‹ L'Art poétique de Boileau, commentéChapitre 51 sur 255 · Voir notes du Chant 11, fin · texte numérisé non relu

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PROLEGOMENES. 79

elles donneront l'idée du reste : " Mercier a passé ; ' les Germaniques, les Romantiques passeront, et ' Boileau restera.

" On a beau vouloir ensevelir le petit code consiitu- ' tionnel qu'il a rédigé, sous un amas de gros et ' pesants volumes, remplis de l'érudition la plus mas- ' sive et des argumentations les plus pédantesques ; ' c'est une plante vivace, dont la sève inaltérable et ' l'immortelle vigueur se font jour à travers les débris ' vermoulus qui tombent sur elle, et dont le poids ' semble devoir l'étouffer ; elle en sort même plus ' fraîche et plus verdoyante. (Ristim teneatis ?)

" Ces énormes livres mort-nés, enfantés depuis ' quelque temps par la faction Ro7nantique, n'ont fait ' que préparer au Législateur de la littérature fran- ' çaise de nouveaux triomphes; sa gloire semble avoir ' tiré du sein même de ces vapeurs grossières et fugî- ' tives un éclat plus vif.

" U Art Poétique, toujours victorieux des lourds * assauts que lui livre l'anarchie, s'élève plus haut sur ' ces monceaux d'ouvrages ridicules, qui ne servent ' qu'à agrandir son piédestal, ce monument indestruc- ' tible, un des chefs-d'œuvre de la raison humaine, ' comme une des plus glorieuses productions de notre ' poésie, etc. " (')

Evidemment l'intention est bonne ; mais la légèreté de ces phrases fait songer au projectile, dont certain personnage de La Fontaine se sert pour écarter les mouches. Quel beau jeu ces honnêtes avocats donnaient à la partie adverse ! Comme ces jeunes conservateurs de la gloire de Boileau étaient vieux !

Nous ne saurions suivre pas à pas les troupes fidèles à Boileau, ni les hardis bataillons de "l'anarchie",

r. Dussault, Annales Littéraires^ 26 avril 1817.

comme parle Dussault. La besogne devient rude, à mesure surtout que la renaissance romantique gagne du terrain, et que l'émeute dUHernani se fait proche. L'école soi-disant classique, fille timide du xyiii^ siècle, et l'école entreprenante, qui se réclamait du moyen âge et de l'Allemagne, rompaient des lances au sujet du " petit code constitutionnel ". L'Allemagne, par la voix du plus célèbre critique d'alors, se montrait peu favorable aux théories de \Arù Poétique français. Schlégel écrivait en 1809 : " Despréaux croyait que " l'essentiel dans la poésie était la diction et le méca- " nisme du vers, et non l'inspiration élevée et la noble " vérité (') ". Schlégel forçait la note; mais l'année suivante, madame de Staël revenait à la charge ; elle reprochait à Boileau d'avoir, ni plus ni moins, tué la poésie française : " Boileau, tout en perfectionnant le " goût et la langue, a donné à l'esprit français (l'on ne •' saurait le nier), une disposition très défavorable à la " poésie. Il n'a parlé que de ce qu'il fallait éviter ; il " n'a insisté que sur des préceptes de raison et de '* sagesse, qui ont introduit dans la littérature une sorte " de pédanterie très nuisible au sublime élan des " arts (^) ". Pour mieux faire ressortir sa pensée, Madame de Staël mettait au compte de VAri Poétique tous les vers faits, depuis cent ans, sur la chimie, le trictrac et les échecs.

Ce fut là le thème remanié, allongé, outré, par les indisciplinés de 1820 ou de 1830. Néanmoins les chefs du romantisme ne parlèrent d'abord qu'avec respect et réserve contre cet ancêtre importun. Ils lui firent courtoisement le salut, avant de lui courir sus et de le pourfendre de leur flamboyant estoc. Chateaubriand

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