‹ L'Art poétique de Boileau, commentéChapitre 142 sur 255 · L. R. Mémoires, etc · texte numérisé non relu

L. R. Mémoires, etc

Balzac avait eu aussi la faiblesse de lire Scarron et d'en rire, avant de répudier solennellement le burlesque dans ses Entretiens. Le i^"" janvier 1645, il écrivait à Costar : " Monsieur, le livre que vous " m'avez fait tenir, de la part de M. Scarron, est un " présent qui m'est bien cher, et que j'ai sujet d'esti- " mer bien fort. D'abord, il m'a servi de remède " et m'a soulagé d'une oppression de rate qui m'allait " étouffer, sans ce secours venu à-propos. J'espère " qu'il fera davantage, si j'en use plus souvent.

" Il se peut qu'il me guérira de mon chagrin sérieux " et de ma triste philosophie : peut-être que j'y appren- " drai à rimer des requêtes et des légendes et que je " deviendrai gai par contagion. Voilà, sans mentir, " un admirable malade.

Malgré cette cure merveilleuse, Balzac se repentit bientôt d'avoir lu avec trop de plaisir les pages trop joyeuses de Scarron. Il aimait, comme Malherbe, la langue française, qu'il avait tant travaillée ; effrayé des ravages exercés par le burlesque, il résolut d'opposer une digue sérieuse à ce débordement de folies. Je transcris le récit de Vigneul-Marville: " M. de Balzac,à qui " la langue française a tant d'obligations, voyant sur " la fin de ses jours (') que le style burlesque faisait " de grands progrès et qu'on n'écrivait presque plus " ni en prose, ni en vers, que dans ce style-là, pria le " P. Vavasseur d'écrire sur ce sujet. Ce savant jésuite, " que le style burlesque choquait autant que son ami, " se mit en devoir de le satisfaire, et commença l'ou- " vrage : Francisci Vavassoris, S. J. de Ludicra Di- " ctione Liber, in quo tôt a jocandi ratio ex Veterum " scriptis aestiuiatîir.Lutetiae Parisiorum apud Sebast. " Cramoisium, 16^8 y in-quarto (^). I. 1654. — 2. Mél., etc. T. III. ~~ ~

Réponse bien grave, en vérité, à ces niaiseries. Leur opposer en un " tome épouvantable ", l'exemple de l'antiquité, montrer à Scarron et à ses légers confrères que, chez les Grecs ou les Latins, " aucun " auteur ne s'est servi de ce style", et qu " aucun " d'eux ne nous en a donné des règles {'), " c'est le prendre d'un peu bien haut et de bien loin. Toutefois l'exemple de la vénérable antiquité, que l'on travestissait de gaieté de cœur, devait avoir un certain poids dans les jugements des doctes.

Ayant ouï parler de la dissertation du P. Vavasseur, Scarron lui-même y applaudit. Il était alors, lui aussi, " sur la fin de ses jours ", et l'on pourrait croire à une conversion littéraire, si l'on s'en rapportait à une lettre qu'il écrivit pour féliciter l'auteur du livre : De Ludicra Dictiofie. Le poète de la Gigantoinachie s'y prononce dédaigneusement contre " les insectes du Parnasse", qui sont les versificateurs burlesques. On lit ce curieux document au tome premier des Dernières Œuvres de Scarron (^) :

" Mon très Révérend Père,

" Vous m'avez appris que le P. Vavasseur avait ' écrit contre le style burlesque. Il a bien fait.

" Je porte envie à un si beau dessein; et vous me " ferez plaisir de me faire voir un ouvrage, dont le " public lui doit être obligé. Si j'avais à écrire contre " quelque incommodité du genre humain, ce serait " contre les vers burlesques.

*' Mais vous avez mauvaise opinion de moi, si vous " croyez que je lui en sache mauvais gré. Après les " mauvaises haleines, et les mauvais plaisants, je ne " connais point de plus grande incommodité que les

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