‹ L'art persanChapitre 65 sur 98 · I. — La Faïence · texte numérisé non relu

I. — La Faïence

Nombre d’études ont été consacrées à la céramique persane, qui toutes ont effleuré la question de son origine sans chercher à la résoudre. Certaines ont, sans discussion aucune, proclamé bien haut que, de toute antiquité, la Perse avait été la patrie de la faïence; toutes ont abouti à cette conclusion : « La faïence est un art éminemment persan. »

Sous les Achéménides, il est vrai, la terre vernissée est l’élément même de l’architecture. Ses procédés et ses thèmes font d’elle à cet instant la continuatrice de la tradition de Babylone et de Ninive. Mais là surtout se dresse une question de filiation. Est-ce en Chaldée que le secret de la faïence fut trouvé? Il semble plutôt que les Chaldéens l’apprirent en Égypte ; le cadre de ce livre ne me permet pas d’en exposer les raisons ici 1.

Avec l’empire achéménide, la brique émaillée disparaît sans laisser de traces. L’un des spécialistes les plus compétents, M. Th. Deck2, l’affirme sans détours, avec une franchise qui fait litière des théories préconçues autant que des phrases creuses et savamment poncives. « On admet, dit-il, que les Persans étaient en pleine possession de la faïence lorsqu’au vu® siècle de notre ère ils furent conquis par les Arabes. Mais , s’il est facile d’écrire au bas du dessin d’une pièce de céramique qu’elle a été exécutée sous la dynastie des Sassanides, qui régna en Perse de 226 à 652, il est moins aisé de le prouver. Le Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale possède la magnifique coupe en verre de Khosroès Ier. Cet objet dénote un art très avancé; mais aucune collection ne montre un seul morceau de faïence des premiers siècles de notre ère. »

Il en est de même des premiers siècles de l’hégire : pas un morceau persan n’existe qui. soit daté de la

1. Al. Gayet : le Rôle de la faïence dans l’antiquité égyptienne, Galette des Beaux-Arts, 1894.

2. Th. Deck, la Faïence, Bibliothèque de l’enseignement des beaux-arts.

période du khalifat arabe. Les plus récentes recherches de MM. Jacqmart et Merryol n’ont pu remonter au delà du xie siècle, et encore ne s’appuient-elles là que sur quelques rares documents incertains. Le dernier ouvrage traitant des origines de la faïence persane : the Thirteenth century lustreted vases in the collection of Mr F. Du Cane Godman , F. R. S., publié par M. Henry Wallis, n’a pu franchir cette barrière; et l’auteur, malgré son tact de céramiste consommé, a dû se borner à juger de la période préhistorique uniquement par induction. De même que pour l’architecture, c’est aux mentions éparses dans les livres des voyageurs et des historiens que l’on est réduit à demander quelques indications précises. Le géographe Yakout, qui vécut de 1178 à 1229, nous apprend que de son temps la poterie glacée était désignée dans tout l’Orient musulman sous le nom de kischani, appellation dérivée du nom de Kaschan, ville persane célèbre dans tout le Moyen Age. « On fabrique à Kaschan, dit-il, de belles faïences, appelées communément kischani. » Le nom est resté, et, aujourd’hui encore, toute pièce de terre émaillée porte le nom de kischani en langue persane ou arabe. Par contre, M. Henry Wallis suppose, pour une foule de raisons qu’il serait trop long de rapporter, mais qui semblent fort probantes, que les Egyptiens et les Babyloniens avaient été les premiers initiateurs des Persans dans cet art, et qu’à dater de l’invasion mongole, modèles et procédés furent empruntés aux Chinois.

En tous les cas, la Perse ignorait encore, au xie siècle, la faïence à reflets métalliques, Nassiri-Khosraou est étonné d’en voir en Égypte. « A Masr (au

Caire), dit-il, on fabrique de la faïence de toute espèce. On en fait des bols, des tasses, des assiettes et autres ustensiles. On les décore avec des couleurs qui sont analogues à celles de l’étoffe appelée bougalemoun . les nuances changent selon la position donnée au vase. » Des recherches faites dans les décombres du vieux Caire, il ressort, en effet, que ce type de poterie était alors connu depuis longtemps.

Que, devenus habiles en l'art de vernir la terre, les Persans aient surpassé leurs maîtres, il n’y a à cela rien d’impossible. Nombre de pièces éparses en Syrie et en Égypte attestent cette prépondérance du céramiste persan. On importait dans tout l’Islam des faïences de Kaschan, et l’on appelait de partout ses praticiens comme seuls aptes à enseigner la vraie méthode. Au Caire, j’ai pu constater dans la riche collection de M. le D1 Fouquet que les ateliers de Fostât copiaient et recopiaient des modèles persans. Telle pièce signée El-Aghami — le Persan — en est la réplique en terre égyptienne. Et ces ateliers formaient, comme au Moyen Age occidental, des maîtrises, où tel secret s’est sans doute transmis de génération en génération. Certaines pièces de la collection Fouquet sont signées Khayby, d’autres Khayby-Ibn-Khayby (Khayby, fils de Khayby); d’autres encore de noms suivis de cette mention : « Élève de Khayby. » Chaque fabrique était donc une école où l’enseignement du maître devenait le patrimoine des élèves qui s’instituaient ses continuateurs.

Au xme siècle, les documents nous fournissent enfin des données certaines. La réunion de l’Inde, de la Chine

et de la Perse, opérée par les conquérants mongols, introduit dans la céramique des thèmes et des procédés nouveaux. Djenghis-Khan transporte des tribus persanes en Chine; Houlakou établit en Perse des colonies d’ou-

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