COUP DE VENT, PAR HOKOUSA
(D'après une gravure du xnc volume Je la « Mangoua ».
objet d'art sans rival. Dans les travaux de luxe, la nature du papier, pulpeux et épais comme une moelle de sureau, le choix des encres, — on n'emploie que l'encre de Chine délayée, — la qualité des
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CROQUIS DE HOKOUSA1.
couleurs à l'eau, tout est objet de recherche pour le raffinement de l'ouvrier japonais. Aussi certaines gravures japonaises en couleurs ont-elles le charme, l'éclat, le fondu des plus brillantes aquarelles. Le fac-similé atteint un degré d'illusion qu'on ne peut soupçonner si
on n'en a pas vu d'exemples.
L'impression se fait à la main et au frotton, comme celle de nos fumés artistiques. Le repérage, qui se répète quelquefois pour dix, douze et quinze tons différents, est d'une netteté, d'une perfection qui feraient paraître grossiers les meilleurs travaux de nos chromolithographes en renom. Les tons se superposent, se complètent avec une telle justesse qu'il est impossible d'apercevoir, même à la loupe, le passage de la retiration.
Le graveur japonais arrive par des moyens très simples, presque primitifs, mais où le tour de main conserve toute sa valeur, à des tons lavés, dégradés, estompés, rompus, à des chatoiements et des gaietés de coloris que le coup de pinceau semble seul pouvoir exprimer. Entre les miracles de l'art japonais celui-ci est peutêtre le phis surprenant.
Mais je reviens à Hokousaï. Son œuvre et sa personnalité dominent à tel point l'histoire de l'art japonais au xixe siècle, et par suite celle de l'estampe, qu'il est nécessaire de s'y arrêter.
Nous l'avons vu comme peintre débuter dans l'atelier de Shiountshio. Ses premiers essais pour le dessin des gravures sont assez timides et il est souvent assez difficile, lorsqu'ils ne sont pas signés, de les distinguer des travaux de son maître, dont ils rap-
LES ESTAMPES
pellent • à grands traits le style. A-t-il gravé lui-même, à l'époque
ESQUISSES DE CORBEAUX ET D'OIES SAUVAGES SUR LA LUNE, PAR HOKOUSA1. (Gravure tirée de 1' 0 Ippitsou Gouafou ».)
de ses débuts? C'est possible, mais nous n'en avons pas la preuve.
CROQUIS DE HOKOUSA1
Il n'est pas douteux que, dès 1780, à l'âge de vingt ans, il ait composé des images pour la gravure en couleurs et illustré des
romans populaires. M. Hayashi m'a communiqué un précieux petit volume, illustré de scènes religieuses, qui est signé de son premier nom de jeunesse : Tokitaro. Il se compose de seize planches d'un dessin déjà très vivant, quoique un peu fruste; certaines attitudes de personnages, certains traits expressifs, apparaissent à travers la manière de Shiountshio et révèlent à un œil attentif la griffe du futur Hokousaï. Quelques petites planches en couleurs, dites sourimonos, conservées dans un recueil factice d'anciennes impressions appartenant à M. Duret, portent la signature de Hokousaï et les dates de 1787 et 1789.
Il n'est pas sans intérêt d'introduire une parenthèse pour définir cette locution japonaise. On appelle sourimonos de petites feuilles dessinées ou gravées par des membres de sociétés d'artistes, de poètes et de buveurs de thé. La vogue de ces sociétés se répandit surtout à Yédo vers la fin du xvm" siècle et au commencement du xixe. Au retour de la nouvelle année, les membres de ces sociétés avaient généralement l'habitude de s'offrir quelque présent. Il était aussi de bon ton de composer quelque dessin de circonstance que l'on faisait graver et que l'on tirait à un nombre limité d'épreuves de choix. Ces épreuves,