Causeries du Ltindi, t. VI, p
PROLÉGOMèNES.
" moins recommandables et qui eussent été de ceux " que Boileau en son temps eût commencé par fusti- " ger, mirent en avant le nom de ce législateur du •' Parnasse ; et, sans entrer dans les différences des " siècles, citèrent à tout propos ses vers comme les " articles d'un code. Nous fîmes alors ce qu'il était " naturel de faire(')." On jeta à la tête des rétrogrades les plus méchants morceaux du vieux satirique. L'âge, la réflexion et probablement aussi le mérite de Boileau finirent par ramener quelques esprits. Plus d'un, comme Sainte-Beuve, en vieillissant, adora ce qu'il avait brûlé. La plupart des gens de goût, après des écarts, en arrivent à se faire prosélytes de X Art Poétique ; alors ils adressent à Boileau des amendes honorables, dans le genre de celle-ci, qui est de Louis Veuillot : " Vieux " princes du langage, flambeaux durables des lettres " françaises, Corneille, Racine, — et toi aussi, maître " Boileau, dont nous avons dit tant de mal ! — ; vous " avez mis au service de la droite raison et du ferme ** honneur la pompe chaste et majestueuse d'un lan- " gage toujours doux à l'oreille, toujours clair à l'es- " prit ; vous êtes véritablement de grands poètes (') ! "
J'ai dit que la plupart des gens de goût en viennent à adopter l'ensemble des arrêts de Boileau ; je n'ose pas dire que tous en arrivent là. D'abord il en est qui n'ont pas besoin de se convertir ; et il en est d'autres qui restent invariablement fidèles aux antipathies de leur jeunesse.
En tête de ces deux catégories de fidélités très diverses, je place Messieurs D. N isard et A. de Pontmartin ; tous deux esprits fort distingués, comme chacun sait, mais prononçant sur XArt Poétique des ju-
1. Causeries du Lundi, t. VI, p. 4031 Lundi 27 septembre, 1852.