Œuv. de Sarrasin, Éd. de 1663, p
2. Villon, dans son Épitaphe citée par le président Fauchet se reconnaît lui-même porteur de ce nom :
" Je suis François (dont ce me poise) " Nommé Corbueil en mon surnom, "Né de Paris emprès Pontoise, *' Et du commun nommé Villon... "
{Recueil des plus belles pûces^tX.Q.. t. I, 2.)
Mais est-il bien vrai que ce nom lui ait été donné comme une injure? Huet prétend tout au contraire que ce nom était le vrai nom de famille de François dit Corbeuil : " Il n'est pas vrai qu'on lui ait donné le " sobriquet de Villon pour ses tromperies, comme Pasquier et Fauchet, " et après eux tout le monde l'a cru ; car il nous apprend lui-même dans "son Grand Testament (page 51), que son père s'appelait Maître " Guillaume de Villon. " (Huetiana.)
plus forte. Sa ballade des Dames du temps jadis est célèbre, et le refrain :
" Mais où sont les neiges d'antan ? "
est et reste toujours neuf. Il en est de même de la ballade des Seigneurs du temps jadis, avec ce refrain :
^" Mais où est le preux Charlemaigne ? "
son Tcstamejit a des échappées belles et hautes sur la mort et la vanité des grandes choses ou des grands hommes. Au lieu de dire que \^illon débroiiilla l'art des romanciers, mieux vaudrait dire, ce semble, qu'il Xagrandit, quand il ne se traîna point dans l'ordure. Car ce vaurien, dont Boileau fait un astre parmi les siècles grossiers, est un fort grossier personnage ; par exemple dans ses Repues franches.
Le P. du Cerceau répète, à peu près, le jugement
de Boileau sur Villon : " Il fallait que l'auteur (Villon)
' eût un goût de poésie bien naturel, pour avoir si
* bien réussi dans un siècle où elle était encore très
* brute ; comme il est aisé de le voir par les autres
* pièces qui nous restent de ce temps-là, si l'on en ' excepte celles de Charles d'Orléans. " Cette restriction esta sa place. On a, en effet, trouvé depuis Boileau
' que Charles d'Orléans et Jean de Meung pouvaient ' disputer la palme à François Corbeuil ; que même
* ledit Corbeuil n'avait fait faire aucun progrès à la ' poésie des vieux âges. "
Chose peu croyable, Carel de Sainte-Garde fait preuve en cet endroit d'une science et d'une critique, beaucoup plus larges que celle de Boileau. Sa note, à propos de Villon et des anciens poètes de France, en dépit du ton déclamatoire, mérite attention : '* Le ** beau jugement du Satirique se fait voir encore dans ** son Art Poétique, où, après avoir traité Ronsard
avec le dernier iné[)ris ('), il élève un certain Villon jusqu'aux nues, comme ayant commencé à polir la poésie française.
" Ce Villon était un voleur de nuit, qui non seulement tirait la laine, mais qui perçait les maisons et montait aux fenêtres avec des échelles de cordes. La cour de Parlement, lui faisant grâce, le bannit du royaume (^), pour ces sortes de larcins, dont il demeura convaincu. Au reste il fut si fameux voleur, que longtemps après lui, le mot de z^/Z/^/^/^^r signifia filouter. Q!q.'=>X. pourquoi Marot mit au commencement des œuvres de ce personnage qu'il fit imprimer :
" Prou de Villons pour villonner ; " Peu de Villons en bon saver (3).
" Ne voilà-t-il pas un illustre ornement pour notre *' poésie ; et la mémoire de ce grand nom ne rend-elle '* pas le métier bien recommandable '^,
"Il (Despréaux) avait si beau faire paraître sur le *' théâtre les plus signalés de nos vieux poètes, et imiter *' Pétrarque, qui célèbre les Trouvadours à^ Provence, *' dont la poésie italienne est descendue. Il pouvait " même enchérir sur lui, et produire Thibaidd, comte '' de Champagne.
*' Que s'il ne voulait pas, ou si son peu de lecture *' ne lui permettait pas d'aller si loin, que ne mettait-il *' en la place de ce Villon, Octavien de Saint-Gelais, " évêqued'Angoulême, de la noble maison de Lusignan,
I. Ce terme " après avoir ''^ n'est pas rigoureusement exact. Le jugement de Ronsard suit les éloges de Villon et de Marot.
2. Rabelais dit qu'il se retira en Angleterre,à la cour du Roi Edouard V.
( V, Recueil des plus belles pièces^ etc. p. 3.) 3. Colletet, {Art poét. 1655), traduit ainsi pour ceux qui ne savent point le Gaulois :
'* Peu de Villons en bon savoir ; " Trop de Villons pour décevoir. "
" aussi poli pour le moins c\uv. ce misérable et qui "vivait dans le même temps? — duquel déjà Mes- " sieurs de Sainte-Marthe avaient dit qu'il était le *' premier qui avait su donner quelque ^^râce à la poésie ** française...
" Et pourquoi nous faire paraître en cet endroit ** Marot, plutôt que d?^ Dartas ? Marot a réussi dans " la raillerie, je l'avoue. Mais n'y a-t-il que la raillerie " qui fasse le poète (')? "
Carel parle ici en poète, presque en érudit. Ce ne sont point les Allemands qui ont découvert le génie de notre du Bartas. Avant Goethe, Carel de Sainte-' Garde, salué " poète ignorant " par I)oileau, avait soupçonné le mérite du vieux gentilhomme huguenot qui rima le portrait du cheval, en ruant, hennissant et gambadant à quatre pattes.
" Marot, bientôt après, fit fleurir les ballades,
" Tourna des triolets, rima des mascarades,
" A des refrains réglés asservit les rondeaux,
" Et montra pour rimer des chemins tout nouveaux.
" Spenser did next in pastorals excel,
*' And taught the nobler art of writing well,
*' To stricter rules the sta?iza did restrain... "
(Drvdex.)
" Bientôt ap7xs " doit s'entendre d'un espace de quarante à cinquante ans ; mais, pour Boileau, " les " morts vont vite ".
Marot a laissé des épitres, des ballades, ô.ç,s ro7idea7ix, des épigr animes. On ne connaît de lui ni triolets, ni mascarades. Boileau s'est probablement laissé induire en erreur par la lecture de quelque recueil du xvi^ siècle ; il en existait, de son temps, mais assez peu