lui succéder, un livre, un temple, une épée. Il faut faire l'inventaire des trésors légués, par le passé et des conquêtes modernes ; il faut surtout réaliser dans un mode susceptible de civiliser les Barbares qui vont venir.
Or, l'Art seul peut agir sur le collectif animique, è défaut de mysticité : nous connaissons tous, des croyants à Phidias, à Léonard, qui n'ont cure de la vérité catholique.
Insufflez dans l'art contemporain et, surtout, dans la culture esthétique, l'essence théocratique.
Ruinez la notion qui s'attache à la bonne exécution : éteindre le dilettantisme du procédé, subordonner les arts à l'Art, c'est-à-dire rentrer dans la tradition qui est de considérer l'idéal comme le but unique de l'effort architectonique ou pictural ou plastique.
Si l'art est le miroir du Divin au monde formel, il doit supporter les appellations divines : « Ars est Caritas. » L'art est un amour du parfait qui rend indulgent aux défauts d'autrui ; nul plus que l'artiste ne sait quelle distance incommensurable sépare la créature h son apogée, de l'ombre ^ême lointaine de son Créateur ; nulj par conné"'
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quent, n'est plus averti des devoirs qui incombent à tout être de valeur et à la spéciale mission de l'homme de beauté. J'appelle ainsi, celui dont la vocation implique une expansion prosélytiste.
L'humanité se divise en prêtres et fidèles: prêtre des expériences, prêtre des hypothèses, prêtre des idées, prêtre des formes, et chacun a ses ouailles, c'est-à-dire la série à laquelle il peut faire du bien et procurer de l'élévation d'âme.
La laideur est une désharmonie. L'artiste a donc le rôle de thérapeute ; par ce qu'il réalise, il nous console de ce que nous sommes et opère un rapprochement de l'invisible, en satisfaisant nos sens avec des réalités d'art, sertissant une irréalité de pensée.
Pourquoi n'a-t-on pas dévoilé à l'artiste, avec les lois de son effort, le rôle bienfaisant qu'il joue, les miracles de bonification qu'il est susceptible d'opérer ?
Lelaïcisiinea-t-il vu un danger dans la religion du Beau? A-t-il pressenti d'irréductibles adversaires ou mieux le courant de l'erreur a-t-il débordé sur le plan esthétique?
Las, l'orgueil n'a rien dit aux artistes ! Ils ignoreront donc toujours leur dignité, leur puissance et leurs devoirs aussi sublimes que leurs droits.
Concevoir l'idéal et le réaliser reste la plus haute des vocations.
Pour l'éprouver: va aux maîtres, va au chefd'œuvre.
Cède au rabatteur de l'idéal ; la voix qui m'a parlé te parlera, qu'elle sorte d'une statue, d'un pilier, d'un tableau.
Quand tu l'auras entendue, ton esprit se détournera de ;la terre et tu prononceras le vœu d'idéalité.