Lettre à fAcad.^ ch. V
Cette reiiKirque se lit dans presque tous nos traités modernes de littérature, je ne m'y appesantirai pas ; les redites eni^endrent le dégoût. Mais hi \\i\^ siècle, par la plume du jeune avocat lyonnais, semble avoir fait un nouveau sujet de blâme pour Ronsard, de cette heureuse initiative. Ecoutons Hrossette : '* Ronsard " conseillait d'employer indifféremment tous les clia- " lectes. (Préface sur la Franciade)'. " Et ne se faut " soucier, dit-il ailleurs, si les vocables sont gascons, '' poitevins, normands, manceaux, lyonnais, ou d'autres '' pays. (Abrégé de l'Art Poétique.) "
La citation de Brossette n'est pas complète; partant elle est fausse. Elle ne marque point les restrictions que Ronsard imposait à ce choix " de vocables ", restrictions qui justifient l'audace de ce projet. Je transcris, tel qu'il est, le passage de \ Abrégé de l'Art poétique : " Tu sauras dextrement choisir et approprier " à ton œuvre les vocables phts significatifs des dia- " lectes de notre France, quand ceux de ta nation ne " seront assez propres ni signifiants ; ne se faut sou- " cier s'ils sont gascons, poitevins, normands, lyon- " nais, ou d'autres pays, pourvic qiLils soient bons, et *' qîce proprement ils expriment ce que tic veux dire ('). "
Avec ces correctifs, omis par Brossette, Ronsard et ses disciples eussent fait une œuvre très digne de los; grâce à eux notre langue ne serait point " appau- " vrie, desséchée et gênée ", comme Fénelon s'en plaignait, quelques mois avant de mourir.
Boileau ne se contenta point de porter contre Ronsard les condamnations rimées de \ Art Poétique. Ce n'était pas assez, selon lui, de réprouver la muse grégeoise de son devancier; il ajoute, dans ses Réfiexions