‹ L'Art poétique (volume 2)Chapitre 141 sur 258 · V, Notes du ch. IV · texte numérisé non relu

V, Notes du ch. IV

" sont bien vendues chez Barbin, il (Despréaux) se •' propose lui-même pour exemple de perfection et " d'agrément continuel.

" On ne vend point chez Barôin de poème héroi([ue; " et il désigne par là ses Satires ([ui s'y vendent. Il est " vrai que l'on vend plus de Satires, qui sont du goût '* de quantité d'esprits communs, que des ouvrages " d'un génie plus élevé, qui sont du goût des plus fins. *VMais aussi l'on ne vend pas chez i^r^r^/;^ tant de ** Satires, que l'on vend de chansons sur le Pont-Neuf ** et aux coins des rues. Car plus la marchandise est *' basse et commune, plus elle trouve d'esprits à qui *' elle est propre.

" Mais comment ose-t-il dire que son livre est chéri '' du ciel {')r'

Nous trouvons chez Regnard une autre mention des relations du libraire Barbin avec Despréaux. Dans une spirituelle et mordante satire: Le tombeau de M. Boileau-Desprcaiix, Regnard donne un rôle important à Barbin. Il narre comment une ** lugubre escorte " est allée conduire le défunt Despréaux " au Parnasse, à son gîte dernier. " Mais Barbin marche à la place d'honneur en ce convoi:

'* Deux Grecs et deux Latins escortaient le cercueil; " Et, le mouchoir en main, Barbi?t menait le deuil. "

A quelques vers de là, Regnard fait l'esquisse — ou la caricature — de la boutique de Barbin et des " acheteurs " qui entourent la marchandise imprimée:

" Là, dans l'enfoncement d'une arrière boutique, " Sa femme étale en vain un embonpoint antique, " Et faisant le débit de cent livres mauvais, " Amuse un cercle entier des oisifs du Palais;

£. La dé/, du Poème hér.^ p. 79 et 80.

" Là, le vieux nouvelliste a toujours ses séances;

" Là, le jeune avocat vient prendre ses Licences;

" l*'.t le blond sénateur, en quittant le barreau,

** Vient peigner sa perruque et prendre son chapeau.

" C'est là, que le chanoine, au sortir du service,

" Vient, en aumusse encore, achever son office ('). "

Même en se moquant de Boileau, Regnard, comme on voit, n'oublie pas les leçons qu'il a reçues du maître. — Une dernière anecdote. Louis Racine conte qu'un jour Barbin, par reconnaissance ou par politesse invita Despréaux à venir dîner dans sa maison des champs. Barbin avait une villa charmante, mais à peine plus large que sa boutique de la Sainte-Chapelle. Après le dîner, en quatre pas, Boileau fit le tour du jardinet, puis demanda sur-le-champ sa voiture. Barbin s'é-tonna; '' Pourquoi donc voulez-vous vous en '' retourner si promptement? — C'est, répondit Boileau, " pour aller à Paris prendre l'air. "

De la satire, même contre Barbin!

*' Quoi que vous écriviez, évitez la bassesse:

" Le style le moins noble a pourtant sa noblesse.

Voilà encore un des fiers axiomes du xvii^ siècle, qui sut donner même à des bluettes un tour de grandeur; le trivial ne devait pas avoir droit de cité dans cette société '' d'honnêtes gens. " Le ** style noble ", dont on a fait depuis tant de pastiches maladroits, était le signe des nobles esprits (^). On parlait, on

1. Le tombeau de M. B. D. Œuv. de Regii. Ed. de 1805, t. III, p. 370.

2, Pourtant n'exagérons rien. Les nobles esprits de cette époque, les maîtres, les faiseurs de livres immortels, cultivèrent le style noble, ou le pratiquèrent d'instinct. Mais chez les auteurs de second et de troisième ordre, il n'est pas rare, il est très fréquent même, de rencontrer la platitude, la " bassesse " , le style qui " fait les délices de la canaille ". Les livres sans valeur du XVII^ siècle sont stupides et révoltants de grossièreté.

écrivait, comme on vivait ; tout de même que Louis le Grand jouait au billard " comme le maître du " monde (') ".

Quand Philaminte chassait la pauvre Martine, pour

avoir

" insulté son oreille

" Par rinipropriété d'un mot sauvage et bas (="), "

elle ne faisait qu'exagérer une qualité de son temps.

L'hôtel de Rambouillet visa tout d'abord à un but vraiment dio^ne d'un siècle de Princes. Il voulait enlever au langage les formes trop vulgaires, ou rabelaisiennes, tendance louable; car le lecteur et l'auditeur français veulent être respectés.

Fénelon eut raison de condamner chez Aristophane '' la farce faite exprès pour amuser et pour mener le " peuple (^)." La Bruyère eut raison de blâmer Rabelais, pour s'être " encanaillé ". D'un autre côté La Fontaine était bien de son siècle, quand il appelait les personnages de ses fables :

" Capitaine Renard, " " Messire Rat, " " Maitre Baudet, " '* Sa Majesté Lionne " ;

voire même

" Dom Pourceau ".

Le genre burlesque, avec son dévergondage d'idées et son style des Halles (nous dirions, son argot), eût fini par " encanailler " la langue. Balzac l'avait compris ; et il avait craint que " des esprits si amateurs des *' vilaines nouveautés " voulussent " introduire à la *' cour la langue des Gueux et celle des Bohèmes ('^)."

I. Madame de Se vigne. — 2. Fe)n. Sav., Acte II, se. v. — 3. Lettre à VAcad. ch. VII. — 4. Entr.jS'.

I^oilcau a lui-mcme commenté la pensée du vers:

Le sfv/v le moins nohle a poiirlaiit sa noblesse.

Il s'en explique à M. de Maucroix (') : *' Plus les •' choses sont sèches et malaisées à dire, plus elles " frappent, quand elles sont dites noblement et avec " cette élégance qui fait proprement la poésie (^).

Je me souviens que M. de La Fontaine m'a dit plus " d'une fois que les deux vers de mes ouvrages qu'il " estimait davantage, c'étaient ceux où je loue le roi " d'avoir établi la manufacture de points de France, à ** la place des points de Venise. Les voici. C'est dans " la r^ Épître à Sa Majesté :

" Et nos voisins frustrés de ces tributs serviles, " Que payait à leur art le luxe de nos villes. "

Boileau conte, au même endroit, que ses intimes se récrient sur les quatre vers où il définit noblement ses cinquante-sept ans et sa perruque {^). Je m'imagine qu'il était aussi très fier du distique sur ses exploits de chasse :

"... D'un plomb qui suit l'œil et part avec l'éclair, " Je vais faire la guerre aux habitants de l'air (4)."

Que de merveilles et de périphrases, pour ne pas dire en style vulgaire : '* Je tire des coups de fusil sur les oiseaux ! "

Boileau déplore quelque part la disette de notre langue si" riche en beaux termes sur de certains " sujets ", mais fort pauvre en maintes occasions.

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