Ch. III
3. Despréaiix et P Ombre de Molière. — Déf. du Poème hcr.., p. 135.
" La Raison
" Enchaînée,
" Et traînée
" En prison,
" Est le crime
" De la Rime ('). "
Pauvre rime !
Ces chicanes de la Raison et de la Rime avaient fourni depuis long-temps à Furetière plusieurs pages d'allégories. J'en choisis un fragment. Il y avait, raconte Furetière, une " grande guerre " civile au royaume de Dame Poésie : " Cette guerre était arrivée dans ses " États, entre les Rimes et la Raison. Les Rimes pré- " tendaient avoir la surintendance et la direction des " affaires, et voulaient que la Raison leur obéit ; de " telle sorte qu'un Poète ayant attrapé deux Rimes, " croyait avoir fait deux vers, laissant la liberté à la " Raison de s'y venir rendre, si bon lui semblait. Au " lieu que les Lois fondamentales de l'Etat étaient " qu'il fallait premièrement faire un fonds de Raison, ** et puis y ajouter de la Rime, si on en pouvait trou- " ver. D'où vient que dans le pays on avait bien établi " plusieurs Bureaux d'Adresse de Rimes, appelés Dic- " tionnaires (-) : et qu'on n'en avait point fait pour trou- " ver la Raison
" Ces Rimes s'étaient venu loger chez les Hémis- " tiches ; et se voulaient camper dans telle place des " vers que bon leur semblait. Ce qui en chassait la Ca- " dence et l'Harmonie, suivantes de la Princesse, pour *' y introduire des Hiatus et Cacophonies, qui défigu- " raient entièrement la face de l'Etat {^). "