‹ L'Art poétique (volume 2)Chapitre 10 sur 258 · I. La Bruyère, Caract. Chap. I · texte numérisé non relu

I. La Bruyère, Caract. Chap. I

comment se fait la poésie. Ces recueils de lois n'apprennent guère leur métier aux vrais artistes ; mais ils sont utiles, à titre de mémoires, d'études, d'indications ; et plusieurs sont, en plus, considérés comme des chefs-d'œuvre.

Ces législations après coup se retrouvent dans chacune des littératures. Partout oii fleurissent un Eschyle, un Sophocle, voire un Aristophane, il nait un Aristote. C'est une loi, ou plutôt un fait. Horace écrit sa lettre aux Pisons, près de X'irgile et de \^arius qui chantent des bercrers ou des héros.

Castelvetro et Piccolomini, après Vida et Scaliger, régentent les confrères du Tasse ; Lope de Vega déjà vieux se fait sa Poétiqite à lui-même, qui est un peu celle de Calderon ; Pope écrit son Essai on Criticism, tandis que l'Angleterre applaudit Dryden et Milton ; les prédécesseurs de Goethe et de Schiller recevaient, au xvii^ siècle, en la docte Allemagne, les doctes leçons de V^ossius, et de Heinsius éditeur d'Aristote.

Quant aux faiseurs de Poétiqiics françaises, nous en comptons une légion entière, même avant Boileau ('). Le premier, de quelque notoriété, est Eustache Deschamps, écrivain champenois des xiv^ et xv^ siècles, qui écrivit en prose '\J Art de dicter et faire Ballades etc. L'enthousiasme de la Renaissance fit éclore une multitude de ces essais didactiques, calqués sur les lois des Anciens, et appropriés tant bien que mal aux ouvrages des poètes de F^rançois I^^ de Charles IX et de Henri IIP

Voici les noms les moins inconnus. Nous signalerons

I. V. P. Goujet, Biblioth. Franc. ^ t. I, p. 88 et suiv. Nous lui empruntons un certain nombre de titres et de détails ; en rectifiant et comple'tant ses indications.

l(^s principales différences entre ces ol)SCures législations et celle de Despréaux qui l(;s efface toutes.

I. En 1547, parut le /aiiùn de JUaisance et fleur de Rlu^toriqnc, édité par le sieur Fabri, ou Le T'évre.

La première (leur de ce jardin est un Art poétique en vers. Il est divisé en dix chapitres. Il s'étend plus au long: I" sur les rimes, léonines, croisées, et autres, dont Boileau n'a pas cru devoir s'occuper ; 2" sur les petits genres de la vieille poésie nationale, dont Boileau touche à peine deux ou trois, en passant : Chant- Royal, Servantois, Ballade, Rondeau, Lay, Virelay, Chanson, etc.

L'auteur accompagne chaque genre d'un exemple.

II. En 1548, \ Art Poétique de Thomas Sibilet. Il est partagé en deux livres.

Le premier de ces livres traite : 1° De l'excellence de la poésie, riche matière, négligée par Boileau ; — 2^ De la rime ; — 3° Des qualités du style poétique; — 4^ De la mesure et du nombre des syllabes, pour les diverses espèces de vers français. Boileau n'en a rien dit.

Le second Hvre contient les règles : i^ des genres les plus variés ; savoir , comme dit l'auteur lui-même , " De Xépigramme, et de ses usages et différences ; du " sonnet, et de ce qui en doit faire la matière ; du ron- ** deau et de ses espèces différentes, comme du triolet " etc. ; de la ballade, du chant-royal ç^X. autres chants, *' usurpés dans la poésie française ; du cantique, chant " lyrique ou ode, et chanson ; de Xépitre et de \ élégie ; *' du dialogue et de ses espèces, comme sont Yéglogue, " la moralité, X-è. farce ; du blason, c'est-à-dire des éloges, " ou des satires en vers ; de \2, complainte y de \ énigme " du lay et du virelay ; ,, — 2° De la traduction et imitation des poètes anciens; — 3° Des vers non rimes.

PROLÉGOMèlNES. 13

L'auteur prend ses (^xtniiples chcv. Marot. Coiniiut on le voit par cc!tte liste. Sihilet iiulicjuci [)resqu(i tous les sujets dévelop[)és par Hoileau.

m. En 1549, Joachini du Bellay publia sa Di[fcnsc et illustration de la laiio lie française. C'est un manifeste plutôt qu'un traité. Au nom de la Pléiade, le jeune poète Angevin conviait les poètes de France à une réforme. Il les invitait à dédaigner les menues "épiceries" de la littérature gauloise, pour glaner dans les champs de la belle antiquité. Comme Boileau, il est partisan acharné des grecs, des latins, et de leur mythologie.

IV. En 1554, Claude de Boissières fit paraître un abrégé de l Art Poétique ; il édita aussi divers ouvrages sur l'arithmétique et l'astronomie. Son code littéraire jouit d'une réputation égale à celle de ses livres de science.

V. En 1555, Jacques Pelletier, traducteur de l'art poétique d'Horace, imprime un Art Poétique, réparti en deux livres. Ce qu'on y voit de plus remarquable, c'est tout d'abord la bizarrerie de l'orthographe ; mais on y trouve aussi quelques maximes judicieuses. Pelletier, comme Boissières, était mathématicien.

VI. En 1576, Fontaine publie son Quintil-Censeur ; à la fin du volume, se trouve un abrégé de lArt Poétique réduit en bonne méthode. C'est un résumé du second livre de Thomas Sibilet. Rien de bien nouveau.

VII. En 1583, Ronsard, au comble de la gloire, écrivit en courant son Art Poétique — livret de 64 pages, adressé à Alphonse Delbene, abbé de Hautecombe : *' Ce petit abrégé, lequel, en faveur de toi, '* Alphonse del Bene, a été en trois heures commencé

•* et achevé etc (')... " Ces notes sont riches d'aperçus et cl(! détails ; le style en est vivant, original, pittoresque. On trouve là les idées de Ronsard sur le génie poétique, sur le *' provignement " des mots français, sur l'enrichissement de notre langue etc. Plus d'une fois, nous nous donnerons le plaisir de montrer l'accord parfait entre le système de Ronsard et les préceptes de Despréaux.

VIII. Mentionnons encore un Traité de la poésie et des poètes, d<i(\\é à Ronsard par Robert Corbin, sieur du Boissereau ; et Y Art Poétique en cinq livres, de Pierre de Laudun (i 597).

IX. En 16 10, Pierre de Deimier composa son Académie de r Art Poétique. L'auteur censure, en cette Académie, les fautes de langage ou de versification de Ronsard, Desportes, du Bartas et autres. On sent déjà le voisinage et le crédit grandissant de Malherbe. Pierre de Deimier traite de Xélision, de \ hémistiche^ de Xhiatîis ; c'est la poésie vue par les plus petits côtés ; ce livre du reste est de l'ennui imprimé.

X. De tous ces essais de législation poétique, tentés par le xvi^ siècle, le plus digne d'éloge et d'étude est celui de Jean Vauqueljn de la Fresnaye.Vauquelin commença cette besogne par goût, comme ses Foresteries et IdyllieSy écrites en " l'avril de ses années. " Il l'acheva par ordre du roi-poète Charles IX, et de Henri

niC).

UArt Poétique, en trois livres, fut publié en 161 2, avec les œuvres complètes de Vauquelin, qui venait de

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