LES MARTYRS RIDICULES
Cette étude fut publiée d'abord par la Rei'ue Fantaisiste, numéro du i 5 octobre 1861, puis reparut en tête du roman : LES MARTYRS \\ RIDICULES II par II Léon Cladel II avec une préface de Charles Baudelaire; Paris, Poulet-Malassis, éditeur, 1862 (in-i2,XII-35i p., 3 fr.), que le Journal de la Librairie annonçait le 21 décembre suivant.
Dans ses Confidences d'un Journaliste (Sagnier, 1876), Maxime Rude affirme que Poulet-Malassis l'avait exigée de Baudelaire, en faisant la condition de la publication du roman. Il ajoute qu'il n'est pas bien sûr «que Baudelaire n'ait pas eu la pensée d'être un préfacier mystificateur, mais qu'il fut pris à son propre piège».
Nous croyons qu'il n'y a rien à retenir du témoignage de Rude, et que Baudelaire fut amené à écrire cette préface tout simplement, comme il l'y conte dès les premières lignes, parce que l'œuvre, soumise à son jugement par Malassis, lui avait plu. (Cf. Catulle Mendes, La Légende du Parnasse contemporain, p. 115.)
Cette opinion est confirmée, d'ailleurs, par le récit des premières relations de Baudelaire et de Cladel, que M. Octave Uzannc a placé en tête de l'Amour Romantique (Rouveyre et Blond, 1882), et où il se faisait évidemment le porte-parole de son auteur. Baudelaire
s'écria-t-il textuellement, dès la lecture du manuscrit : «Il me faut connaître ce jeune homme; je le conseillerai; nous travaillerons ensemble et vous publierez ce volume, n'est-il pas vrai? car je le veux patronner dans une préface où je dirai mon sentiment tout entier sur le talent frisque et arornal qu'il recèle», — on a le droit de se le demander, car les épithètes en italique évoquent beaucoup plus la langue tarabiscotée du symbolisme en l'an de grâce 1882, que celle de Baudelaire. Mais cette réserse ne touche que la forme et n'infirme point l'authenticité des faits rapportés. M. Octave Uzanne était aussi parfaitement informé quand il écrivait [ibid.) que (des Martyrs ridiailes furent remis sur le métier, polis et repolis dans une sorte de collaboration intime». Une lettre de Poulet-Malassis à La Fizelière, communiquée récemment par M. Ronald Davis au Bulletin du Bibliophile (i" avril 1923), confirme pleinement cette assertion :
. . .Les Martyrs ridicules ont été entièrement remaniés et refaits sur les indications de Baudelaire. Je doute même que la collaboration n'ait pas été plus loin. L'impression de la préface en vers de Madame Putipbar en tète de la troisième partie du livre est bien du fait de Baudelaire, car le jeune Cladel n'avait jamais ouï parler de Borel à cette date de 1862.
Poulet-Malassis ajoute que Baudelaire ne devait pas conserver longtemps pour Cladel l'intérêt qu'il lui avait tout d'abord porté. Du moins au cours des années 1861-1862, cet intérêt avait été très vif On ne l'y voit pas corriger seulement le manuscrit des Martyrs ridicules, mais encore celui des Amours éternelles, qui lui était dédié. (Cf., outre la préface déjà citée de M. Uzanne, le récit de Cladel : Dux, dans Bonshommes [Charpentier, 1879], et la lettre de Cladel que nous avons donnée dans notre biographie de Baudelaire, p. 345.) Voir aussi le récit de la première rencontre du maître et du disciple sous la signature de Cladel dans la Plume, i"' novembre 1892.
11 faut ajouter que Cladel, toute sa vie, fit profession d'amour et d'admiration pour Charles Baudelaire. A telles enseignes qu'au lendemain de sa mort, on put lire dans la Plume du i" août 1892, l'émouvante déclaration que voici :
Nous qui avons eu le très grand honneur d'être admis dans l'intimité de Léon Cladel, pour qui nous n'avions pas plus de secrètes pensées de justice littéraire que lui n'en avait pour nous, croyons être l'interprète autorisé de sa volonté en déclarant que l'auteur du Bouscassié ne doit avoir de statue tant que son glorieux maitre Charles Baudelaire reposera dédaigné et presque ou blié dans une sépulture étrangère, sans un monument digne de lui.
Cette déclaration fut à l'origine du comité constitué sous la présidence d'honneur de Leobnte de Lisie en vue d'ériger une statue au poète des Fleurs du Mal, et eut pour principal effet la publication du recueil intitulé : Le Tombeau de Charles Baudelaire.
Dans la Revue Fantaisiste, la note de la p. 4.17 était libellée comme suit : « Ces pages doivent servir de préface au roman de M. Léon Cladel , qui paraîtra prochainement à la librairie Poulet- Malassis.» Dans le livre, elles sont signées C. B.
Le texte -préface étant le dernier en date et présentant une supériorité incontestable sur celui de la Revue Fantaisiste qu'avaient reproduit les éditeurs posthumes , nous avons cru devoir l'adopter ici.
Cette préface fit quelque bruit.
Dans son numéro de la première quinzaine de novembre 1861, la Revue Anecdotique écrivait :
Malgré tout le flegme dont l'a doté notre siècle positif, la jeunesse française est consternée. Cette consternation est due à une simple préface; mais il est vrai qu'elle est signée par M. Charles Baudelaire.
M. Baudelaire ne consent pas à voir dans la jeunesse française plus de quatre classes, dont on peut qualifier ainsi les membres : 1° les sensuels; 2* les avares; 3° les mauvais politiques; .j." les mauvais littérateurs.
Tous les admirateurs des Fleurs DU Mal âgés de moins de vingt-cinq ans proposent de recourir en grâce. Mais les termes absolus de leur arrêt laissent peu d'espoir.
Pauvres jeunes !
Le Figaro aussi entretenait ses lecteurs de ce morceau : d'abord par la plume de Villemessant :
Le chef d'école Baudelaire est un homme du monde et un fin causeur. Si causeur que Poulet-Malassis le charge d'habitude de présenter au monde littéraire les jeunes gens qui lui confient des volumes. Baudelaire a la spécialité des préfaces.
Puis par celle de Goudall qui , non guéri de tenir le rôle catastrophai d'une Cassandre (voir Fleurs DU Mal, p. 305), après avoir accordé quelques lignes élogieuses au «début remarquable» de Cladel, trouvait moyen d'attaquer à nouveau son répondant :
Seulement. ..pourquoi M.Charles Baudelaire a-t-il attaché, de sa main griffue et puissante, une préface au cou de ce début éclatant?... Baudelaire tuera Cladel, car, ccftnine Hugo est le chêne ctViennet l'hjsope, Baudelaire correspond au mancenillier. «M. Léon Cladel, prenez garde à vous.»
Si la Revue Européenne a péri, et l'ancienne Revue Française, et la Revue Fantaisiste, c'est la faute à Baudelaire, II a du talent, c'est entendu. Il l'a prouvé surabondamment une fois de plus dans cette préface des Martyrs ridicules. Mais «c'est une sorte d'antccLrist , ou tout au moins de jettatore littéraire qui porte maJteur à tout ce qu'il touche». Ce n'est pas Buioz qui l'appellerait chez lui! (9 janvier 1862.)
Page 418. «. . .une troisième espèce de jeunes gens qui aspirenf. . . et qui ont. . .» — Rev. Faut. : qui aspire. . .et qui a.
Baudelaire abominait le Siècle et ses rédacteurs et ne les ménageait pas quand l'rccasion de quelque sarcasme se présentait. Nous en avons fourri un exemple dans nos notes sur les CURIOSITÉS ES- THÉTIQUES, p. 322-496. On en trouvera d'autres dans les Journaux intimes et la Correspondance du poète.
«La troisième catégorie, lahande des politiciens , . . .» — Les mots
en italique ne figurent pas dans le texte premier.
Page 419. Sur Musset, cf. la lettre non datée à Armand Fraisse :
Excepté à l'âge de la première communion, c'est-à-dire à l'âge où tout ce qui a trait aux filles publiques et aux échelles de soie fait l'effet d'une religion, je n'ai jamais pu souffrir ce maître des gandins, son impudence d'enfant gâté qui invoque le ciel et l'enfer pour des aventures de table d'hôte, son torrent bourbeux de fautes de grammaire et de prosodie, enfin son impuissance totale à comprendre le travail par lequel une rêverie devient un objet d'art.
«. . .l'inspiration. . .n'est que la récompense de l'exercice quotidien.» — Les mots en italique ne figurent pas dans le texte premier.
Baudelaire a écrit dans ses Journaux intimes : «Trouver la frénésie journalière.» — Cf. la note sous la page 27^.
Page 420, «...qui, lui, n'a peut-être...» — Rev. Fant. : qui , peut-être , lui, n'a.
«Ainsi l'homme d'esprit moule le peuple et le visionnaire crée
la réalité.» — Non-sens dans le texte-préface : Ainsi l'homme d'esprit, le peuple et le visionnaire crée la réalité.
Ferragus, l'ancien chef de l'ordre des De'vorants (Balznc).
«. . .empire conquis,. . .» — Le mot en italique ne figure pas
dans le texte premier.
«...des amourettes prétentieuses, de la sagesse égo'ùtique, etc.» —
Les mots en italique ne figurent pas dans le texte premier.
«. . .un de ces livres satiriques, un de ces livres pincf-sans-rirc ,
dont le comique. . .» — Rev. Fant. : un dé ces livres satiriques, e'crits sans rire, et dont le comique.
On lit dans Fusées : «Raconter pompeusement des choses comiques...»
Page 421. «.. .la. consciencieuse ardeur d'un casuiste.» — Rev. Fant. : la sublime ardeur d'un casuiste.
«...l'Amour, véritable magasin de comique...» — Cf. CuFIO-
siTÉs Esthétiques, p. 299-301.
Page 4.22. «. . .ces éphémères de l'Hypanis. . .» — Rev. Fant. : ces insectes de l'Hypanis.
«. . .pour gémir leurs passions...» — 1868 : les passions.
«. . .par la fausse hygiène de l'ivrognerie. . .» — Rev. Fant. : par
un penchant à l'ivrognerie.
Page 423. «...ces divertissements de rapim.» — Rev. Fant, : de rapin.
«Le suprême de l'art eût consisté à rester glacial et fermé.» —
Cf. p. 399 > à propos de Flaubert.
«. . .ne perd jamais rien.» — Rev, Fant. : ne perd rien.
George Sand. — On sait que Baudelaire l'abommait (voir les
Journaux intimes, passim).
Page 425. «...son esprit harassé,...» — Rev. Fant, : son pauvre esprit.
INDEX ALPHABETIQUE.
Académie française, i88, 189.
Achille (Daumier), 293.
Achmet pacha, 77.
Adam, 126.
AnuLTi-RE (Suri'), 400, 405, 406.
^dijicat bortos, 329.
Ajax, 396.
A l'Arc de Triomphe (Hugo), 333
Albertus (Gautier), 146, 154.
Alcibiade, 88, 171.
Algérie, 340.
Allah, 36.
Allemagne, 200, 251, 306; pa^'S de l'art philosophique, 121.
Alliance des arts. Voir Art.
Aloys, 396.
Alpinien (^Martyrs ridicules), 421
Amabam amare, 61.
Ambigu (Théâtre de 1'), 246.
Amérique, 127.
AiMOUR (L'), «véritable magasin de comique peu exploité)) , 421 , contrereligion , religion satanique; le sentiment le plus populacier, 222, 224, 424; — universel, 536; — chez Dupont, 365; — de Micheict
(allusion), 161 -162. Voir Drame
Maîtresses.
Analogies. Voir Correspondances et
Poète.
Ange mélancolique (L'), 352.
Angélus {L'), de Legros, 112.
Angleterre, 306, 321; ses officiers,
soldats, clergymen (Guys), 76,
78; le dandysme en — , 88, 91;
l'eau-forte en — , 11^.
Animaux. Voir Mal.
Annales de la Guerre (Les), 75, 80.
Annondarion ( Delacroix) , 13.
Anticléricalisme (Sur 1'), 291,