‹ L'Art poétique de Boileau, commentéChapitre 170 sur 255 · Ép. VIII · texte numérisé non relu

Ép. VIII

La vogue cessa, mais elle avait été grande. La

même année où Boileau écrivait ce distique, le Père

Rapin déplorait les ravages causés dans le champ de

la poésie par la lecture de la Pharsale française : " La

" Pharsale de Brébeuf gâta bien de la jeunesse, qui se

" laissa éblouir à la pompe de ses vers. En effet, ils

" ont de l'éclat. Mais après tout, ce qui parut grand

" et élevé dans ce poème, quand on y regarda de près,

" ne passa parmi les intelligents que pour un faux

" brillant plein d'affectation. Les petits génies se lais-

" sèrent transporter au bruit que fit alors cet ouvrage,

" qui, dans le fond, n'a presque rien de naturel ('). "

Toutefois " il a bien du beau ".

Saint-Evremond, né comme Brébeuf au pied des

collines du Cotentin, et presque à la même date, porta

ce jugement fort équitable sur son compatriote : " La

' version... de Brébeuf a été généralement estimée ;

' et je ne suis ni assez chagrin, ni assez sévère, pour

' m'opposer à une si favorable approbation. J'obser-

' verai néanmoins qu'il a poussé la fougue de Lucain,

' en notre langue, plus loin qu'elle ne va dans la

* sienne; et que, par l'effort qu'il a fait pour égaler

' l'ardeur de ce poète, il s'est allumé lui-même, si on

' peut parler ainsi, beaucoup davantage. Voilà ce qui

' arrive à Brébeuf assez souvent (-). "

Desmarets et Carel de Sainte-Garde rivalisèrent de zèle, pour défendre Brébeuf contre Despréaux. Voici d'abord le plaidoyer de Desmarets : " Il (Despréaux) " est bien injuste encore ici, de condamner entière- " ment Brébeuf "^^omï wïi seul vers; puisque sa traduc- " tion de Lucain en vers est estimée et fait tant " d'honneur à la France. Car pour avoir dit les

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