Trad. de F Enéide, préf., p
2. Entretiens d'Ariste et d'Etigène, 1671. II' entr. p., 66 à 68,
" Fuyez des mauvais sons le concours odieux.
Le même P. Bouhours écrivait, juste au même moment que Boileau : " Nous avons delà peine à souffrir " la rencontre des voyelles qui ne se mangent point, " quand elle a quelque chose de choquant ; et nous "avons mieux aimé établir un solécisme, en disant " mon âme, mon épée, que de dire, selon les règles de " la grammaire : ma â?ne, ma épée (').
On connaît la querelle de Malherbe avec des Yveteaux, pour un " concours odieux "de syllabes dans leurs vers. Des Yveteaux critiquait, comme " chose désagréable à l'oreille ", les trois syllabes ma, la, pla, mises à la suite dans un alexandrin. — " Et vous, lui " répondit Malherbe, vous avez bien vcivs,'. pa, ra, bla, " la, fia. — Moi ? reprit des Yveteaux; vous ne sauriez " me le montrer. — N'avez-vous pas mis, répliqua " Malherbe : comparable à la flamme (^) ?
" Le vers le mieux rempli, la plus noble pensée,
" Ne peut plaire à l'esprit quand l'oreille est blessée. "
Axiome renouvelé de Cicéron (3) et toujours vrai. La Fontaine, qui s'entendait en doux langage, fait remarquer,dans la préface de ses Fables, qu " il n'y a point " de bonne poésie sans harmonie. " L'oubli trop fréquent de cette vérité dans les vers de là Pucelle, égaya Despréaux en vers et en prose. Pour imiter " l'âpre et " rude verve " du pauvre poète qui " rima malgré " Minerve, " Despréaux, aidé de Racine et de Molière (^), composa le vers effroyable : *' Froid, sec, dur, rude auteur... "
I. Entr. Ibid., p. 66.— 2. Tallemant, Hist., t. I, p. 275-6.— 3. Orator ch. XLIV. — 4. Ou, selon Louis Racine, de M. de Puimorin, frère de Boileau.
La dureté des vers de Chapelain — c'est Brossette qui parle — " était pour M. Despréaux un fond iné- " puisable de plaisanteries. Il fit les vers suivants, à " l'imitation de Chapelain :
" Droits et roides rochers, dont peu tendre est la cime, " De mon flamboyant cœur l'âpre état vous savez ; " Savez aussi, durs bois, par les hivers lavés, " Qu'holocauste est mon cœur pour un front magnanime.
" Ils sont extraits de divers endroits du poème de la Pucelle (^). "
Dans le Dialogue des Héros de Roman, Despréaux imitant Aristophane, fait comparoir par devant Pluton et Diogène, la y^-aMyr^ Pticelle de Chapelain, et l'oblige à réciter quelques vers du rude Poème. Elle déclame un passage, qui se termine par ce quatrain :
" Pour toi puissé-je avoir une mortelle pointe, " Vers où l'épaule gauche à la gorge est conjointe : " Que le coup brisât l'os, et fît pleuvoir le sang " De la tempe, du dos, de l'épaule et du flanc. "
En entendant ces rocailleuses syllabes, Pluton se récrie :
" Quelle langue vient-elle de parler }
Diogène.
*' Belle demande ! Française.
Pluton.
" Quoi ! c'est du français qu'elle a dit ? Je croyais " que ce fût du bas-breton ou de l'allemand. Qui " lui a appris cet étrange français-là ?