‹ L'Art poétique (volume 2)Chapitre 195 sur 258 · I. " Si Virgile, le Tasse et Ronsard sont des ânes · texte numérisé non relu

I. " Si Virgile, le Tasse et Ronsard sont des ânes

" Sans perdre en ces discours le temps que nous perdons,

" Allons comme eux aux champs et mangeons des chardons (*)! '

Sat. IX.

*' syllabe ('). Cette rigueur excessive a déplu à beau- " coup de inonde ( ).

Donc, Boileau n'est pas le premier qui ait fait le procès, ou prononcé le verdict capital contre Ronsard. Kn cela, comme en tant d'occasions, Boileau imite et répète. Mais on est heureux d'entendre un contemporain de Boileau constater les répugnances nombreuses que soulevèrent la cruauté et l'ingratitude poétiques de Malherbe.

Le vers

" Et toutefois longtemps eut un heureux destin "

inspire à Pradon de lugubres réflexions sur la fragilité de la gloire humaine ; là-dessus Pradon crie à Despréaux, comme l'esclave au triomphateur romain : Songe que tu es homme ! " Jamais Ronsard, que M. " D*"^^ traite avec tant d'indignité, a-t-il fait un si '' méchant vers que celui-ci: Et toutefois longtemps etc.? " En vérité Ronsard, qui fut nommé le Prince des ' poètes français, dont le génie fut si élevé, pour qui ' les Rois et les peuples eurent tant d'admiration, est ' bien mal traité par un poète moderne, qui paraîtra ' peut-être dans cent ans plus ridicule que Ronsard ne ' le paraît àprésent.On ne peut pas répondre de l'ave- ' nir. Tout change, et particulièrement en France, où ' la langue n'a pas été fixe jusqu'à présent, et n'a pas ' encore eu de règles certaines comme la latine. Nous ' voyons Balzac, l'admiration de son temps, tourné en ' ridicule par M. D"^"^^ ; et tel qui croit bien parler

1. " Il avait effacé plus de la moitié de son Ronsard, et en cotait à la ' marge les raisons. Un jour, Yvrande, Racan, Coulomby et quelques ' autres de ses amis, le feuilletaient sur sa table, et Racan lui demanda ' s'il approuvait ce qu'il n'avait point Q^dicé. Pas plus que le reste^ài\\.-\\.... ' Tout à l'heure, il acheva d'effacer le reste. " (Racan, Ed. Latour, t. I, p. 272-3.)

Page 1