‹ L'Art poétique (volume 2)Chapitre 148 sur 258 · Parall. 2^ Édit. T. III, p · texte numérisé non relu

Parall. 2^ Édit. T. III, p

soi-disant burlesque de Despréaux, et il \(t compare avec celui de Scarron. Voici un échantillon de ce Dialogue :

" L{' CJievalicr. — Après l'aversion qu'un des satiri- " ques modernes a témoignée pour le burlesque dans " son Art Poétique, j'ai été étonné qu'il ait composé " un poème dans ce genre de poésie.

" Le Président. — C'est un beau et noble burlesque " que celui-là, un burlesque fait pour divertir les " honnêtes gens, pendant que l'autre, bas et rampant, " ne réjouit que le menu peuple et la canaille.

" Le Chevalier. — Cependant, à le bien prendre, le " burlesque du Lutrin, quelque beau qu'il soit, n'est " qu'un burlesque retourné,

" L' Abbé. — ...L'auteur du Virgile travesti 2l revêtu " d'expressions communes et triviales les choses les " plus grandes et les plus nobles; et l'auteur du Lutrin, " en prenant le contrepied, a parlé des choses les plus " communes et les plus abjectes en des termes pom- '' peux et magnifiques. Dans l'ancien burlesque, le '' ridicule est en dehors et le sérieux en dedans ; dans '' le nouveau, que Monsieur le Chevalier appelle un " burlesque retourné, le ridicule est en dedans et le '' sérieux en dehors.

''Le Chevalier, — Quoi qu'il en soit, j'aime mieux '' le burlesque qui est à l'endroit que le burlesque qui '* est à l'envers.

'' L Abbé. — Je veux vous donner une comparaison " là-dessus : Le burlesque du Virgile travesti est une '' princesse sous les habits d'une villageoise ; et le '' burlesque du Lutrin est une villageoise sous les " habits d'une princesse... Quoi qu'il en soit, on est " redevable à l'auteur du Lutrin d'avoir inventé ce *' burlesque, qui a son mérite et on ne peut pas lui re

" fuser toutes les louanges qui sont dues aux premiers " inventeurs ('). "

Je doute que I^oileau ait été flatté de s'entendre appeler écrivain burlesque, bien que le style burlesque de Boileau soit qualifié p:\r Perrault de burlesque retourné.

Le burlesque était en grande faveur pendant les premières années de l'Académie et de Louis XI Y. L'Académie ne crut point déroger à sa dignité en accordant un moment d'attention à ce langage. Saint- Amant proposa à ses graves confrères de recueillir les termes burlesques, pour en enrichir le futur Dictionnaire que l'Académie promettait à la France. Pellisson raconte le fait et observe que le mot burlesque n'était pas encore usité en français. M. de Saint- Amant, ditil, promit de faire "la '^'^s\\^ comique du Dictionnaire", et de réunir "les X.ç.xxViÇ.'^ grotesques, c'est-à-dire, comme " nous parlerions aujourd'hui, burlesques. Mais ce mot " burlesque,ç\u\ était depuis longtemps en Italie n'avait " pas encore passé les monts (') ; et M. Ménage " remarque fort bien en ses Origines, qu'il fut premiè- " rement employé par M. Sarrazin longtemps après. " Alors on peut dire, non seulement qu'il passa en " France, mais encore qu'il s'y déborda et qu'il y fit " d'étranges ravages (j). "

" M. Sarrazin, dit Ménage, se vantait d'avoir le " premier employé le mot de Burlesque, comme je " l'ai remarqué il y a longtemps dans mes Origines de '' la Langue fi^ançaise (f) ".

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