Conn, des bons Liv,^ 167 1, p
2. Le P. A. Cahour. Poés, franc, -^ Noies de PArt Poét.^ p. 57.
" homme pour paraître tel en écrivant. Là-dessus il " cita ces deux vers :
" En vain P esprit est plein d'aune noble vigueur^ " Le vers se sent toujours des bassesses du cœur,
'* Notre auteur qui connaissait peut-être trop l'esprit " et les mœurs du comédien, lui dit malicieusement : " Je conviens que votre exemple peut servir à confir- *' mer cette règle. ''
Le pauvre Brécourt méritait-il ce coup de massue ?
" Fuyez surtout, fuyez ces basses Jalousies,
" Des vulgaires esprits malignes frénésies.
" Un sublime écrivain n'en peut être infecté ;
Pradon saisit (comme on doit bien s'y attendre) l'occasion de cette tirade sur la jalousie, pour en faire une application,vague mais intelligible: ** Voilà des pré- ** ceptes bien mal observés par nos sublimes, ou nos ** écrivains du Sublime ('). "
Carel de Sainte-Garde tire de ces mêmes vers et du suivant cette conséquence familière, à l'adresse de l'auteur : ** Vous êtes donc un bien médiocre écrivain, ** mon cher ami; car où en trouvera-t-on quelque autre ** plus infecté de ces malignes jalousies } "
" C'est un vice qui suit la médiocrité.
A dix-huit ans de là. Racine écrivait, du camp de Namur, à Despréaux : ** Ce que vous dites des esprits ** médiocres est fort vrai, et m'a frappé, il y a long- ** temps, dans votre Poétique (3).
Oui, toute médiocrité est jalouse, par. nature; mais
I Nouv, Rem,^ P» 98. — Évidemment ceci s'applique à Boileau, traducteur du Sublime de Longin.
2. La Défense des beaux-esprits^ etc., p. 3. — 3. Lettre du j juin /6ç2.
en ceci la médiocrité poétique se distingue entre les autres. Boileau, dans le Repas ridicule, avait deviné et reconnu poète certain fat, rien qu' ** à sa mine dis- ** crête et à son maintien jaloux ('). " Et combien de ces médiocres génies n'avait-il pas entendus coasser au fond des marais du Parnasse! Et combien d'autres devaient mêler leur voix à ceconcert! L'abbé de Villiers s'en plaint, par ces'vers qui sont un éloge de Boileau et de Racine :
** ... Du x'vaxtMx jaloux " Bientôt sur le ïK)ète on voit tomber les coups. " Bientôt tel qui, pillant Despréaux et Racine, " Croit avoir hérité de leur fureur divine, " Pour cacher ses larcins qu'il donne barbouillés, ** Déchire les auteurs que lui-même a pillés ('). "
Ce vice des médiocres ne devrait jamais toucher un grand génie; et l'Histoire littéraire du xvii* siècle prouve que la magnanimité s'allie bien avec les nobles talents. Rotrou continua d'aimer Corneille, lorsque Corneille l'écrasa de sa gloire. Il le nommait alors même son cher ** rival "; et il lui écrivait avec la franchise d'un grand cœur :
** Juge de ton mérite à qui rien n'est égal, ** Par la confession de ton propre rival. "
Corneille, à son tour, se rendait cette fière justice : Les plus beaux succès des autres ne produisent en moi qu'une vertueuse émulation, qui me fait redoubler mes efforts, afin d'en avoir de pareils ('). " Admiration, émulation, voilà ce que se doivent tous les génies et tous les artistes, au sentiment de La Bruyère : ** Les plus vils artisans sont les plus sujets ** à la jalousie. Ceux qui font profession des arts libé-
T. Sat. FIT, V. 20 1-2. — 2. Poèmes, etc. — De r amitié, p. 151. — 3. Za Suivante. — Épître.
" raux ou des belles-lettres, les peintres, les musiciens, ** les orateurs, les poètes, tous' ceux qui se mêle;it ** d'écrire, ne devraient être capables que d'émula- " tion {'). "
Mais, à entendre \ftgros Charpentier, les gens de lettres sont pires que les loups, vu qu'ils se mangent l'un l'autre : " Il arrive par je ne sais quelle fatalité
qu'ils sont aimés et considérés de tout le monde, ** hormis de leurs semblables. Il y a une certaine ma- '* lignite épandue entre eux, qui les rend muets sur le ** mérite de leurs égaux.
*' Ils débitent aisément toutes les maximes que la " générosité a trouvées; mais ils n'ont pas la même " facilité à les mettre en pratique.
** Ne serait-ce point qu'ils se regardent tous comme ** concurrents; et que, prétendant tous à un même ** bien, qui est l'estime des autres, il leur semble que " chacun d'eux soit un obstacle à leurs desseins (') ? "
Hélas !
"Du mérite éclatant cette sombre rivale
" Contre lui chez los grands incessamment cabale.
Boileau et son cher Racine allaient en être encoreun peu mieux convaincus, en 1677 O- Pour consoler Racine des succès de Pradon chez les grands, Boileau lui redit alors que les cabales des médiocrités sont un apanage du génie :
" En cent lieux contre lui les cabales s'amassent ; " Ses rivaux obscurcis autour de lui coassent (^). "
En même temps il exhortait son ami abattu et fatigué, à passer hardiment, dédaigneusement, gaiement, sur les bords de ces marécages poétiques :
I. Carac,, ch. XI. De l'homtne. — 2. De V Excel, fie la T,<jn<^.fr.^ 1683, t II, p. S52-3- — 3- V. Chant I, fin. — 4. /:'/. VI I, v. 1 1 cl 12.
156 L'ART POÉTIQUK.
" Imite mon exemple ; et lorsqu'une cabale,
■' Un flot de vains auteurs follement le ravale,
'* Ris du bruit passager de leurs cris impuissants ('). "
Racine n'eut pas le courage de rire ; il s'affligea et se tut pendant plus de dix ans.
Le bon La Fontaine, >qui n'eut que peu ou point de jaloux, priait, lui aussi, les habiles de mépriser les cabales forméespar les auteurs**de méchants livres bien payés":
" Laissez dire les sots ; le savoir a son prix ('). "
If
£t sur les pieds en vain tâchant de se hausser, Pour s'égaler à lui cherche à le rabaisser.
Corneille répondait aux médiocrités jalouses, par ces vers dignes de l'un de ses Romains :
" Je vois d'un œil égal croître le nom d'autrui,
** Et tâche à m*élever aussi haut comme lui,
" Sans hasarder ma peine à le faire descendre; (3) "
et par cette phrase de XÉpître, en tête de la Suivante : ** Si je ne fais bien, qu'un autre fasse mieux ; je ferai •' des vers à sa louange, au lieu de le censurer. "
C'est bien le cas de s'écrier une fois de plus, avec M"^e de Sévigné : ** Vive le vieux Corneille ! "
Pour s'égaler à lut\ tâche à le rabaisser ;
Je ne veux en aucune sorte faire retomber pareille accusation contre Scudéry ; il était peut-être sincère en attaquant le Cici. Mais je ne sais quel anonyme, s'intitulant : Bourgeois de Paris, Marguillier de sa Paroisse^ (Corneille était aussi marguillier\ congratula Scudéry d'avoir réprimé** les vanités insupportables" de l'auteur du Cid, et s'essaya lui-même à en faire autant :
** J ai voulu, disait le parisien-marguillier, un peu
I. Ibid.^ V. 71, etc. — 2. Fab. L. VIII, f. 19. — 3 Ib.^ p. 62.
rabattre cette grande vanité de Corneille ; et faire comme ces soldats romains, qui mêlaient quelques traits de moquerie à leurs Empereurs, parmi leurs chants de triomphe, pour réprimer un peu leur joie..." Corneille ** emporté sans ailes par ce vent populaire, n a pas su ce qu il devenait, et est tombé lourdement quand il s'est voulu fier sur ses forces, en. se louant lui-même par une misérable Lettre à Ariste, où il sest étendu en des vanités insupportables. Scudéry ïbien eu quelques raisons de s'opposer à cette déification qu il (Corneille) faisait de lui-même, sans en demander permission à Jupiter. Il faut qu'il songe à se purifier auparavant de ce qui se trouve encore en lui de terrestre et de mortel (') ! "
" Ne descendons Jamais dans ces lâches intrigues ('). " N'aUons point à l'iionneur par de honteuses brigues.
Ces vers d'allure quasi Cornélienne rappellent la déclaration de \ Excuse à Ariste :
" Pour me faire admirer, je ne fais point de ligue ;
" J'ai peu de voix pour moi, mais je les ai sans brigue. "
Cette fierté était bien faite pour révolter le marguillier parisien !
Pradon se hâte de prendre acte des bonnes dispositions manifestées par Boileau dans cet alinéa : " J'espère que Monsieur D*** sera assez galant ** homme pour tenir sa parole ; et qu'il souffrira sans