Lettre à Vacad., ch. V
•* n'est pas fait pour l'autre; qu'en un mot tout est utile " et naturel, il se mêle alors au plaisir que cause la •' beauté de la pensée, un étonnement agréable de ce ** que la contrainte ne lui a rien fait perdre ('). "
Fénelon s'est-il rendu aux raisons de ce rimeur ? Non, que je sache. Fénelon était poète en prose. Le TéléDiaque en fait ioi. Il a prétendu, que l'immortel hémistiche de Corneille : qttil mourût ! était gâté par la rime du vers suivant : " Je ne puis souffrir le vers '' que la rime amène aussitôt :
" Ou qu'un beau désespoir alors le secourût (^). "
Fénelon est-il vraiment fondé à croire que ce vers est simplement un Frcre-chapeau, et n'est-il pas tout seul de son avis.'^
Le x\ii^ siècle a du reste accompli en partie un souhait ci-dessus exprimé ; il s'est '^relâché sur la rime", en bannissant de la Poésie les ineptes exercices rimes du siècle de Ronsard. Grâce à lui, nous ignorons à peu près aujourd'hui les incroyables fantaisies des vieux acrobates de la consonance poétique. Cependant Richelet en dresse encore au xvii^ siècle le sineulier catalogue. On trouve signalées dans son Dictionnaire les Rimes appelées : " La kyrielle, la batelée, la fra- " ternisée, la senée, la brisée, Yempérière, \ annexée, " Xenchaînée, \équivoqîie, la couronnée (^). "
D'autre part, au siècle de Boileau, l'usage avait déterminé le genre des rimes, correspondant aux genres poétiques alors en vogue. " Le Poème Epique, la Tra- '' gédie, la Comédie, l'Élégie (.^), l'Eglogue, la Satire, " se composent à rimes plates ; l'Ode, le Sonnet, le " Rondeau, la Ballade, le Chant-Royal, à rimes croisées;
I . V. Lettre du I3fév. 17 14. — 2. Lettre, etc., ch. v. 3. Dict. des Rimes, nouv. éd., 1702, p. xv.
" les Fables, les Mcidrigaux, les Chansons, à rimes
'' me /ées {').''
Les poètes du wii^ siècle (Boileau par exemple), avaient-ils la vuliraire ressource du Dictionnaire de Rimes? La légende dit que les frères Corneille, Pierre et Thomas, versifiaient de concert en se demandant la rime par une trappe. D'après cette anecdote, on serait tenté de conclure que le grand Corneille, en créant ses Romains, ne s'abaissait point à feuilleter un recueil de consonances, comme les écoliers feuillettent leur Gradns ad Parnassum. Toutefois bien des années avant Corneille, les poètes français avaient à leur service les équivalents du Gradus. Ils avaient le livre des Épithètes françaises, de Maurice de la Porte, ouvrage imprimé en 1580 ('') ; ils avaient des Dictionnaires de Rimes plus vieux encore.
Voici, d'après Goujet, ceux que l'on connaît :
lo Celui de Jean le Fèvre, auteur que La Croix du Maine nomme : " poète, théologien, mathématicien, *' peintre et homme curieux des arts mécaniques et " surtout de l'horlogerie et de la peinture. " Quel génie universel!
En 1571, Etienne Tabourot , neveu de Jean le Fèvre, publia le livre de son oncle, — pour aider les " bons esprits, amateurs de la poésie française, lesquels, " au lieu de ronger leurs ongles, se gratter derrière la " tête, pour trouver la mémoire d'une contre-rime, *' perdent cependant de belles inventions qui s'écou- Ment..."
2° En 1585, parut celui de Pierre le Gaynard, seigneur de la Chaume,etc. Il est intitulé : " Promptuaire