I. ArtPoét.'L. I
ments des adversaires. Car ce système mythologique eut de nombreux et ardents adversaires, même sous la dictature de Boileau. Desmarets se déclarait ainsi fièrement, en face de Boileau, contre l'Olympe, le Parnasse, et le sacré vallon :
" Pour moi, je ne connais ni Muses, ni Phébus ;
" Je suis bien détrompé des antiques abus.
" Qui les suit, dans l'erreur à tout pas s'embarrasse;
" Les chemins sont rompus qui menaient au Parnasse.
" Pégase et les Neuf-Sœurs ne sont plus de saison ;
" Je veux pour mon secours Dieu seul et la raison ('). "
Le docte Baillet, l'admirateur de Boileau mais l'ennemi juré des vieilleries païennes, appelait plaisamment Phébus et les Neuf-Sœurs " le ménétrier et les danseuses du Parnasse(') ".
Saint-Amant se moqua fort agréablement de toutes ces vieilles choses :
" Nargue du Parnasse et des Muses, " Elles sont vieilles et camuses ; " Nargue de leur sacré ruisseau, " De leur archet, de leur pinceau ; " Et de leur verve poétique, " Qui n'est qu'une ardeur frénétique ; " Pégase enfin n'est qu'un cheval. "
Mais la conclusion de ces imprécations est digne du poète des cabarets. 11 dit adieu à l'eau de l'Hippocrène pour mieux boire du " blanc et clairet ". Nombre d'autres se moquèrent du Double- Mont, des Neuf- Sœurs, et de leur " bidet " Pégase ; mais la mode en fut continuée.
Vers la fin du xvii^ siècle, un tout jeune poète, Roy, s'écriait une ode :
I. La déf. du poème hér. — Dial. I, p. 4. i.Jiis;. des sav., t. V, p. 21 S.
" Jusqu'à quand verrons-nous par neuf filles ridées
" Le Double Sommet habité?
" Avec de tels objets, où prendre des idées
" D'agrément et de nouveauté (') ? "
Cependant ce jeune nourrisson des Sœurs Piérides s'inspira comme ses confrères à la source aganippide et puisa, comme eux, dans le Permesse, des images ridées comme ses Muses, " vieilles et camuses ",
Boileau fut fidèle au Parnasse, jusqu'à la fin ; et il crut voir les " chastes nymphes du Permesse " quand il chanta la prise de Namur. En terminant son œuvre législative (ch. iv), il offre aux apprentis rimeurs :
" Ces leçofis que sa Muse au Paiyiasse
" Rapporta, jeune encor, du wiiunerce d'Horacei^). "
Vingt-cinq ans plus tard, Boileau traduisait, en style moins collet-monté, les deux premières lignes de son premier chant : " La racaille poétique... est logée au " pied et dans les marais du Mont parnassien, où elle " rampe avec les grenouilles et avec l'abbé de Pure ; " et Apollon est logé tout au haut avec les Muses et " avec Corneille, Racine, Molière, etc. Jamais mé- " chant auteur n'y arriva ; et quand quelqu'un en veut *' approcher, musœ furcillis prœcipitein ejiciunt (^).
" L'art des vers.. y Boileau ne parle point de l'Invention, qui, selon Scudéry lui-même (^), doit être la première préoccupation du poète. Boileau nomme à