I. Nouv. ail. 1658, p. 131-2. — 2. Poés.., etc., p
" Grand Roi, dont nous voyons la générosité " Montrer pour le Parnasse un excès de bonté,
" Que n'ont jamais eu tous les autres ; " Puissiez-vous dans cent ans donner encor des lois; " Et puissent tous vos ans être de quinze mois,
" Comme vos commis font les noires ('). "
Quoi qu'il en soit, l'un des premiers actes du gouvernement personnel de Louis XIV, fut de secourir les gens de lettres et de science. Après la chute de Fouquet, qui, suivant Corneille, " n'était pas moins surin- " tendant des belles lettres que des finances ('') ", le Roi fit dresser une liste de pensions pour les savants et les littérateurs de toute l'Europe. Chapelain et Costar rédigèrent leurs catalogues, plusieurs fois cités dans notre commentaire ; et pour cette belle occasion, l'honnête Loret, qui logeait assez peu d'écus en son escarcelle, chantait ainsi le retour de Xœtas aurea :
"... Par un ordre exprès du Roi, " Monsieur Colbert, qui du Royaume " Est réputé grand Économe, " A pris, dans le royal trésor " Quantité de bons Louis d'or, " Pour donner, non pas à des rustres, " Mais à tout, plein de gens illustres... " Et c'est en ce jeune Monarque " Une excellente et belle marque " Que sous son règne on doit encor " Voir refleurir le siècle d'or (3). "
Trois ans avant cette date de 1663, Boileau prophétisait les largesses royales, et saluait l'aurore de cet astre levé sur le Parnasse;
" Il est vrai que du Roi la bonté secourable " Jette enfin sur la Muse un regard favorable ;
I. Œuv. ; Grands Ecr. de Fr.^ t. X, p. 185. — 2. Examen d'' Œdipe. — 3. Muse hist.^ 9 juin 1663.
" Et réparant du sort l'aveuglement fatal, " \^a tirer désormais Phébus de l'hôpital. " On doit tout espérer d'un monarque si juste... (') "
La première épître de Boileau réalisa pour lui sa prophétie, et valut deux mille livres de pension au " poète naissant "; vraie largesse de " prince éclairé' et magnifique. La chose parut exorbitante au duc de Montausier,qui accueillit la nouvelle d'une telle faveur, par cette exclamation : " Le Roi donnera bientôt " aussi des pensions aux voleurs de grand chemin (^)!" Le poète Valet de chambre de la reine Marie- Thérèse, avait bien raison d'alignerlesconseils suivants pour le poète Acanthe :
" Depuis que de l'Etat le vigilant démon
" Dans ses puissantes mains en a mis le timon,
" Tout genre de vertu brillante et distinguée
" S'est vu de ses bontés la source prodiguée.
" En quelque art que l'on prime, à ce Roi bienfaisant,
" C'est toujours pour ses dons un titre suffisant ;
" Et sans retour sur soi, sans rapport à sa gloire,
" Sa faveur enrichit jusqu'à l'Observatoire.
" Fais retentir ses faits dans le sacré Vallon,
" 'Et sois sûr qu'il paîra les travaux d'Apollon (3). "
" Muses, dictez sa gloire à tous vos nourrissons :
Ritournelle familière aux rimeurs du xvii^ siècle :
" Muses, que tous vos nourrissons " Joignent leur divines chansons... ",
disait Scarronen l'honneur du Chancelier Séguier(^). Carel ne comprend pas le mot : " Dictez ". On ne " dicte pointla gloire, mais bien les écrits qui en parlent; " dicter un poème et toute autre sorte d'écrits, dicter " une lettre etc. (s). "
I. Sat. I. — 2. Cortesp. de Bail, et de Bross. etc., app. p. 553. 3. Senecé, Œuv. ch. p. 182-3. — 4- Œuv. Nouv. Ed., t. I, p. 57. 5. La déf. des B. E., p. 61,
Fénelon devait prêcher à l'Académie cette glorification du Monarque : " Travaillez donc tous à lenvi, " Messieurs, pour célébrer un si beau règne... ('). Cet appel des poètes et des prosateurs fut entendu, ou plutôt les nourrissons des Muses n'eurent pas besoin de tant d'exhortations. Le concert de louanges rimées en l'honneur du Grand Louis dura soixante ans et plus ; et pendant ce règne " qui devait être si beau ('), " " il " n'y a pas eu un poète qui ne soit monté sur le Par- " nasse, pour féliciter en langage des dieux un Roi, " qui les vaut bien et même quelque chose de plus (^), " Inutile de remuer des volumes de galimatias, et des montagnes de fade encens. Trop souvent dans ces vers sans nombre la platitude dispute la palme à la flatterie et la flatterie s'y rabaisse jusqu'à l'imbécillité. Le Roi un jour s'indigna (Madame de Sévigné le raconte), à propos d'un factum où il était comparé à Dieu luimême. La Monnoye, qui pourtant fut homme de goût osait écrire, en vers d'ailleurs très plats :
" Certes le Grand Louis, ce Monarque achevé, " Dont plus haut que le rang le cœur est élevé, " De l'Arbitre du Ciel, du Roi de la nature, " Fait reluire à nos yeux une vive peinture. " Sagesse, esprit, grandeur, courage, majesté, " Tout nous montre en Louis une dh'inùé (4) ! "
Ces vers appartiennent à la première pièce que l'Académie ait couronnée, lorsque, en 1671, elle institua le prix de poésie.
La bucolique Dame Deshoulières dit la même chose avec d'autres tournures :