LA BEAUTÉ DANS L'ORNEMENT SA RECHERCHE AU MOYEN DE L'ANALYSE
13. Introduction. — Le but de ce chapitre est de montrer comment on peut . par l'analyse, se rendre compte de l'impression que produit sur nous une forme ornementale. Ce sont, en réalité, des notions pratiques et raisonnées d'esthétique, qui nous permettront de former et d'affirmer notre goût.
On peut facilement concevoir la beauté d'une décoration, d'une œuvre d'art quelconque, sans pouvoir se rendre compte, ni par conséquent rendre compte aux autres, des raisons pour lesquelles on les trouve belles. Il faut pour cela connaître et savoir appliquer les principes ou conditions de la beauté dans la conformation des corps. C'est ce que nous allons essayer d'étudier maintenant, pour ce qui concerne l'ornement.
14. La beauté et ses principales conditions.— La beauté d'un ornement consiste dans la perfection de sa forme. Fut-il revêtu des plus belles couleurs, si sa conformation n'est pas suivant les règles du bon goût, il ne saurait être vraiment beau. Or, la forme ornementale, pour être belle, doit posséder trois qualités principales: la régularité, la variété et Y harmonie.
Voyons comment ces qualités doivent s'allier dans un ornement pour qu'il soit esthétique, c'est-à-dire conforme aux règles du beau ; et choisissons comme exemple de cette
i . »i; . i mi \ i il i \ COMPOBITK >N i LE \ 1
étllde appelée :m:il\ c est h^tiqilf, l'ailtéfixe «lu Paitl I 41
beauté de cet ornement est reconnue depui de milliei d ht
plupart defl mil éc d'art en possèdent nu moin.* un ' Il
rx>8€ de deU3( parties une palmettc forme la partir Mip.
volutes pla< n regard l'une de l'autre con bituent la portion n.
Nous allons rechercher les condition de la beauté dam chacune de <e-
parties et dans le tout .
1 La régularité. La régularité consiste dan- la répétition ordom des élément Elle correspond au rythme en musique, à la rime «-n poéc L'esprit humain aime l'ordre et la régularité ; il se plaît naturellement
face d'une <euvre où tout est di>po>é a\ ce mesure. ( >r. il est facile de COI
bâter cette qualité dans la répétition régulière et symétrique d aillée de
la palmettc qui t'ait partie de l'antéiixe. ( !es feuille- se répètent à égale distance, du moins à leur naissance, et de chaque côté de 1 dan- un ordre ascendant de grandeur depuis le bas jusqu'au haut .
La volute se répète de même symétriquement et Be développe en spirale
de chaque côté de la directrice.
2 La variété. Seule, la régularité engendre la monotonie, qui ne tarde pas à déplaire à l'œil exercé. D'un autre côté, la variété pQUSSée trop loin produit des contrastes disgracieux qui nuisent à l'unité. Il faut donc un degré convenable de variété ; et ce degré existe quand il y a une juste mesure de ressemblance et de dissemblance, en parfait accord. Or, c'est encore ce que Ton peut constater dans la palmette grecque. Les différentes parties varient de forme, de grandeur, de position, de direction et de distance. Cette diversion distrait agréablement l'œil et rend par là même les formes plus attrayantes. Et pour que cette variété ne mette pas en désaccord les différentes parties de l'ornement, les feuilles gardent assez de ressemblance pour paraître appartenir à la même plante et suivre la même loi de croissance.
Si Ton considère maintenant les volutes, on observe d'abord une certaine variété amenée par la symétrie qui met ces deux volutes en regard l'une de de l'autre ; et aussi par ce fait que la ligne de chacune change continuellement de direction pour s'éloigner du centre et attirer ainsi la pensée du spectateur, en quelque sorte, vers l'espace infini. De plus, la variété existe entre les deux parties de l'antéfixe, la première étant d'origine végétale et la deuxième d'origine géométrique.
[2 PRINCIPES Dl i." \i; i ORNEMENTAI
3 L'harmonie. Comme non- L'avons déjà vu. il n'y a pas d'harmonie sans une proportion parfaite de grandeur, sans un parfait accord entre Les parties qui composent le tout : à un point de vue plus esthétique, il n'y a p d'harmonie complète sans une proportion convenable de régularité et de variété concourant ensemble à l'unité.
Nous avons constaté dans l'antéfixe et ses éléments un degré convenable de ces deux qualités. Voyons maintenant comment elles concourent à L'unité. Les éléments de chacune des deux parties sont si bien dispos de chaque côté de l'axe de symétrie, que si l'on en supprime un seul, l'unité est rompue. Les feuilles Inférieures de la palmette viennent s'appuyer comme naturellement sur la partie supérieure des volute.-, et celles-ci semblent s'unir pour supporter le léger Fardeau qui les surmonte.
Ainsi, les différents éléments paraissent faits les uns pour les autres, avoir été façonnés d'après un principe unifiant, puis sortir en quelque sorte d'une origine commune, pour en rayonner avec une grâce frappante. C'est de cette unité que résulte la parfaite harmonie.
Outre ces qualités on trouve encore dans l'antéfixe la mise en pratique de plusieurs autres règles de l'invention. (V sont :
1° La subordination des parties secondaires aux parties principales, la feuille centrale de la palmetto excédant les autres en grandeur et occupant la position culminante.
2° La grâa et l'élégance exprimées par les lignes ondulées des feuilles1 et les courbes régulières des volutes.
3° La tangena des lignes qui forment les volutes, ainsi que de celle- qui dessinent le contour des feuilles : car si ces dernière- étaient prolongées par le bas, elies aboutiraient toutes à un même point, qui serait leur point de tangence et leur centre de rayonnement.
4° La subordination de l'ornement à l'usage auquel il est destiné, qui est ici celui de cacher le bout des tuiles au bord (\v< toits.
I !es conditions de la beauté se retrouvent à divers degrés dan- tout ornement bien ordonné, même le plus élémentaire. Ainsi, dans un simple méandre grée (fig. 1 », on satisfait à la régularité par la répétition d'une même ligne brisée, et à la variété par la position tantôt horizontale, tantôt
1 La figure L8 donne les différentes Bortea d'ondulations employées pour les feuilles de la palmette grecque.
I 1)1 I \ll \ I I