V. Gonjet, Bibl. Franc, t. XVII, p
Furctière avait écrit en 1658 que " Malherbe et " Racan étaient, l'un amiral et l'autre vice-amiral " du royaume de poésie, navii^uant de concert aux * Côtes '* Lyriques (') ".
La Bruyère s'étonne de voir que " Belleau, Jodelle '* et du Hartas aient été sitôt suivis d'un Racan et " d'un Malherbe {')y Pourquoi La Bruyère nomme-t-il Racan le premier?
Fénelon, dans son Discours de réception à l'Académie, appelait Racan '' l'illustre Racan, héritier de " l'harmonie de ^Lalherbe ".
Perrault triomphe pour ses modernes, quand il s'écrie dans son Epître aie Roi :
" Aux Homères divins, aux Virgiles superbes
" On vit se mesurer nos Racans, nos Malherbes {}) ! "
Le bon La Fontaine fait chorus, dans ses Fables, d'abord :
" MalJierbe et Racan
'" Ces deux rivaux d'Horace, héritiers de sa lyre,
** Disciples d'Apollon, nos maîtres, pour mieux dire (+). "
Puis dans son Epitre à ]\L Huet :
" Malherbe avec Racan^ parmi les chœurs des anges, " Là haut de l'Éternel célébrant les louanges, " Ont emporté leur lyre ; et j'espère qu'un jour " J'entendrai leur concert au céleste séjour (5). "
Dans la Gue7^re poétique de 168S, Malherbe se retrouve encore non loin de son inséparable Racan; l'un comme chef des lyriques, l'autre des bucoliques ; car " le marquis de Racan fut élu le commandant de "tous les poètes d'Églogues, d'Idylles et autres " poésies champêtres {^) ".
I. lYouv. alL, p. 55.-2. Carcut. ch. i. — 3. V. Parallèle, eic. 2^ Édit. t. I, fin. — 4. Fables, L. III, i.— 5. De Callières, G. P. etc. 168S, p. 59.
— Nous parlerons prochainement de Malherbe. I^coutons les jiii^enients des contemporains de Boileau sur Racan. Comme on vient de le voir, il était tenu en très haute estime, marchant de pair à compagnon avec le réformateur (').Roileau poussait même l'hyperbole jusqu'à écrire :
" Racan pourrait chanter à défaut d'un Homère ("). "
Dans une lettre à Maucroix, Boileau se confirme et se corrige : ** Racan avait plus de génie que Malherbe ; *' mais il est plus négligé et songe trop à le copier {f). "
Plusieurs estimaient, comme Despréaux, que Racan était poète, plus poète que Malherbe. Le P. Rapin le jugeait ainsi: ''Celui qui a du génie paraît poète " jusque dans les plus petites choses, par le tour qu'il " leur donne et par l'air qu'il a de les dire. Tel fut " Racan 'ç>2Lxm\ nous, il n'y a pas longtemps. Ce rayon " était tombé dans son esprit ; il ne savait rien ; mais " il était poète. Il eut bien des concurrents et peu de " semblables (^). "
Le P. Bouhours pense comme son confrère : " Racan a été parmi nous un de ces esprits faciles et
1. Balzac admirait les vers de Racan. Il écrivait au jeune marquispoète, vers le temps où les Bergeries venaient de paraître, qu'il désirait visiter sa " belle maison " et, lui disait l'illustre prosateur, " voir les " endroits où les Muses se sont apparues à vous et vous ont dicté les " vers que nous admirons (20 nov. 1625.) ".