‹ L'Art poétique (volume 2)Chapitre 106 sur 258 · Nouv. Ch. etc. T. II, p · texte numérisé non relu

Nouv. Ch. etc. T. II, p

2. V. plus bas, V. 36, nos recherches sur les Dictionnaires de Rimes au XVI r siècle.

■^.Nouvelle Allégorique^ 1658 ; p. 49 et 50.

•• L'un l'autre vainement ils semblent se haïr ;

Les critiques pleuvent sur l'adverbe vainement, placé là, sans trop de nécessité, ou si l'on veut, de clarté. — " Vainemcnf est inutile, pour dire que le bon sens " et la rime ne sont point incompatibles (').

" Parlant du bon sens et de la rime, il (Despréaux)

'' dit :

" Uini Paufre vainc nient ils semblent se Jiair.

" Pur g-alimatias, pour dire que quelquefois la rime " ne s'accorde pas avec le sens. Mais pourquoi vaine- " ment, qui est inutile ? Peut-être veut-il dire que ** quelques poètes travaillent vaineinent pour accorder '' la rime avec le sens. Mais cela ne se dit pas (^).

Carel s'égaie aux dépens du pronom ils : « Qu'est-ce

'' qu'on appelle cheville parmi les petits écoliers, si

''•celle-là ne l'est ? Je voudrais bien savoir à quoi sert

*' cet ils?.,. Que si cet admirable versificateur veut

'' poser l'un F antre à l'accusatif, de sorte que le tour

*' de la phrase soit : Ils semblent se haïr vainement

" rjtn rautre, le mal empirera (J). L'on ne peut pas

'* faire une transposition ni plus hérissée, ni plus

'' effroyable {f).

" La rime est une esclave et ne doit qu'obéir.

Boileau est ici fidèle à sa théorie de la prééminence que la raison doit exercer sur les autres facultés littéraires.

Le P. du Cerceau donne la même leçon à un ami :

*' Dans nos vers conduisons la rime, " Et qu'elle ne nous mène point (4). "

I. Pradon, A^'--'''" Rem. etc. p. 86. — 2. Desmarets, Déf.du Pohne Ju'r.^ p. 77. — 3. La Déf. des Beaux- Esprits^ p. 53. — 4. Rec. de pièces de poésie^ etc., p. 47.

Tout le monde cependant parmi les contemporains ne réduisait point la rime au simi)le rôle ^esclave. Elle est un élément essentiel de notre poésie française ; c'est, dans nos vers, une musique indispensable aux plus belles et aux plus raisonnables pensées. Aussi, malgré son caractère revéche, l'élevait-on parfois jusqu'au rang de sœur cadette. Voici, à preuve, une curieuse dissertation de Vigneul-Marville : " Qu'il est rare de trouver ensemble la Rime et la Raison ! L'abbé de Boisrobert comparait la Raison et la Rime à deux sœurs ; toutes deux héritières, qui ne peuvent point s'accorder sur les partages. La Raison, comme l'aînée, disait-il, veut dominer et avoir le dessus. La Rime, jalouse de ses droits, ne veut pas céder, et prétend que c'est à elle à régler toutes choses. Elle s'obstine, et soutient qu'il n'est point dans notre langue de vers sans rimes, et que ceux qui se sont quelquefois hasardés d'en faire ont été siffles et renvoyés à l'école. Fière de ses avantages, et de je ne sais quelle richesse dont elle se vante, elle gourmande à tous propos la Raison, et souvent la contredit, si bien que, quand sa sœur dit : Oui, " la quinteuse dit " non. Si l'une nomme Virgile parmi les bons poètes, l'autre nomme Quinault,

'' Que faire, ajoutait cet abbé, pour remettre les choses dans l'ordre ? Rime riche, comme femme riche, ne plie pas volontiers ; quitter son rang, ce serait tout perdre ; la rebelle n'en fera rien :

" Le vers le mieux rempli, la plus noble pensée, " Ne peut plaire à l'esprit quand l'oreille est blessée.

'* Raison ! pauvre Raison ! s'écriait-il d'un ton '* plaisant ; tu as la justice pour toi : de toi seule nos

'• écrits empruntent leur lustre et leur prix. Mais après " tout, tu n'as pas la faveur et l'oreille du i)lus c^^rand " nombre (').

Cette allégorie et cette diatribe ne sont que des réminiscences ou des centons de Despréaux.

Le plus court moyen de réconcilier ces deux sœurs, nées pour être amies, c'est d'être vraiment " né poète ". — J'en ai vu un autre indiqué chez le même Vigneul- Marville ; moyen peu pratique, mais digne d'être recommandé. C'est de ne faire qu'un seul vers. ** L'abbé de la Chambre avait cela de commun avec *' le fameux Castor, qu'aimant la poésie, il n'était " point du tout poète, et n'avait jamais fait qu'un seul " vers ; ce qui donna sujet à feu M. Boileau de l'Aca- " demie, à qui, il récitait ce vers, de s'écrier en " l'admirant : '' Ah ! Monsieur, que la rime en est

"belleC)!"

*' Lorsqu'à la bien chercher d'abord on s'évertue, " L'esprit à la trouver aisément s'habitue.

Les bonnes rimes viennent en bien rimant. Ronsard en avait fait la remarque : " Toutefois tu seras plus ** soigneux de la belle invention que de la rime ; " laquelle vient assez aisément (Boileau dit : aisément) " d'elle-même, après quelque peu d'exercice et de ** labeur (^).

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