Entretien XXXI
2. Donc, une fois au moins l'Université et les Jésuites furent du même avis.
" A Ronsard, l'Apollon de la source des Muses ".
Boileau eût été fier d'un tel cadeau !
Vauquelin nommait aussi Ronsard " Apollon ". Régnier mettait l'auteur de la Franciade sur la même ligne que les auteurs de X Enéide et de la Jérusalem délivrée (').
Malherbe lui-même, qui, le premier, essaya de détrôner Ronsard, avait commencé, selon son expression, par " ronsardiser'\ Mais quand il eut malherbisé, le " terrible arrangeur de syllabes " méprisa son maître. Le docte Baillet raconte ainsi le revirement d'idées et de goût chez Malherbe : " Il semble que la gloire ' de détromper entièrement le public ait été particu- ' lièrement réservée à Malherbe. Comme ce nouveau ' réformateur de notre langue et de notre poésie se ' l'était assez persuadé de lui-même, il ne crut pas ' devoir faire la moindre grâce à un homme, qu'il ' n'accusait de rien moins que d'avoir gâté tous les ' esprits de la Cour et du Royaume ; et non content ' de s'être rendu, par un exemple inouï, partie, accu- ' sateur, témoin et juge du pauvre Ronsard, il ne fut ' pas honteux de se faire encore son bourreau, parce ' que son zèle et sa colère ne trouvaient pas leur ' compte dans l'indulgence des autres critiques de son ' temps, qui ne jugeaient pas le crime de Ronsard si ' énorme.
'' En effet M. de Balzac nous apprend en plusieurs ' endroits de ses ouvrages, que Malherbe eut le cou- ' rage et la patience d'effacer de sa propre main tous ' les ouvrages de Ronsard, sans en épargner une seule