‹ L'Art poétique (volume 2)Chapitre 151 sur 258 · De la conn. des bons Liv, Tr. III, p · texte numérisé non relu

De la conn. des bons Liv, Tr. III, p

2. M. V. Fournel corrige Brossette et relève d'un cran la position sociale de Tabarin : " Brossette paraît avoir confondu le rôle de valet, " toujours rempli par Tabarin sur la scène, avec sa position réelle vis- " à-vis de Mondor. Tabarin jouait les valets, comme tant d'autres comé- " diens qui n'en sont pas moins indépendants pour cela dans leur vie «£ privée. "' ^Spectacles popuL — Opérate2irs et Charlatans.)

" vendeur de baume, qui établissait son théâtre dans " la Place Dauphine. vers le commencement du •* xvii^ siècle. Il roulait aussi dans les autres villes " du royaume avec Tabarin, le bouffon de sa troupe. " Les plaisanteries de labarin ont été imprimées plu- " sieurs fois à Paris et à Lyon, avec privilège, sous le " titre de Recueil des qicestions et fantaisies Tabari- " Cliques. Elles ne roulent que sur des matières d'une " grossièreté insupportable, et qui ne peuvent plaire " qu'à la canaille.

Le théâtre de Mondor et de Tabarin se composait d'une estrade ; la toile du fond était un lambeau de tapisserie. A l'avant-scène apparaissaient les deux grands et uniques personnages ; derrière eux, l'orchestre, se composant d'un joueur de violon et d'un joueur de rebec ; puis un '' marocain " chargé du coffre aux onguents. Mondor portait de longs cheveux et une barbe blanche ; Tabarin avait pour costume *' son " pantalon large, son tabar négligemment drapé sur " ses épaules, son épée de bois passée dans sa ceinture, " sa barbe en trident de Neptîtiie, ses longues mous- '' taches, et sur la tête cet immense, ce fantastique " chapeau, ce Protée aux mille formes, qu'il pétrissait ** comme une cire entre ses doigts (').

Alors commençait la représentation, dialogue du solennel Mondor et du boufton Tabarin, dialogue saugrenu, ordurier, obscène. Perrault cite, en son Parallèle, l'une des plus honnêtes questions Tabariniques ; il y joint quelques détails sur la mise en scène : ** Les dialogues de Mondor et de Tabarin, dit- " il,... commençaient ordinairement par une question " curieuse que faisait Tabarin. Mondor disait mille

I. Voir M. V. Fournel, Spect. Pop. — Opérateurs et Charlatans.

" choses savantes et pleines d'érudition sur la question " proposée, et en donnait la solution en homme grave " et comme un philosophe qui a pénétré dans les " secrets de la nature. Apres quoi, Tabarin donnait la " sienne à sa manière, et faisait rire par l'opposition " de son ridicule au sérieux du discours scientifique " de son maître.

" Un jour par exemple, il demanda lequel des ani- '' maux volait le mieux. Mondor fit une longue disserta- '" tion sur le vol des oiseaux et sur la construction ad- " mirable de leurs ailes et de leurs plumes ; et conclut " que le gerfaut était de tous les oiseaux celui qui " volait le mieux. — Vous êtes un ignorant, mon '' maître, reprit Tabarin ; c'est un greffier. Il n'a, à la '' vérité, qu'une plume sur l'oreille ; mais avec cette " plume-là, il vole mieux que tous les animaux que " vous venez de nommer (').

La Fontaine connaissait de réputation ce très populaire dramaturge, et il savait que trop souvent les petites gens goûtent ces artistes-là. Aussi bien, quand il mène à la boucherie le mouton avec le cochon gras, a-t-il soin de faire remarquer que

" Le charton n'avait pas dessein " De les mener voir Tahartn (-). "

La Fontaine a rendu au bouffon valet de Mondor un témoignage plus éclatant. Il lui a emprunté l'idée d'une de ses jolies fables : Le Gland et la Citr^ouille {f).

1. Paraît, etc. 2*^ Éd. t. II, p. 116-7. — Perrault juge ce dialogue Tabarinique " fade, froid et détestable".'Mais le champion des modernes, Perrault, Vantipmdarique et l'antiplatonique, tire de là cette conclusion plus que singulière : que le Grand Hippias de Platon n'a pas tous les mérites de ces farces du Pont-Neuf ou de la Place Dauphine./'r^/^ pudc^ '

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