‹ L'Art poétique de Boileau, commentéChapitre 115 sur 255 · Entret. d'Ar. et dEug. lô/t, II' Entr · texte numérisé non relu

Entret. d'Ar. et dEug. lô/t, II' Entr

3. Le même auteur passe ensuite à une autre considération, qui, dit-il, doit " étonner beaucoup de gens de collège et d'autres : qu'il est, sans " comparaison, plus aisé de faire des vers grecs et des vers " latins, que des français, pour les faire dans quelque degré d'excellence." (P. 198.) Je n'ai point le loisir d'étaler ici les raisons de Sorel ; mais je crois pouvoir souscrire des deux mains à sa thèse.

" En relâchant un peu sur la rime on rendrait la " raison plus parfaite... (')

*' L'exemple des Grecs et des Latins peut nous " encourager à prendre cette liberté : leur versifi- " cation était, sans comparaison, moins gênante que " la nôtre. La rime est plus difficile, elle seule, que " toutes les règles ensemble... (^)."

A tout cela il y a une réponse aussi catégorique que simple. Elle est dans les œuvres de nos grands poètes; Fénelon le reconnaît, pour celles de La Fontaine. A tous les inconvénients signalés il y a un remède infaillible ; il consiste dans l'application courageuse des règles formulées par Despréaux. En la " bien cherchant ", on trouve la rime ; et c'est souvent dans ces recherches qu'on découvre, sur le chemin, les idées riches, larges et neuves. Mais il faut qu'on " s'évertue".

La Mothe répondait à Fénelon : " Le malheur est " qu'il n'y a point de remède ". Il se corrige, en ajoutant que l'on doit " vaincre, à force de travail, l'obstacle " que la sévérité de nos règles met à la justesse et à la " précision. "C'est bien la pensée de Boileau. La Mothe entamait delà une défense en règle de la rime, contre Fénelon son ami. Il tâchait de démontrer au grand prosateur " que, de cette difficulté même, quand elle " est surmontée, naît un plaisir très sensible pour le " lecteur.

" Quand il — le lecteur — sent que la rime n'a " point gêné le poète, que la mesure tyrannique du " vers n'a point amené d'épithètes inutiles, qu'un vers

1. C'est, je crois, tout le contraire qui arrive au commun des faiseurs devers. Le XVIIP siècle mit en pratique le conseil de Fénelon et se " relâcha " sur la rime. La raison y perdit d'autant. La rime cherchée avec soin et trouvée avec bonheur " sert et enrichit la raison " comme l'a dit très justement Boileau.

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