V. — Composition de TArl Poétique. — Lectures
du manuscrit.
" HTUez-voiis lentement !... "
{Art fxu't.^ cil. I, V. 171.)
L est probable que Hoileau avait été encourac^é dans son dessein par les spirituels habitués de la Croix de Lorraine. Mais il fallait s'assurer l'appui d'un personnage réputé infaillible. Comme les Anciens, ses patrons, avant de se mettre en campagne, il résolut de consulter l'oracle.
L'oracle s'appelait alors Patru. En 1669, Patru comptait treize lustres ; il était la lumière de l'Académie et du Barreau. Vaugelas l'avait salué du nom de " Ouintilien français " ; ce Ouintilien avait fait quelques plaidoyers, limés et polis ad ungueni, et il prenait le temps de vieillir sur une période.
Les jeunes " nourrissons des Muses" recouraient à ses conseils. Le pilier de la Grand'Chambre du Palais, où il distribuait ses verdicts, ressemblait quelque peu au sanctuaire de la Sibylle; quand on se croyait du génie, on y venait chercher ses destinées. Patru gagnait, à ces consultations bénévoles et désintéressées, l'estime de la jeunesse parisienne; mais non point " de quoi avoir de la bonne soupe (') ". Du reste, ses décisions en matière de bel-esprit étaient sans appel. L'abbé des Réaux lui composa cette épitaphe :
" Le célèbre Patru sous ce marbre repose :
" Toujours comme un oracle il s'est vu consulter,
" Soit sur les vers, soit sur la prose. " Il sut jeunes et vieux au travail exciter... " Et l'on n'aurait besoin d'Apollon ni de Muses, " Si l'on avait toujours des hommes comme lui (^). "