‹ L'Art poétique de Boileau, commenté (volume 2)Chapitre 38 sur 150 · Défense, etc., p. 102. — 3. A. P., v. 368-369 et · texte numérisé non relu

Défense, etc., p. 102. — 3. A. P., v. 368-369 et

Boileau avait déjà dit à propos du Parnasse :

" Et ne savez-vous pas. que, sur ce mont sacré,

" Qui ne vole au sommet tombe au plus bas degré,

" Et qu'à moins d'être au rang d'Horace ou de Voiture (?),

" On rampe dans la fange avec l'Abbé de Pure (') ? "

Son ancêtre, Ronsard, était de même sentiment touchant le noble métier de poésie : " Tu n'ignores pas, " lecteur, qu'un poète ne doit jamais être médiocre " en son métier, ni savoir sa leçon à demi, mais tout " bon, tout excellent et tout parfait ; la médiocrité " est un vice en la poésie ; il vaudrait mieux ne s'en " mêler jamais et apprendre un autre métier (^)."

Soyez plutôt maçon ! — Balzac, qui est un trait d'union entre Ronsard et Boileau, juge comme eux que pour être bons, les vers doivent être exquis : " J'ai le " même goût pour les vers que pour les melons ; et si " ces deux sortes de fruits ne sont pas en un degré de " bonté qui soit proche des choses parfaites, je ne les " louerais pas sur la table du Roi, ni dans les œuvres " d'Homère (^). " Balzac se répéta un jour devant Ménage et Desmarets. On lui disait que Desmarets * ' était poète et qu'il excellait à faire des vers. Je n'aime " point les vers, dit-il en prenant la parole, à moins " qu'ils ne soient bons au souverain degré. M. Desma- " rets lui dit : J'ai aussi le même goût pour la prose ("*)."

Le P. Rapin promulguait ce même précepte en prose quand Boileau rimait le sien : " Qu'on se mette bien " dans l'esprit qu'il ne faut point se mêler de faire des " vers, qu'on n'en fasse excellemment, et qu'on ne se " distingue des aut:res. Car, comme on n'est pas obligé " d'en faire, à quoi bon se rompre la tête et hasarder " sa réputation, si l'on n'en fait bien ? Qu'on sache aussi

I. Sat. IX. — 2. Préf. de la Franciade, 1692, p-26-7. — 3. Lettre à M. de Boisrobert, 12 septembre 1623. — 4. Mén. Ed. de 1693, p. 194-5-

" que la poésie ne peut faire d'honneur aux gens de " petit sens , que la passion de faire des vers est une " maladie dangereuse, quand elle vient à un esprit " médiocre ('). "

Cette prose rappelle assez bien les vers d'Alceste à Oronte. Partout la même horreur de la médiocrité rimeuse. Le chevalier de Cailly pensait là-dessus comme tous les gens d'esprit :

" Le monde, en tous les arts, s'est assez contenté

" De voir la médiocrité ;

" Mais en' vers quiconque travaille, " S'il ne fait qu'on l'admire, il ne fait rien qui vaille (^). "

La Bruyère fait chorus : " II- y a de certaines choses " dont la médiocrité est insupportable : la Poésie, la " Musique, la Peinture, le Discours public (^)." La Bruyère est un peu plus sévère que Despréaux et que les autres critiques, pour lesquels la médiocrité est acceptable " dans tout autre art ".

Il est vrai que les poètes auront toujours une excuse à mettre en avant : " Ils diront tant qu'on voudra qu'il " n'est pas permis de faire des vers médiocres ; mais " pour se conserver dans le droit d'en faire, ils n'avoue- " ront jamais qu'ils n'en fassent que de médiocres ('*). "

Les quatre vers de Boileau : " Il n'est point de degrés "etc." étaient, dans les éditions antérieures à 1701, suivis des quatre autres que voici :

" Les vers ne souffrent point de médiocre auteur ; " Ses écrits en tous lieux sont l'effroi du lecteur,

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