V. Hugo, Contemplations
de faubourg, vous vous trouvez en face des paysages alignés, frais, grandioses, de Bâville ou de Versailles.
Dans la Chambre du Sublime, on avait placé une fourche aux mains de Boileau. C'est qu'il était " censeur " un peu fâcJicîix "; mais de cette fourche, il écartait les Linière, les Cotin, les Pelletier, tout le menu peuple des rimeurs. A cette besogne encore il fut néces saire. Boileau livra la guerre, et avec succès :
1° Aux pauvretés prétentieuses des Chapelain ou des Pradon ;
2° Aux extravagances des Saint-Amant et autres romantiques ou décadents de l'époque ;
3° Aux bouffonneries de ce " misérable " Scarron, de ce triste d'Assoucy, de ce fou Cyrano ;
4° Au phébus, au galimatias raffiné des précieuses et des compilateurs de romans en quinze tomes ;
5° A la manie très développée de rimer des riens, des bagatelles insipides et galantes ;
6° Enfin à la sottise lettrée, et à " l'ennui " sous toutes leurs formes.
Oui, Boileau était nécessaire. J'ai sous les yeux, en écrivant ces lignes, la gravure de Staal, mise en tête des Satires dans l'édition de M. Gidel. A mi-côte du Double-Mont, se dresse une colonne portant les noms de Perse, de Juvénal,de Rabelais ('). Boileau s'y appuie de sa main gauche qui tient un de ses parchemins. De sa main droite il agite une poignée de lanières, et menace une demi-douzaine de beaux esprits qui s'enfuient. Plusieurs ont le dos courbé et se sentent encore du fouet de ce vengeur. Boileau a le visage terrible et domine ces infortunés passants de toute sa hauteur ; — censeur fâcheux, mais nécessaire; et, comme dit fort bien Pradon, "exterminateur du menu peuple du Parnasse (^). "