Fénelon, Lettre à PAcad. ,ch
l'art IOKTIQUE. • 1^
Nous venons de citer La Fontaine ; lui aussi a condamné la manie de vouloir trop dire, ou tout dire ; tout le monde sait les deux jolis vers :
" Loin d'épuiser une matière,
" Il n'en faut prendre que la fleur. "
L'auteur trop fécond, dont Boileau commence le procès, est Scudéry, chantre épique ^Alaric ou Rome vaincue. Ce qu'il y a de piquant c'est que Scudéry luimême, et dans la Préface même d'^/«r?V, s'élève contre cet, abus, contre la folie d'épuiser les sujets en descriptions interminables : "Véritablement je n'aurais garde " d'aller employer la moitié de mon ouvrage, comme " ont fait Athénagoras et Polyphile, à nommer toutes " les lignes et toutes les dimensions de l'architecture, " depuis les fondements jusques au faîte d'un bâti- " ment, parce que cela serait ennuyeux.
" Mais en usant modérément, comme j'ai fait, je " pense être demeuré dans des bornes raisonnables, et " n'avoir pas donné lieu à la critique de me censurer " là-dessus (').
Hélas ! quelle illusion ! C'est là-dessus que l'impitoyable Despréaux va exercer la censure. On ne peut pas être plus mauvais juge en sa propre cause. Brossette accentue la critique de Despréaux, par cette note : " Scudéry {Liv. m de son Alaric), emploie " seize grandes pages, de trente vers chacune, à la " description d'un palais, commençant par la façade " et finissant par le jardin.
Le poème à' Alaric n'est pas complètement digne du feu, ni de l'oubli. Mais l'auteur, qui taillait sa plume avec son épée, y laisse trop courir cet instrument