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L'Art poétique de Boileau, commenté

" Jamais poète n'a été plus im- " primé, traduit, commenté et cri- " tiqué ; et il y a apparence qu'il ' vivra toujours. "

( Louis Racine. — Notes sur Boileau; MÉM.^/t. 11^ Partie)

ET ouvrage n'est point une copie de ceux qui l'ont précédé. C'est une étude neuve sur des sujets vieux de deux siècles.

Une étude neuve, à propos de Boileau et de sa Poétique ; n'est-ce point un paradoxe ou une raillerie .-^ Si des lecteurs jeunes ouvrent notre volume, cette question s'offrira d'elle-même à leurs pensées ; et s'ils ont lu déjà la première page de La Bruyère, ils seront tentés de nous en citer la première ligne : " Tout est dit ! "

Parmi les éditions de X Art Poétique qui nous sont tombées sous la main, pendant ce travail, nous en avons remarqué une, de 1824, ad usîidi ScJiolarum, portant cette indication : " Chez les marchands de nouveautés. " Quelle ironie ! s'écrierait aujourd'hui la jeunesse studieuse, si l'on imprimait encore cette naïve réclame en tête des œuvres de Boileau.

Boileau ! ce nom sonne mal aux oreilles du peuple des collèges. Nous sommes loin du temps où Boileau en personne était, au beau milieu de Paris, salué,

applaudi, acclamé de la gent écolière. Il jouit de ce triomphe, vingt-sept ans après l'apparition de son code poétique, au mois de décembre 1701. Boileau dînait ce jour-là au collège de Beauvais, chez le " bon " Rollin. Un demi-siècle auparavant, le Législateur du Parnasse avait été élève du susdit collège. C'est là que ses goûts pour ** le travail des vers " avaient été encouragés par un vieux régent de troisième ; là, qu'il avait ri à pleine gorge, en entendant son régent de rhétorique traduire le '' percalhierat respiiblica " de Cicéron (i) ; là qu'il avait essayé une tragédie, de laquelle fort heureusement il n'est resté qu'un vers et demi.

Coffin, professeur de seconde, et poète latin, improvisa une ode pour la circonstance, et chanta le grand événement sur le mode d'Alcée :

" lo ! Bolaeus Bellovacam domum, " Musis amicus, quam coluit puer, " Subire dignatur vocatus, " Nec tenuem facilis récusât " Conviva mensam... " (^).

Les petits successeurs du poète sexagénaire accueillirent sa présence dans leurs murs " par des acclama- " tions, par des cris de joie, et par des vivats redou- " blés. Et M. Despréaux leur donna des vacances, " pour répondre aux empressements qu'ils témoi- " gnaient pour lui (3).

Ces écoliers assurément n'étudiaient pas encore XArt Poétique en vue d'un examen.

1. Il traduisait : « La république avait contracté un durillon. » (V. Boileau. /.¥'= Réjl. Crit. sur Lon^^in.)

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