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LES ESTAMPES. 33g
en 1661, mérite déjà quelque intérêt; celle de 1696 est plus digne de fixer l'attention, malgré la naïveté d'exécution des petites images qui l'illustrent. On trouve un exemplaire de ces deux ouvrages dans l'admirable Bibliothèque de l'Académie de Leyde '.
Mais à partir du xvme siècle les progrès de la xylographie deviennent très rapides ; le goût de l'image se répand ; d'habiles graveurs commencent à interpréter les dessins des maîtres de l'école vulgaire. C'est à la ville de Yédo que revient l'honneur de ce brusque et éclatant mouvement. Vers 1750, l'art de l'estampe est en pleine floraison. Quelques années plus tard, deux centres de productions ayant un caractère personnel se développent à Osaka et à Nagoya.
Je citerai , parmi les plus remarquables spécimens de la xylographie pendant la première moitié du xvme siècle : divers
1. Cette collection, qui comprend plus de 3, 000 volumes japonais, dont un grand nombre sont illustrés, est, d'une part, formée par les fonds de Blomhoff, Overmeer Fissher, Hoffman et Curtius, agents des Pays-Bas à Décima, et par celui, beaucoup plus important, de Siebold. Le baron de Siebold (né à Wurtzbourg en 1796 et mort à Munich en 1866) s'est rendu célèbre par ses travaux sur le Japon. Ses grands ouvrages sont trop connus pour que j'aie à les rappeler. Son titre le plus sérieux à la reconnaissance des japonisants se trouve dans la vaste collection de livres qu'il a réunie pendant ses deux séjours au Japon (i823-i83o et 1859). II se montra ardent et avisé bibliophile. A cette époque on pouvait acquérir au Japon, pour presque rien, les plus beaux livres. C'était le moment où Hokousaï publiait ses chefs-d'œuvre. Siebold les achetait dans toute la fraîcheur de leur nouveauté. On conçoit donc que la Bibliothèque de Leyde renferme aujourd'hui la plus belle et la plus précieuse collection de livres illustrés japonais qui existe au monde, et dans un état de conservation telle qu'il serait impossible de rencontrer ailleurs l'équivalent de ces exemplaires.
La Bibliothèque nationale de Paris vient en seconde ligne; elle possède un certain nombre de très beaux volumes illustrés offerts par Siebold, et qui sont venus s'ajouter à son ancien fonds. Les Bibliothèques de Vienne, Berlin (Cabinet des estampes), Munich, Wurtzbourg et Londres (British Muséum) offrent aussi un choix plus ou moins précieux d'ouvrages japonais. Les livres rapportés par Kaempfersont conservés au British Muséum. Parmi les plus riches collections particulières je citerai celles de MM. Th. Duret et Ph. Burty.
Siebold a publié, en latin, un catalogue analytique de sa bibliothèque japonaise, sous le litre: Catalogus libronim et manuscriptorum qui in museo Hagano servantur : Leyde, 1845, un volume in-folio.
grands albums ayant trait aux costumes et aux occupations des femmes (la bibliothèque de M. Théodore Duret nous en offre
quelques spécimens),
dont un des plus intéressants est certainement celui des Portraits des dames du Japon, d'Ishikava Soukénobou ; — plusieurs ouvrages des plus curieux, gravés d'après des dessins de l'école de Tosa, poésies , romans , itinéraires de province (il existe de rares et précieux spécimens de ces sortes d'ouvrages dans la Bibliothèque deLeyde); — quelques albums de dessins industriels et des recueils de copies d'à-
(D'après une gravure du « Sakigaké ».) près leS deSSinS deS
grands maîtres anciens, dont les plus importants sont le YeJionte- Kagami (1720) et le Gouashi Kouaiyo (1745)'.
En 1772, 1774 et 1776 nous voyons apparaître coup sur coup de magnifiques monuments de la gravure polychrome. La gamme des tons employés est encore restreinte ; les couleurs posées en à plat vigoureux sont de la plus remarquable intensité. Les rouge
1. Il en a été, à plusieurs reprises, question dans le chapitre de la Peinture.
HOKOUSA1, SOUS LE COSTUME DUN GUERRIER JAPONAIS, ÉCRIVANT SON NOM ET SON AGE SUR LE TRONC D'UN ARBRE.
LES ESTAMPES
feu, les verts rompus sont d'une qualité que Fart plus moderne semble n'avoir pu atteindre. Les chefs-d'œuvre sortis de l'atelier de Shiountshio comptent parmi les plus nobles et les plus mâles créations de l'imagerie en couleurs, et même de l'art japonais tout entier. Ses grands albums de femmes sont aujourd'hui introuvables au Japon, même à prix d'or. On pouvait voir à l'exposition de la rue de Sèze une série de ces grandes compositions où il a déroulé, en d'opulentes théories, les scènes de la vie des femmes à Yédo; on ne saurait décrire l'harmonie, l'élégance de ces figures, enluminées dans les tons puissants des vieilles tapisseries.
On cite, parmi les œuvres accomplies et les plus importantes de Shiountshio, les trois volumes du Miroir des beautés de la'maison verte (Yédo, 1776)1, exécuté en collaboration avec Kitao Highémasa, et le livre illustré des Cent poètes (Yédo, 1774)2, dans lequel ce grand artiste a cherché, comme il le dit lui-même dans la préface, à rendre, pour chaque personnage, le costume exact et le caractère de l'époque.
GRAVURE DE HOKOUSA1, TIREE D UNE «METHODE ABREGEE DE DESSIN GÉOMÉTRIQUE ».