‹ L'art poétique de Boileau (volume 2)Chapitre 101 sur 153 · Boursault, Lett.y t. I, Lettre au M" de Louvois · texte numérisé non relu

Boursault, Lett.y t. I, Lettre au M" de Louvois

4. Poés. de M, de La Monnoye, Éd. de 1716, p. 2. Le duel aboli, \

" A de moindres mortels on a bâti des temples ;

" Contre ta modestie on ose murmurer ; J

" Oui, si ta piété n'y mettait des obstacles, '

" Tes jours, fertiles en miracles ; \

" Nous forceraient à l'adorer (0 î " ■

Louis XI V fut un grand Roi, et, comme parle Bossuet ** le premier des mortels " ; mais ces sottises versifiées en son honneur dépassent toutes les bornes. Nous aurons tout dit sur les hyperboles balancées par t la poésie, en guise d'encens, aux pieds du Grand Roi, ; quand nous aurons signalé ces quatre vers de Madame : Durand, née Catherine Bédacier. C'est une prière :

" Grand Dieu, c'est pour Louis que mon zèle t'implore, [

" Prolonge ses jours précieux. j " Sur la terre, il te sert, nous protège, t'adore.

" Laisse-nous en jouir quelques sihles encore, " j

L'Académie, en 1701, couronna le poème où la ■ Dame Durand exprimait ce souhait modeste. Mais I l'Académie, en 1687, avait formulé un vœu semblable, \ ou même plus extravagant. L'abbé Tallemant se promettait de voir célébrer par l'éloquence et par la : poésie la santé rendue au Roi ; et il finissait ainsi sa harangue : ** Veuille le Ciel nous faire goûter long- •: " temps les douceurs d'un si beau règne, et les conti- ; ** nuer longtemps après nous. C'est peu des ans de ■ ** Nestor ; nos vœux peuvent aller jusqu'à la durée ! ** des jours de nos premiers Pères ; et il n'y a point de '* miracles que l'on ne puisse espérer pour le prince le ** plus sage et le plus parfait qui soit jamais monté sur ' " le Trône des Rois {% " ' ■

Trois ans avant la naissance de VArt Poétique, l'Académie avait, comme les Muses de Despréaux, dicté la gloire de Louis XIV à ses vénérables nourris-

I. Poe's., etc., p. 107. — 2. Harang. dePAcad.^ t. II, p. 185-6,

sons. Le sujet qu elle proposait aux candidats de ses prix de poésie devait être invariablement l'éloge de Louis le Grand. Pendant quatre-vingt-deux ans, les intentions des fondateurs et les désirs de Despréaux furent remplis. Même sous le triste règne de Louis XV et de Voltaire, les Muses continuèrent à dicter ce même sujet, et les poètes ne se lassèrent point de le versifier. La dernière année où ces louanges académiques se firent entendre, fut 1753, presque à la veille de Rosbach. Le dernier lauréat fut Lemierre (').

** Que CorneiUé, pour lui rallumant son audace, *' Soit encore le Corneille et du Cid et d'Horace,

On pourrait croire que Boileau, en choisissant ces deux pièces et ces deux rimes, avait sous les yeux les vers de Corneille à Fouquet :

" Je sens le même feu, je sens la même audace^

** Qui fit plaindre le Cùi^ (jui fit combattre Horace, "

Lorsqu'il écrivait cette déclaration audacieuse, Tauteur du Cid et &Horace comptait déjà, " dix *' lustres et plus. " L'année à^VAri Poétique, Corneille avait soixante-huit ans et il composait Suréna. En 1663,11 disait au jeune Roi que, pour chanter son règne, il allait rajeunir :

*• Parle, et je reprendrai ma vigueur épuisée,

" Jusques à démentir les ans qui Tont usée.

** Vois comme elle renait dès qu'elle |)ense à toi,

** Comme elle s'applaudit d espérer en mon Roi,

" I^ plus î>énible effort n a rien qui la rebute :

" Commande et j'entreprends ; ordonne et j'exécute ('). *'

L Nous devons plusieurs détails de ce paragraphe,^ Tint roduction des A^.Vjt LAUféAis de MM. E. Biré et E. Grimaud. i, iEmi-rfs: GryiiUs Eoiv,^ t. X, p. iSo-i.

En i676»le poète septuagénaire s'imaginait bien être comme jadis le Corneille du OV/et d^ Horace, Il traduisait alors en beaux alexandrins la phrase brève et fière quon lui attribue : ** Ne suis-je pas toujours le Grand ** Corneille ?" On venait déjouera Versailles presque tous ses chefs-d'œuvre : Cinna, Povipée, Ho7^ace, Sertvrius, Œdipe, Rodogune, Corneille remercia Louis XIV de lui avoir accordé ce regain de gloire ; puis, après avoir imploré la faveur royale pour Othon, Suréna, Sophonisbe, même pour Agésilas et Attila, le grand tragique annonce qu'il n'atteindra pas les cent ans de Sophocle. Ces vers où Corneille ** rallume son ** audace ", sont peut-être les plus touchants qu'il ait écrits :

" Je n'irai pas si loin ; et si mes quinze lustres

" Font encor quelque peine aux modernes illustres,

" S'il en est de fâcheux jusqu'à s'en chagriner,

" Je n'aurai pas longtemps à les importuner.

" Quoi que je me promette, ils n'en ont rien à craindre :

" C'est le dernier éclat d'un feu prêt à s'éteindre ;

" Sur le point d'expirer, il tâche d'éblouir,

" Et ne frappe les yeux que pour s'évanouir... (') "

Corneille ne devait plus redevenir ce que Boileau lui souhaitait d'être encore. Son génie gardait des éclairs ; mais c'étaient les derniers rayons d'un beau soir. Corneille n'était plus à soixante-quinze ans ce qu'il fut à trente. La poésie et les succès, même *' aux ** âmes bien nées ", se mesurent d'ordinaire '* au nom- ** bre des années. " La Grange, poète dramatique, applaudi dès l'âge de 14 ans, et témoin de la ** vieil- ** lesse chagrine " de Boileau, eut raison d'écrire dans une Épître surZ^ déclin du génie poétique :

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