‹ L'Art poétique (volume 2)Chapitre 35 sur 258 · Ibid.,p. CCXVII · texte numérisé non relu

Ibid.,p. CCXVII

** de vers ni l'un ni l'aulrc ('). " Prccaution, dont la sagacité fera sourire quiconcjue aura jamais hanté le '* ocniis vatnni'.

E Journal de Trévoux (1703), tout en condamnant les fréquents emprunts de Boileau chez Horace, constate le succès de XArt Poétiqîte, '' qui, dit-il, a fait tant ** d'honneur " à M. Despréaux. Ce poème fut un événement ; les clameurs mêmes du bas Parnasse en sont un témoignage. En regard des récriminations malveillantes, s'élevèrent les éloges à outrance, les panégyriques raisonnables, les appréciations sincères de l'amitié et du bon sens.

La première louange, en quelque sorte officielle, décernée par un homme de lettres à XArt Poétique, après sa publication, est probablement celle que Fénelon glisse en son premier Dialogue sur l'Eloquence ('').

" B. Vous me faites souvenir que j'ai lu cette der- ** nière règle dans \ Art Poétiqite de M. Boileau.

'' A. Vous avez raison ; c'est un homme qui connaît " bien, non seulement le fond de la poésie, mais encore ** le but solide auquel la philosophie, supérieure à tous ** les arts, doit conduire le poète.

Ainsi Fénelon, qui devait tant médire de la poésie française, nous a vraisemblablement légué par écrit le

1. Il est fort difficile d'assigner une date précise à ce billet. D'après Berriat Saint-Prix, Brienne était "ennemi" de Boileau, avant 1674. D'autre part, il fut enfermé comme fou, vers 1673. Était-il réellement fou quand il annota VArt Poétique? Boileau dit à Brossette (9 avril 1702) que Brienne "était déjà fou", quand lui, Boileau, n'avait que 19 ans.

2. J'admets ici l'hypothèse que les Dialogues sur P Eloquence sont une œuvre de jeunesse de Fénelon. — Il répète, dans sa Lettre à V Académie^ qu'il " admire les ouvrages de ce grand poète. " Chap. V.

premier éloge autorisé de VA;-/ Poétique. Avec ce document, l'un des plus anciens actes officiels en faveur de l'œuvre de Boileau est une pa^^e de la docte *' mosaïque (') ", publiée en i6cS5, par Baillet. Haillet. confrère de Boileau en Jansénisme, admirateur fort modéré de la gent poétique de France, prodigue de très banals applaudissements à cette législation austère: " On peut dire de cet ouvrage le contraire de celui du " P. Le Bossu ; et que, comme nous n'avons encore eu " personne qui ait mieux connu que M. Despréaux le ** génie de la Poésie moderne, et qui par conséquent *• ait pu mieux découvrir les bonnes et les mauvaises " qualités des poètes de ces derniers siècles, personne " n'a pu mieux réussir que lui à nous donner les règles ** d'un nouvel Art Poétique.

Baillet s'exprime de la sorte en un de ses in-folios plein d'invectives contre les partisans du paganisme littéraire. Baillet a tout l'air de ne s'être pas même aperçu que Boileau, dans son Art Poétique, s'est fait le coryphée et le champion des " fabuleux chrétiens ". Baillet avait-il lu bien attentivement le poème dont il célèbre les mérites ? J'en doute un peu ; il avait tant d'autres volumes à lire. Le grave compilateur continue de balancer devant M. Despréaux la fumée de ses phrases : " Cet ouvrage ne laisse pas d'être formé sur ** le goût des anciens... D'un autre côté, il est aisé de " remarquer par cet Art Poétique, que ces derniers " venus n'ont peut-être eu guères moins d'esprit que *' les Anciens...

" Au reste l'habileté, la délicatesse et la solidité de *' jugement n'éclatent pas moins dans cet ouvrage, que " dans les autres qui nous sont venus du même auteur;

I. La Monnoie définit les Jugements des Savafits " un tissu à la mosaïque ".

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" quoiciu'il semble que M. Desmarets et M. Pradon '* aient voulu rapporter toutes ces bonnes qualités à *' Horace, à Scaliger, à Vida, et aux autres auteurs '' que M. Despréaux a suivis dans cet ouvrage ('). "

Quels sont ces " autres auteurs " ? Si Despréaux ouvrit jamais les in-folios de Baillet, il dut être très médiocrement flatté de l'intérêt que l'érudit lui marque en ces lignes. Cette page prouve du moins que Baillet connaissait tout autant les pamphlets de Pradon ou de Desmarets que la pièce dont il parle. Je l'excuse, en admettant à sa décharge que le bibliothécaire de M. de Lamoignon a simplement consigné en ses lourdes périodes, ce qu'il avait ouï dire en bon lieu.

L'un des plus ingénieux compliments adressés à la Poétique de Boileau par un habile de ce temps-là, est une fiction imaginée par le diplomate et académicien François de Callières. A la fin de son Histoire Poétique de la guerre à^^ Anciens et des Modernes, le spirituel gentilhomme dicte des oracles par la bouche d'Apollon. Voici le xiv^ de ces oracles : Apollon " ordonne que *' Despréaux soit appelé l'Horace des Français et " Horace le Despréaux des Latins ; que X Art " Poétique du Poète français sera lu, relu et appris ** par cœur de tous les poètes nés et à naître ; sur peine " d'être déclarés indignes de cette qualité (^).

M. de Callières rédigeait ainsi les volontés du dieu parnassien, en 1688, tandis que les débats des Anciens et des Modernes reprenaient avec une nouvelle fureur. Comme pour obéir à son édit, ce fut vers cette date que les enfants (futurs poètes ou non) commencèrent d'étudier le code de Boileau. En 1787, Marmontel

\. Jugements des Sava7tts, t. III, p. 320, édit. de La Monnoie. 2. Histoire poétiqtie de la Guerre nouvellement déclarée entre les Anciens et les Modernes^ Paris, 1688, p. 284.

disait : " Son ^Irt PotUiquc (celui de lioileau) est ' depiiis un siècle entre les mains des enfants ('). "

Cinq ans après M. de Callières, La Bruyère prédisait, par devant l'Académie, que les vers de Boileau seraient " lus encore, quand la langue aura vieilli " et qu'ils en seraient " les derniers débris (') ".

La INIotte-Houdart célébrait en vers mythologiques les enseignements de Despréaux, ratifiés, disait La Motte, d'un bout à l'autre par Phébus :

" Il (Despréaux) connaît, critique équitable,

*' Quel est l'ornement convenable

'' Que chafjue auteur doit employer;

" Et toi-même, fils de Lalone,

" Dans les préceptes qu'il nous donne,

" Tu ne trouves rien à rayer (3). "

Avec l'hommage retentissant des injures, avec les approbations discrètes du bon goût, \ Art Poctiijue, recueillit, presque en naissant, une autre sorte de ofloire.

On le citait partout. Les ouvrages de littérature, d'érudition, de polémique, y puisaient des ornements ou des preuves. Baillet (1685) en extrayait des tirades, pour remplir les colonnes ài^^^s Jugements; Callières, (1688) en agrémentait les péripéties de sa Gtcerre joyeuse ; le P. Mourgues (1684) appuyait son traité de versification sur ces lois rimées ; un peu plus tard l'abbé Genest en garnit ses Traités de poésie champêtre; le P. Bouhours (1687) lui emprunte quelque trait pour sa Manière de bien penser ; Racine, écrivant de Belgique à /\uteuil, pendant le fameux siège de Namur (1692), insinue entre les lignes un souvenir de la Poétique; AL de Vaumorière (1696) l'introduit dans son

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