‹ L'art poetiqueChapitre 18 sur 37 · Le vers est de Sénèque · texte numérisé non relu

Le vers est de Sénèque

... Et qui frigidum

Septena Tanaïm ora pandentem bibiû.

ŒUVRES DE BOILEÀU.

Sont d'un déclamateur, amoureux des paroles. 140 Il faut dans la douleur que vous vous abaissiez ; Pour me tirer des pleurs, il faut que vous pleuriez ; Ces grands mots dont alors l'acteur emplit sa bouche Ne partent point d'un cœur que sa misère touche.

Le théâtre, fertile en censeurs pointilleux, 145 Chez nous pour se produire est un champ périlleux. Un auteur n'y fait pas de faciles conquêtes. Il trouve à le siffler des bouches toujours prêtes. Chacun le peut traiter de fat et d'ignorant : C'est un droit qu'à la porte on achète en entrant. 150 Il faut qu'en cent façons, pour plaire, il se replie; Que tantôt, il s'élève*, et tantôt, s'humilie ; Qu'en nobles sentiments il soit partout fécond ; Qu'il soit aisé, solide, agréable, profond; Que de traits surprenants sans cesse il nous réveille ; 155 Qu'il coure dans ses vers de merveille en merveille ; Et que tout ce qu'il dit, facile à retenir, De son ouvrage en nous laisse un bon souvenir. Ainsi la tragédie agit, marche, et s'explique1.

D'un air plus grand encore la Poésie épique^, 160 Dans le vaste récit d'une longue action, Se soutient par la fable et vit de fiction. Là, pour nous enchanter, tout est mis en usage ; Tout prend un corps, une âme, un esprit, un visage. Chaque vertu devient une divinité : 165 Minerve est la prudence, et Vénus la beauté; Ce n'est plus la vapeur qui produit le tonnerre, C'est Jupiter, armé pour effrayer la terre ; Un orage terrible aux yeux des matelots, C'est Neptune en courroux, qui gourmande5 les flots; 170 Écho n'est plus un son qui dans l'air retentisse, C'est une nymphe en pleurs qui se plaint de Narcisse4. Ainsi, dans cet amas de nobles fictions, Le poète s'égayc en mille inventions,

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