Httdebrass (poème satirique
On disait du temps de Marot qu'il était poète des princes et prince des poètes. Il fut le créateur du genre facile, gai, gaulois, qui a gardé son nom, et l'un des plus parfaits ouvriers de cette langue très française que Fénelon pleurait : " Le vieux langage se fait " regretter, quand nous le retrouvons dans Marot, dans " Amyot, dans le cardinal d'Ossat, dans les ouvrages " les plus enjoués et dans les plus sérieux : il avait, je " ne sais quoi de court, de naïf, de hardi, de vif et de " passionné (').
Brossette nous apprend que Boileau, jeune encore, donna l'exemple de cette imitation qu'il recommande ici. Mais ce que Brossette avance comme preuve est chose fade et sentant assez peu le badinage élégant. Racine fut plus heureux imitateur, et ses épigrammes marotiques sont de petits chefs-d'œuvre de langue, comme de malice.
Le plus heureux héritier du vieux poète gaulois fut La Fontaine, qui avait mis en pratique le précepte de Boileau, bien des mois avant sa promulgation. Luimême rend à son antique maître et modèle un témoignage de reconnaissance poétique :
" J'ai profité dans Voiture, " Et Marot par sa lecture, " M'a fort aidé, j'en conviens (^)."
Le P. Bouhours définissait La Fontaine " un de nos " poètes, qui a attrapé le tour et la délicatesse de Marot (3). "
Bussy écrivait à Furetière, en parlant du "fablier" : " Les siècles suivants le regarderont comme un origi- " nal qui, à la naïveté de Marot, 2i joint mille fois plus " de politesse (^)."
I. Lettre à PAcad. ch. III. — 2. Lettre à Saint-Évremond. — Œuv. mél. de S. E. T. III, p. 182. — 3. Pens. /«?•., p. 363. — 4. 4 mai 1686.
Boileau pensait comme Bussy et comme Bouhours sur le badinage renouvelé de Marot par La Fontaine. Il dit, dans ses Réflexions critiques ('), que " le vrai tour " de l'Épigramme, du Rondeau et des Epîtres naïves a " été trouvé, même avant Ronsard, par Marot, par " Saint-Gelais et par d'autres.... Non seulement, pour- " suit Boileau, leurs ouvrages en ce genre ne sont " point tombés dans le mépris, mais, ils sont encore " aujourd'hui généralement estimés ; jusque-là même " que, pour trouver l'air naïf en français, on a encore " quelquefois recours à leur style; et c'est ce qui a si " bien réussi au célèbre M. de La Fontaine {^). "
Desmarets lui-même s'est rencontré avec Boileau,
pour célébrer les grâces du style marotique ; il leur
prédit en plus l'immortalité :
" Les grâces de Marot, celles de Saint-Gelais, " Ne s'éteindront jamais (3). "
La Bruyère a aussi rendu justice au génie et aux ouvrages " si naturels et si faciles " de Marot. Toutefois il met une juste restriction à ses éloges, au nom de l'honnêteté et de la vertu : " Marot et Rabelais sont " inexcusables d'avoir semé l'ordure dans leurs " écrits ('*). " — En cela, Marot et l'historien de Gargantua sont inexcusables ; ce n'est nullement en cela qu'ils peuvent être des modèles. Passe pour "'X élégant " badinage "/mais non pour l'ordure.